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Chaud
one-man show
D'après
son propre narrateur — une création ambivalente, qui
terrifie autant qu'elle incite à la compassion — l'auteur
est "une flipette qui signe Y.B. un billet dans le Canard
Enchaîné" et Kamel (c'est le narrateur) d'ajouter,
"un mec qui écrit ça tu vois tout de suite
que la dernière fois qu'il a pris son pied c'est en enculant
les mouches." Le ton est donné : une autodérision
cinglante qui n'est qu'un exemple des multiples attaques débridées
et décapantes de ce roman hors normes. Dans Allah
Superstar, Y.B. n'épargne personne, de la société
du spectacle aux producteurs, des petits trafiquants de banlieue
à la mouvance terroriste, des imams des cités à
Michel Leeb, du Coran à la décolonisation et son contraire,
des fatwas à Jamel Debouze. Ce dernier est un modèle
vivant pour Kamel Léon Hassani, qui se définit comme
" un jeune d'origine difficile issu d'un quartier sensible
d'éducation prioritaire en zone de non droit",
rêvant de devenir "le futur plus grand comique d'origine
difficile sauf Jamel Debouze."
Ce roman polymorphe
nage entre deux eaux troubles et troublantes : la triste réalité
d'un garçon dont la syntaxe laisse à désirer
et le monde plus surréaliste que Kamel s'invente quand par
hasard, il se fait un peu poète, un brin sociologue, voire
politologue (même s'il ne cesse de répéter qu'il
est "contre la politique" !) et qu'il raconte
son parcours vers le firmament des "artistes". L'insolence
est de mise, la subversion aussi, une façon comme une autre
de conjurer le sort et de donner au lecteur l'occasion de bien rire
— environ toutes les cinq lignes. Un rire qui dissimule cependant
une gêne indéfinissable, car la comédie se fonde
ici sur les propos et la naïveté d'un innocent (du moins
c'est ce qu'il laisse croire...) commentant le monde dans lequel
il vit avec l'implacable logique du laissé pour compte.
Roman audacieux
ou fourre-tout facile et ambigu ? Allah Superstar
est d'abord une attaque en règle d'une société
mercantiliste qui a abandonné ses idéaux ainsi que
ceux qui ne rentraient dans aucun des moules prévus, un monde
d'artifices, de toc et de paillettes télévisuelles
qui fait le jeu des terroristes ou des extrémistes de tous
poils, une société où la consommation de masse
règne sans scrupules et ronge l'imaginaire d'une jeunesse
perdue (on pense parfois au roman La vie de ma mère
de Thierry Jonquet, dont la "face B" vient de paraître
en bande-dessinée chez Casterman). Et pourtant, même
si l'on rit beaucoup et sincèrement, on en sort légèrement
mal à l'aise - une réaction très certainement
prévue par l'auteur ; pas seulement parce que Y.B. cherche
à faire en sorte que nous nous sentions coupables, mais surtout
parce que cette accumulation, cet empilement de frustrations, la
logorrhée du personnage, la saturation de la prose, tout
cela donne le vertige et que les attaques de l'auteur se perdent
un peu dans cette profusion, jusqu'à ce que l'on ne sache
plus bien ce qu'il cherche à dénoncer (tout et son
contraire ?) : l'ironie peut emprunter des voies tortueuses, il
est vrai, mais la satire est ici à double-tranchant et verse
par instants dans la facilité de clichés véhiculés
par les bien-pensants. Il n'empêche, Kamel Léon demeure
bel et bien dans l'esprit du lecteur et le rire l'emporte souvent
sur l'ambiguïté.
B.
Longre
(octobre 2003)
né
à Alger en 1968, Y.B. a été journaliste, notamment
à El-Watan en Algérie et au Nouvel Observateur. Installé
à Paris depuis 1998, il est l’auteur du triptyque algérois
Comme il a dit lui (1998), L’explication
(1999), Zéro mort (2001).

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