Le berceau au bord de l'eau
2000, Philippe Picquier
roman traduit du Japonais Jean Campignon
(Titre original : Mizube no yurikago, 1997)

 

Sans emphase, avec sincérité, YU Miri nous livre ses souvenirs et son histoire familiale plutôt mouvementée. "Ce récit trop semblable à une autobiographie prématurée" lui permet, à l'âge de 28 ans, d'exorciser son passé : le sentiment permanent de solitude, les disputes et l'instabilité chronique de ses parents, l'indifférence de son père, qui se muait parfois en violence physique, et ses propres tendances suicidaires.

Appartenant à la deuxième génération des Coréens du Japon, elle découvre la notion d'exclusion dès l'enfance, dans un milieu scolaire froidement cruel. Le jour où sa mère s'enfuit, il semble à Miri qu'elle la perd sa mère et elle écrit : "Depuis ce jour, je porte en moi la sensation de m'être suicidée tout en demeurant en vie." Après de longues et douloureuses années, elle renaît grâce au théâtre et les cours qu'elle suit avec Higashi Yutaka, véritable mentor et pygmalion, sont une réelle psychothérapie, même si elle est piètre comédienne.

Le fait qu'elle livre ses souvenirs un peu en vrac sous forme plutôt anecdotique, sans structure apparente, incarne à merveille l'acte de se souvenir, un acte par essence désordonné mais révélateur, même lorsque les réminiscences portent sur les membres de sa famille déracinée, dont elle avoue avoir souvent eu honte. En filigrane et peut-être inconsciemment, elle dénonce le rigorisme de la société japonaise et plus particulièrement le système éducatif autoritaire qui nie toute individualité. C'est un ouvrage poignant, empreint d'un terrifiant pessimisme, dans un monde qu'elle perçoit comme "une sorte d'illusion, d'hallucination."

B.Longre

Voir aussi la chronique portant sur Jeux de Famille

http://www.plathey.net/livres/japon/yu.html

http://www.alice.it/cafeletterario/184/cafelib.htm