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scénographie
et costumes Danièle Rozier
interprétation Romaine Friess, Vincent Puysségur
et Eric Rougerie
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Maurice Yendt offre une astucieuse leçon en dramaturgie,
à l'usage du jeune public : quand les bons comptes font les
bons... époux.
Au début
de sa carrière de dramaturge, Anton Tchekhov écrit
quelques courtes pièces qu'il appelle des "plaisanteries"
- farces en un acte (dont L'Ours ou Le Chant du cygne,
toutes publiées par L'Arche Editeur) qui amorcent les
thèmes majeurs que l'écrivain russe approfondira par
la suite ; Maurice Yendt a choisi de mettre en scène l'une
de ces pièces, vaudevillesque à souhait, mais cependant
pourvue de la finesse d'esprit et du ton vif que l'on reconnaît
à Tchekhov - et en dépit du grotesque des situations
présentées, on est fort loin, bien heureusement, de
la superficialité d'un Labiche. Non seulement les personnages
présentent des traits de caractère inattendus, mais
le cynisme latent laisse aussi percer une part d'absurdité
qui rapproche d'un sentiment de néant, et le ton ne se lasse
pas de tourner à l'aigre...
Chose que ne perçoivent pas d'emblée les plus jeunes
spectateurs, pourtant pris sous le charme de ces querelles pré-maritales
présageant un avenir de chamailleries perpétuelles
pour le couple qui se compose sous nos yeux : Natalia, la fille
célibataire d'un propriétaire terrien (Tchouboukhov),
travailleuse et dure en affaires, veillant au grain et à
ses biens, et un vieux garçon trentenaire, Lomov, petit propriétaire
lui aussi, mais que la timidité et le ridicule (dans ses
beaux habits du dimanche...) érigent en parangon du grotesque...
Ce dernier souffre en outre d'hypocondrie aiguë, ne cesse de
se lamenter sur son sort en aparté, et demeure incapable
d'aller au bout de sa demande en mariage, tant sa nervosité
est extrême...
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Quand
le père s'en mêle, c'est pour mieux l'humilier,
même s'il se donne des airs de vouloir réconcilier
le couple - qui déjà, avant même les épousailles,
se dispute un lopin de terre (le fameux "pré au
vaches"...) ou bien compare les qualités de leurs
chiens respectifs, chacun campant férocement sur ses
positions, incapable de dépasser l'infantilisme de
la situation - allant même au-delà de l'obstination
qu'un enfant montrerait - et laissant donc entrevoir au jeune
public comment des adultes se montrent ridiculement jusqu'au-boutistes,
et combien la nature humaine peut tendre à l'absurde... |
Mais l'ingéniosité
de cette mise en scène ne se réduit pas à la
seule farce : l'habileté de Maurice Yendt, fin pédagogue,
accompagné par Danièle
Rozier, ne
cesse de surprendre ; il a en effet su s'approprier le texte de
Tchekhov pour mettre à nu les ficelles dramatiques et déconstruire
sous nos yeux les rouages mêmes du théâtre. C'est
ainsi que les premiers instants de la représentation sont
prétexte à nous faire assister à une authentique
répétition publique, dans un décor dépouillé
: ce sont les comédiens qui apportent sur scène les
coffres contenant costumes, accessoires ou maquillages, tout en
répétant leur rôle, reprenant telle ou telle
réplique sur différents tons, relisant leur texte,
s'échauffant les cordes vocacles ou décidant des gestes
ou des postures à tenir dans les saynètes à
venir. Les artifices enfin dévoilés, les comédiens
peuvent se mettre au travail et jouer leur rôle... cette fois
pour de bon, sans pourtant que l'on sache jamais s'ils sont vraiment
entrés dans la pièce, tant la transition est ténue.
Mais loin d'être source de confusion (et quand bien même,
elle permet de s'interroger) le processus de mise en théâtre,
en étant ainsi rendu visible, est d'autant plus accessible
que les jeunes spectateurs s'habituent peu à peu à
la mise en place de l'illusion théâtrale. Une illusion
rejoignant subtilement l'illusion amoureuse qui lie la jeune femme
et son pathétique prétendant, et qui met aussi en
exergue la disharmonie de l'union qu'ils vont contracter - tandis
qu'ils s'éloignent dans les coulisses et continuent à
s'aboyer dessus (littéralement !) et que le père,
résigné, constate non sans malice combien le bonheur
conjugal est enviable... Il s'avère que le théâtre
est un leurre, l'institution maritale aussi et l'impertinence lucide
du discours tchékhovien n'a rien perdu de sa force. Du grand
art.
Blandine
Longre
(juin 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

de
Maurice Yendt
La marche à l'envers (Les
cahiers du soleil debout, Editions
Lansman)
Histoire aux cheveux rouges
(Les cahiers du soleil debout, Ed.Lansman, 2002)
Voir
aussi : Le Chant
du cygne (mise en scène R. Planchon)
La
Biennale du théâtre jeunes publics, Lyon : site
officiel
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