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La
tragédie et l’espérance, ou le roman d’une
Rom
Marienka Novotna,
dite Zoli, restera pour toujours marquée par la tragédie
inaugurale de son existence : le massacre de sa famille entière
par les Hlinkas, ces fascistes qui dans les années 1930 en
Slovaquie firent le lit des nazis. Seuls la petite fille de six
ans et son grand-père échappèrent à
la noyade sadique, et c’est ainsi que Zoli, sous la houlette
du vieil homme sage et savant, commença une vie errante et
exceptionnelle. Contrairement aux autres fillettes du peuple rom,
elle apprit à lire et à écrire : «
Très tôt, j’ai aimé tenir un crayon entre
mes doigts ».
Après
avoir survécu au nazisme, comment ne pas fêter dans
les chants et la liesse la liberté apparemment revenue, Tziganes
et « Gadje » au coude à coude ? Et Zoli, remarquée
par le journaliste Stansky, séduite par l’idéaliste
Stephen Swann venu s’installer dans la Tchécoslovaquie
communiste et lui-même fasciné par la jeune femme,
va devenir une idole officielle, applaudie par les foules et le
régime bénissant ses poèmes qui chantent l’épopée
rom
«
Lorsque la mort nous aura transformés en pluie,
Nous resterons au bord des nuages
Avant de continuer à pleuvoir.
Nous resterons dans l’ombre du chêne blanc
Où nous avons marché,
Pleuré, marché, au long des chemins. »
Mais lorsque
le peuple errant, sédentarisé de force, fut parqué
dans des « blocs » à la soviétique, Zoli,
jugée coupable par les siens, trahie par son amour même,
devenue paria chez les parias, fut de nouveau condamnée à
la fuite, à la solitude, au calvaire et aux illusions. Franchir
les frontières, traverser l’Europe, rêver de
Paris, chercher refuge ici et là, rejetée par les
siens et par les autres… Elle se fixera un jour, et elle pourra
narrer à sa fille les péripéties de son existence
: « C’est bien, ma fille, de pouvoir s’attendre
aux surprises. […] Il est si étrange que ma vie soit
arrivée si loin, mais je suis ébahie d’avoir
découvert tant de beauté ».

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Zoli,
on s’en doute, n’est pas simplement un document
sur la vie des Roms, ni une histoire de l’Europe ; c’est
cela, et c’est bien plus : un roman, le roman d’une
destinée certes représentative d’un peuple
étrange, gênant et fascinant, mais d’une
destinée à part, façonnée par
la réalité des haines et la fluidité
des rêves, par l’intransigeance de l’indépendance
et la soumission aux sentiments, par l’obstination et
l’ambiguïté. Un roman où, dans le
va-et-vient historique, collectif et individuel entre les
années 1930 et le début du XXIe siècle,
la tragédie est inséparable de l’espérance
: « J’ai gardé espoir jusqu’à
la toute fin. L’espérance est une vieille habitude
des Roms. Je ne l’ai peut-être jamais perdue ».
Jean-Pierre
Longre
(novembre 2007)
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Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

Lire
l'article de Pascale Arguedas,
ainsi que le dossier proposé en ligne sur Calou, L'Ivre de
lecture.
http://www.belfond.fr/
Littérature
franco-roumaine
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