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L’enfer des bonnes intentions
Mais, après
tout, si l’enfer
avait autant de charme et d’attraits,
qui hésiterait à y aller ?
Mary Kingsley
Une jeune infirme
tombe amoureuse d’un officier imbécile… La
Pitié dangereuse est un drame moral, et non
moraliste, d’une grande finesse, à laquelle l’adaptation
de Philippe Faure parvient à s’élever, portée
par une distribution plus que remarquable, avec Sylvie Testud au
centre et à la hauteur de toutes les attentions.
Tortueux et
torturé, et pourtant simple, comme les lignes fatales d’une
partie d’échecs – La Pitié dangereuse
réunit cinq vies ratées, qui tour à tour s’exaltent
et désespèrent dans leur impossibilité à
affronter dignement, et ensemble, le malheur de chacun. Voici une
jolie jeune fille (Sylvie Testud) que la souffrance et l’humiliation
silencieuse du monde ont rendue amère, agressive et diablement
lucide : son misérable espoir de normalité, sinon
d’amour, se perd dans la gentillesse falote d’un imbécile
heureux (Mathieu Loth), pleutre et égoïste comme tous
les hommes heureux, et qui pousse la maladresse jusqu’à
l’enfer des bonnes intentions les plus distanciées,
les plus méprisantes. Incapable d’appréhender
l’amour, ni l’Autre, ni même ce respect, cet amour
minimal, qu’est la sincérité, le jeune premier
s’enfonce dans des tourments ridicules, lamentablement pressurés
par la douleur clocharde du père (Albert Delpy), et difficilement
soignés par le bon médecin, débordé
par la détresse générale, auquel Bruno Sermonne
prête une profondeur, une participation (pour compassion),
impressionnantes.
Et vogue la
galère humaine, en rond dans ce huis clos brillant, dans
cette tragédie fluide et bien rythmée, enfermée
dans un décor MittelEuropa feutré, hélas
dépourvu de toute beauté, assez désagréable
en soi, mais, heureusement, souvent baigné par des valses
lumineuses, comme par le jeu lumineux de Sylvie Testud. Le monde
reste inguérissable : une bonne excuse pour les uns, une
surcharge de souffrance et de défi pour les autres, puisque,
entre bonheur et mauvaise conscience, il faut choisir. Mais, Stefan
Zweig le dit encore, les hommes ne savent pas choisir.
Nicolas
Cavaillès
(novembre
2006)

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