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Une
si bonne amie
Lorsque
la très belle Sheba Hart, 41 ans, mariée et mère
de deux enfants, se présente à St George, un collège
londonien bas de gamme pour y enseigner la poterie, son arrivée
fait sensation. Si la gent masculine en frétille de plaisir,
les femmes oscillent entre jalousie et fascination. Parmi elles,
Barbara Covett, professeur d’histoire, non loin de la retraite,
qui vit seule avec son chat. Barbara voit immédiatement en
Sheba la possibilité d’une amitié forte qu’elle
recherche désespérément et s’immisce
peu à peu dans les bonnes grâces puis dans la vie de
sa collègue.
Entre bientôt en scène Steven Connolly qui ne résiste
pas plus que les autres au charme sulfureux de Sheba. Seul problème
– Steven a 15 ans. La relation qui se noue entre le professeur
et l’élève, d’abord platonique, se mue
en passion physique. Déboussolée, la jeune femme se
confie alors à son amie.
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Notes
on a scandal est donc le récit de l’affaire
dont Barbara se fait la narratrice et qu’elle souhaite
publier au moment où l’affaire va être
jugée. Pour dire la vérité face à
des journalistes graveleux qui salissent Sheba ? Rien n’est
moins sûr.
Si elle prétend au titre de témoin objectif,
elle se révèle au fur et à mesure de
l’histoire une narratrice bien peu fiable, remodelant
la réalité au gré de ses multiples frustrations.
C’est d’abord sa vie ratée que Barbara
raconte – la solitude et le quotidien glauque –
les petits plaisirs dérisoires que l’on s’offre
pour tromper la monotonie, la disponibilité et les
agendas vides. Mais également son amour ambigu pour
Sheba. |
S’amusant
à brouiller les pistes, elle laisse le lecteur libre de son
interprétation. Amour maternel ? Tentation saphique ? Symptôme
d’un profond malaise psychique ? En tout cas, elle s’approprie
l’histoire et la vie de Sheba – qu’elle parvient
à contrôler totalement. Pourtant Barbara n’est
pas seulement une diabolique manipulatrice.
Zoë Heller (d’origine anglaise mais américaine
d’adoption) dit s’être inspirée pour le
sujet de Notes on a scandal d’un
fait-divers qui a défrayé la chronique aux Etats-Unis
en 1997 – la condamnation pour détournement de mineur
d’une enseignante de Seattle, Mary Kay Letourneau, 37 ans,
qui avait avoué des relations sexuelles avec l’un de
ses élèves, âgé alors de 13 ans et maintenant
père de deux de ses enfants. Mais la romancière choisit
d’utiliser l’amour interdit entre Sheba et Steven pour
révéler la part d’ombre des différents
personnages.
La finesse et la justesse de l’analyse psychologique éblouissent.
Zoë Heller dissèque les passions de l’âme
avec une précision d’entomologiste et dépeint
des relations aussi complexes que la nature humaine. Journaliste
de formation, elle n’épargne guère ses collègues
et souligne à l’encre rouge leur recherche frénétique
du scoop et du scabreux. Elle fait, par ailleurs, un portrait peu
flatteur, mais fort drôle du milieu enseignant, où
la bassesse le dispute à l’étroitesse d’esprit.
Très agréable à lire, ce deuxième roman
s’appuie sur une construction impeccable qui recourt habilement
aux procédés du flash-back et de la mise en abîme.
Même si le prix est finalement revenu à DBC Pierre
pour Vernon God Little, Notes on a scandal
méritait sans conteste sa sélection pour le Man Booker
Prize 2003.
Florence
Cottin
(mai 2004)

L'Editeur
http://www.penguin.co.uk/
en
France
http://www.editions-calmann-levy.com
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