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Sans emphase,
avec sincérité, YU Miri nous livre ses souvenirs et
son histoire familiale plutôt mouvementée. "Ce
récit trop semblable à une autobiographie prématurée"
lui permet, à l'âge de 28 ans, d'exorciser son passé
: le sentiment permanent de solitude, les disputes et l'instabilité
chronique de ses parents, l'indifférence de son père,
qui se muait parfois en violence physique, et ses propres tendances
suicidaires.
Appartenant à la deuxième génération
des Coréens du Japon, elle découvre la notion d'exclusion
dès l'enfance, dans un milieu scolaire froidement cruel.
Le jour où sa mère s'enfuit, il semble à Miri
qu'elle la perd sa mère et elle écrit : "Depuis
ce jour, je porte en moi la sensation de m'être suicidée
tout en demeurant en vie." Après de longues et
douloureuses années, elle renaît grâce au théâtre
et les cours qu'elle suit avec Higashi Yutaka, véritable
mentor et pygmalion, sont une réelle psychothérapie,
même si elle est piètre comédienne.
Le fait qu'elle livre ses souvenirs un peu en vrac sous forme plutôt
anecdotique, sans structure apparente, incarne à merveille
l'acte de se souvenir, un acte par essence désordonné
mais révélateur, même lorsque les réminiscences
portent sur les membres de sa famille déracinée, dont
elle avoue avoir souvent eu honte. En filigrane et peut-être
inconsciemment, elle dénonce le rigorisme de la société
japonaise et plus particulièrement le système éducatif
autoritaire qui nie toute individualité. C'est un ouvrage
poignant, empreint d'un terrifiant pessimisme, dans un monde qu'elle
perçoit comme "une sorte d'illusion, d'hallucination."
B.Longre

Voir
aussi la chronique portant sur Jeux de
Famille
http://www.plathey.net/livres/japon/yu.html
http://www.alice.it/cafeletterario/184/cafelib.htm
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