Yllavu
de Gambhiro Bhikkhu, illustrations de Samuel Ribeyron

éditions Hongfei, 2007

 

 

 

Yllavu, le sauveur

Toute nouvelle maison d’édition fondée par Chun-Liang Yeh et Loïc Jacob, HongFei (littéralement, « Grand oiseau en vol » en chinois) souhaite « s’engager dans l’édition des lettres chinoises » en se concentrant sur des textes qui n’ont pas encore été traduits, une façon de créer une synergie entre deux cultures. Trois albums ont déjà parus en octobre dernier, dont Yllavu, conte philosophique composé par Gambhiro Bhikkhu, un moine bouddhiste d’origine hawaïenne, installé à Taiwan, illustré par Samuel Ribeyron (qui signe déjà, dans un tout autre genre, 38 Perroquets de Grigori Oster chez Points de Suspension, ou encore les illustrations qui accompagnent les CD d’Amélie-Les-Crayons).
L’histoire, d’une sagesse limpide, raconte comment la cupidité (« sous la forme de petites pierres précieuses ») vient contaminer les habitants d’un pays auparavant paisible. La cueillette aux pierres précieuses devient alors leur seule préoccupation, une obsession qui les atrophie (littéralement), au point de modifier durablement leur morphologie, au fil des générations. Seul Yllavu apprend à lever le nez, quitte à en souffrir, et découvre qu'il existe autre chose, comme les étoiles ou la lune. Seul contre tous, abandonnés par les siens qui refusent de suivre son exemple, il meurt. Une disparition qui permet toutefois à ses compatriotes de prendre conscience de leur triste condition et de s’efforcer de modifier leurs comportements pour enfin découvrir les véritables richesses qui les entourent.

Les ingrédients de cette fable de bonne facture (qui parlera vraiment aux enfants lecteurs) et sa trame narrative (le héros salvateur, qui se sacrifie pour le bien commun) paraîtront assez classiques (même si le récit est de l’invention de l’auteur et non pas tiré d’une quelconque tradition), mais les illustrations qui l’accompagnent lui apportent un cachet graphique résolument moderne – de petits personnages aux visages arrondis, aux corps souples et contorsionnés, un travail au pastel auquel se superposent des décors aux allures de tapisseries (à peine orientales) et des crayonnages qui confèrent à l’ensemble un aspect faussement naïf. Une jolie réussite pour les débuts de ces éditions qui prennent leur envol...

Blandine Longre
(novembre 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

 

http://www.hongfei-cultures.com/

Samuel Ribeyron

Chez le même éditeur
Chants des Lucioles - première traduction française de 20 poèmes enfantins par YANG Huan, poète prodigue disparu à l’âge de 23 ans - illustration Thomas NYS
Lunes de Chine - première traduction en français d’un conte facétieux inspiré des légendes classiques de Chine, composé par YANG Huan. - illustration Thomas NYS

 

 

L'éditeur

38 Perroquets de Grigori Oster (traduit du russe par Marina Abelskaïa) et Samuel Ribeyron, Points de Suspension, 2006 - dès 4 ans

Un singe, un éléphanteau et un perroquet tâchent de venir en aide à un «petit» (tout est relatif) boa constrictor qui s’est mis en tête de se mesurer… Le problème mathématique agite les quatre compagnons, d’abord parce que le boa est long (si long qu’il faut parfois du temps pour remonter de sa queue à sa tête), mais aussi parce qu’il est bien difficile d'appréhender la notion d’unité de mesure… C’est le perroquet, ainsi que le laisse entendre le titre, qui détient la solution et donnera l’exemple à ses compagnons.
Ce joli conte au didactisme léger, mené par des dialogues enlevés (que l’on doit à l’un des grands noms de la littérature jeunesse en Russie), est mis en scène par Samuel Ribeyron, quia créé, pour l’occasion, quatre personnages (entre papier mâché et pâte à modeler) photographiés avec, à l’arrière-plan, quelques sobres décors peints ; des animaux aux mines très expressives, naïfs et amusants, et toujours en mouvement, ce qui confère à l’ensemble la vivacité d’un dessin animé.
B. Longre (février 2007)