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À la
lecture de ces cinq récits, dont la composition s’étage
sur une dizaine d’années (entre 1979 et 1989), on perçoit
une évolution que Ch’oe Yun, l’un des traducteurs,
confirme et définit dans sa préface : de l’hésitation
à caractère dialectique inhérente à
toute exploration de l’âme humaine par l’écriture
littéraire à la nostalgie (allant jusqu’au «
plaidoyer ») d’un passé et d’une tradition
révolus. Mais au-delà de ces changements progressifs,
l’unité du volume justifie la publication simultanée
des textes qu’il contient.
Car tout y paraît
de l’ordre du réel. Les événements relatés
ici, mettant en scène des personnages du peuple, socialement
repérables (ouvriers, institutrice, artisan, militaire...),
tournés vers un avenir incertain ou un passé idéalisé,
ces événements peuvent ou ont pu se produire dans
la vie quotidienne. Mais ce réel est aussi celui des limites,
des frontières entre possible et impossible, certitude et
incertitude, croyance et scepticisme, passé et présent,
tradition et modernité, moral et immoral... Et les questions
demeurent, plus lancinantes que les éventuelles et improbables
réponses, non seulement dans l’esprit des personnages,
mais aussi dans celui du lecteur.
Qui est vraiment
Kim Hyonsik, à propos duquel la jeune ouvrière du
« Blues de Kuro » subit un interrogatoire serré
? Un étudiant révolutionnaire ou un escroc ? Qui est
aussi Kkaech’ol, le seul être du village à ne
pas être de la « famille », île anonyme
dont le secret est à la fois ignoré et partagé
par tous ? Comment pallier l’effacement du monde ancien qui
meurt avec le vieux chapelier de « Pour les choses qui disparaissent
» ? Faut-il participer au tumulte ou le fuir ? Se battre ou
dormir comme « Le porc de Pyrrhon » ?
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La fiction
et la réalité se mêlent, forgeant un réel
qui est celui de la véritable écriture maîtrisée,
de la création littéraire au sens plein du terme.
Pas de certitudes, mais une belle prose qui recèle
la poésie des êtres et du monde. Pas de réponses
aux questions, mais une angoisse profonde qui est celle de
l’humanité, se posant éternellement les
questions : « Que s’est-il donc bien passé
? [...] Sans que je m’en sois rendu compte,
le monde où je vis s’est-il peu à peu
rempli de choses incompréhensibles ? ».
Jean-Pierre
Longre
(octobre 2003)
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Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.actes-sud.fr
http://www.monde-diplomatique.fr/1999/01/BENIES/11525
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