Avec ces
deux albums, nous voilà totalement plongés dans
ce qu’on a intitulé «l'esthétisme
ECM », côté planant ; surtout en ce
qui concerne la découverte de ce jeune guitariste norvégien
né en 1970, Jacob Young (initié
au jazz par un père d’origine américaine)
dont ces tombées du soir consacrent les débuts
phonographiques sur le label munichois. Auparavant, il avait
publié trois disques en compagnie de musiciens de même
tendance (dont Nils Petter Moalver), fut encouragé par
la chanteuse Karin Krog
et avait attiré l’attention de Manfred Eicher dans
un club.
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Dans
ce groupe, constitué il y a deux ans, cohabitent
trois générations de musiciens (24 ans pour
le trompettiste, 60 pour le batteur) au service des compositions
du leader dans lesquelles dominent mélodies superbement
chantantes, conceptions harmoniques raffinées,
parti pris arythmique assumé, bref, une couleur
lyrique où perce une sorte de mélancolie
dans cet univers baigné de calme et de volupté. |
Outre le
guitariste au jeu plutôt sage, à la sonorité
chaude et radieuse (son professeur fut le grand maître
Jim Hall), on découvre dans cette formation originale
sans piano le trompettiste Mathias Eick, superbe improvisateur
dont la sonorité évoque celle de Kenny Wheeler,
musicien discret qu’on regrette d’entendre si peu
souvent, le saxophoniste et clarinettiste-basse Vidar Johansen
(il a notamment joué aux côtés de Bugge
Wesseltoft) et le vétéran Jon Christensen (souvenez-vous
du Belonging Band de Keith Jarrett), qui, avec une lumineuse
sonorité de cymbales, trouve continuellement de nouvelles
façons de décliner les thèmes, de soutenir
et relancer les solistes avec une (in)perceptible pulsation.
Si l’on est insensible à ces atmosphères
où le temps semble s’écouler avec parfois
quelque langueur ou si vous vibrez à des atmosphères
plus corsées, alors ce disque n’est pas pour vous
; sinon, découvrez le, rapidement.
Ce qui est
écrit plus haut est valable également pour le
Class Trip du guitariste John
Abercrombie en compagnie du violoniste Mark Feldman,
du contrebassiste Marc Johnson et du batteur Joey Baron dans
un contexte, certes un peu plus musclé, aux structures
clairement définies, aux progressions harmoniques et
aux formules métriques parfaitement maîtrisées.
Fier de ce groupe, le leader le considère comme parfait
: « c’est mon groupe préféré
lorsqu’il s’agit de partir sur rien ou très
peu de chose et jouer totalement improvisé… ce
groupe est tellement réactif… ».
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A
côté de dix nouvelles compositions de John
Abercrombie servant le plus souvent de tremplins à
l’improvisation la plus libre, on remarque un arrangement
improvisé d’un thème de Béla
Bartok, Soldier’s Song, extrait de duo
pour deux violons dans lequel Mark Feldman fait preuve
de son aisance dans tous les répertoires, du classique
au free.
Nous voici donc en présence d’une musique
de chambre improvisée ancrée dans la tradition
de jazz, ce que résume Abercrombie : «un
ensemble pour cordes et percussions qui souvent s’amuse
à jouer de la musique abstraite…»
et j’ajoute, dans lequel les musiciens venus d’horizons
si différents se sentent si bien à l’aise…et
cela s’entend… pour notre plus grand plaisir.
Jacques
Chesnel
(mai 2004)
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Jacques
Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le
Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands
Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas)
; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente
ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

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