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Jeux de
famille et Pousses de Soja sont deux "novellas"
narrées à la première personne par deux femmes
d'une vingtaine d'années, toutes deux plus ou moins artistes
(la première travaille dans le domaine théâtral,
la seconde est illustratrice), qui, malgré leur allure de
femmes modernes libérées, ont des difficultés
à trouver un sens à leur vie, oscillant entre liberté
et sens traditionnel de la famille. Des familles pourtant désaxées,
en pleine déchéance mentale et morale (divorces, adultère,
stérilité, folie et névrose ...). Une déconstruction
qui symbolise, sur une grande échelle, la destruction progressive
de la société japonaise (crise économique,
crise des valeurs, instabilité professionnelle ...), qui
elle aussi, oscille entre tradition et modernité.
Dans Jeux
de Famille, Sumi et sa soeur, indépendantes, sont invitées
par leur père qui souhaiterait qu'elles s'installent avec
lui dans sa maison flambant neuve, le rêve de toute sa vie.
Mais la froideur et l'étrangeté de ce lieu déroutent
Sumi, qui ne sait que faire. Elle se sent absorbée par la
maison, ses nuits sont chargées de rêves pesants et
névrotiques ; elle se remémore une enfance meurtrie,
peut-être marquée par un inceste, et sa deuxième
visite chez son père marque le début d'une attirance
pour une fillette muette qui paraît lui ressembler.
Les relations entre les personnages sont analysées, mais
toujours en esquisse subtile, chaque geste ou parole pouvant prendre
un aspect inquiétant. L'auteur se garde bien de tout révéler,
et son récit devient une superposition du quotidien (décrit
avec soin) et de visions mystérieuses et surréalistes.
Dans Pousses
de Soja, l'on retrouve la même écriture, sèche
et acerbe. Kyoko partage son temps entre travail et amants. Elle
fréquente, sans l'aimer, Hirose, un homme marié, mais
l'épouse de ce dernier a plongé dans la folie et harcèle
Kyoko, qui est néanmoins fascinée par cette femme.
Dans le même temps, sa mère lui propose un omiaï
(rencontre en vue d'un mariage arrangé) avec un homme
retardé mental mais riche. Kyoko, dont la chute semble inévitable,
s'égare dans des situations inextricables, dans un monde
où les repèrent s'effacent.
Par petites
touches, Yu Miri tisse la toile qui se referme sur les deux héroïnes.
Ce sont des récits déclinés au féminin,
dans lesquels les hommes font piètre figure : désinvoltes,
faibles ou retardés, incapables de gérer leur vie
sans leurs mères, garantes de traditions archaïques
et hypocrites ; et ce dernier point pourrait s'appliquer à
toute société actuelle en perte de balises. A découvrir
sans faute.
B.Longre
Ces
deux récits angoissants ont valu à YU Miri le prix
Izumi Kyoka, ainsi que le prix Noma.
Elle a obtenu en 1997 le célèbre prix Akutagawa
pour son roman Kazoku Cinéma (Cinéma Familial).

Voir
aussi la chronique portant sur Le Berceau
au bord de l'eau
http://www.plathey.net/livres/japon/yu.html
http://www.alice.it/cafeletterario/184/cafelib.ht
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