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Un conte au réalisme cynique
« Si
chacun apporte sa part d’amour, le monde deviendra meilleur
» cette phrase, tirée d’une chanson de la
star chinoise Wei Wei, semble avoir inspiré Gao Liang dit
Le Poète. Un jour qu’il circule à vélo
dans Pékin, il est attiré par un attroupement formé
autour d’un gamin vagabond qui répond «couteau
sous la gorge» à chaque question qu’on lui
pose. Erudit, Le Poète réalise que le gosse est originaire
de la province de Shaanxi et que dans le dialecte local, «couteau
sous la gorge» veut dire «je ne sais pas» ; poussé
par un élan de générosité inexpliquée,
le jeune homme décide de ramener le petit garçon chez
lui et le baptise Intelligence. Lorsque Le Poète présente
le gamin à sa petite amie et lui explique qu’il va
désormais partager leur vie, celle-ci lui fixe un ultimatum
de quelques jours pour se débarrasser de l’enfant,
faute de quoi leurs relations seront rompues. Le Poète se
décide à reconduire Intelligence dans la rue, mais
une fois sorti de chez lui, il est assailli par des voisins qui
le félicitent pour sa bonne action ; impossible dans ces
conditions d’abandonner le petit. La directrice du Comité
de Quartier lui conseille de régulariser la situation et
de faire inscrire Intelligence sur les listes d’état
civil, cette formalité administrative va se révéler
d’une inextricable et risible difficulté. Si l’enfant
va à l’école primaire dans la journée,
Le poète est par contre obligé de quitter son travail
plus tôt pour le récupérer, les retards et les
départs précipités vont bientôt lui mettre
ses supérieurs à dos d’autant plus que le jeune
homme est souvent convoqué à l’école
où Intelligence accumule bêtises sur bêtises.
Son travail perdu, ses fiançailles rompues et sur le point
d’être expulsé de son domicile, le Destin va
s’acharner sur le Poète...
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En
une petite centaine de pages, Ye Mang, qui
publie ici son deuxième roman, parvient à décrire
avec une rare sincérité la vie de ses compatriotes.
Il dresse surtout le portrait attachant du Poète, ce
jeune homme qui fait preuve d’une belle abnégation
pour élever un enfant qu’il ne connaissait pas
et à cause duquel il va attirer les foudres d’un
voisinage trop facilement enclin à propager de fausses
et méchantes rumeurs. Malgré la triste fin de
son expérience avec Intelligence, le jeune homme gagnera
une meilleure perception de son entourage et surtout de sa
fiancée, la froide Ah Si. Un roman implacable à
ne pas manquer.
Anne
Weber
(septembre 2003) |

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