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Tentation, prison, évasion !
Nul parmi les
animaux n'a encore deviné ce que dissimule « Le
Paradis du zoo » et l'annonce publicitaire particulièrement
alléchante : « 100 % bonheur, 100 % vacances
» ; elle atteint néanmoins sa cible et les animaux
du monde, de la girafe africaine au tigre de Chine, en passant par
la famille suricate et les pingouins du pôle, partent de suite
à la découverte de ce «séjour d’enfer»...
en toute confiance. Chacun, selon son origine ou sa fantaisie, choisit
un moyen de transport lui permettant d’arriver à bon
port : en car-brousse, en tandem, en trottinette ou autres roulettes,
en mongolfière, en fusée, en pousse-pousse ou plus
simplement à pattes, tous les véhicules sont de la
partie ; le flot d’animaux se rendant au zoo gonfle à
vue d’œil, au travers des illustrations belles et chaleureuses
de Julie Mercier, entre art naïf et effets de matière
(peinture ou pastels gras).
La mise en couleur est ici inséparable du style graphique
développé par l'auteure, comme si elle souhaitait
nous faire voyager nous aussi d’un univers à l’autre
et proposer un dépliant touristique (le format de l'album
y fait penser) qui permette aux lecteurs de s’évader
par procuration et de partager l’enthousiasme des touristes.
On l'aura compris : tout n’était qu’un beau guet-apens
et le retour à la réalité concentrationnaire
du zoo peut paraître abrupt, mais est sobrement évoqué
par le biais des tons chauds que tranchent soudain le bleu froid
des barreaux. Toutefois, une fois revenus de leur surprise, les
animaux préparent un infaillible plan d'évasion (dont
la drôlerie rappelle, entre autres, les tentatives du poulailler
de Chicken Run…).
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Emprunteront-ils,
pour rentrer chez eux, le même itinéraire qu’à
l’aller, ou bien les avis de recherche placardés
sur la dernière double page de l'album les forceront-ils
à faire montre de prudence ? Le lecteur aura tendance
à rester sur sa faim mais les plus jeunes seront heureux
d'apprendre que les prisonniers ont pu échapper à
leurs geôliers si bien organisés et rompus à
l'agressivité des stratégies publicitaires... |
Au-delà
de la trame de surface, cette histoire exemplaire se lit comme une
métaphore filée s'attachant à dénoncer
à la fois le leurre que peut représenter la notion
de club de vacances et l'uniformisation qui s'ensuit, et les méfaits
de la publicité mensongère : la duplicité commerciale
est présentée de manière suffisamment explicite
pour que les enfants assimilent le message lancé par l'auteur
; un point de vue certes engagé mais qui ne nuit en rien
aux qualités artistiques de cet album cocasse sous le charme
duquel il semble bien difficile de ne pas tomber, tout âge
confondu.
B.
Longre
(mars 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

http://www.pointsdesuspension.com/
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éditeurs associés
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