Présences d'un été
1998, Philippe Picquier
roman traduit du Japonais par Annick Laurent
(Titre original : Ijin-tachi to no natsu, 1987)

 

En début de roman, l'histoire et le personnage principal / narrateur ne peuvent être qualifiés d'exceptionnel : Harada, scénariste pour la télévision, la quarantaine bien sonnée, vit seul depuis son divorce et est sur le point de se lancer dans l'écriture d'un banal scénario. Mais il supporte mal sa solitude et le silence ambiant qui enveloppe son l'immeuble dès la nuit tombée et réalise alors qu'il est sans doute l'unique habitant de cette résidence de bureaux, à l'exception d'une femme, Kei, qui vit au deuxième étage. Ils font inévitablement connaissance et, rapidement, leurs relations prennent une tournure plus qu'amicale. Dans le même temps, Harada est un jour irrésistiblement attiré par le quartier de son enfance, Asakusa (voir la toute récente autobiographie du réalisateur Kitano, Asakusa Kid) où il fait une rencontre incongrue : un couple d'une trentaine d'années qui ressemble à s'y méprendre à ses parents, morts alors qu'il avait douze ans. Il se réjouit d'abord de ce qui lui semble être pure coincidence puis se persuade peu à peu qu'ils sont de véritables fantômes, revenus pour l'aimer.

Illusion ou réalité ? Harada est-il le jouet de ses fantasmes ? Petit à petit, on pénètre dans un monde trouble d'où émane un malaise à peine perceptible, et en effet, le surnaturel s'insinue si délicatement qu'on ne s'en aperçoit pas immédiatement ; un sentiment renforcé par le décalage entre le réalisme de la routine professionnelle d'Harada et celui d'innocentes visites à ce couple (ils vivent chichement dans un petit appartement) et les pensées obsédantes qui assaillent le protagoniste. Mais ces retrouvailles (si elles le sont vraiment) ne sont pas sans prix pour Harada, grand rêveur naïf et sentimental, entre deux univers, qui tergiverse et retombe de haut lorsqu'éclate la vérité.

Dissimulé derrière Harada, l'auteur s'attache à analyser les différentes conceptions du réel et du 'normal' par opposition au 'paranormal' : Quelle attitude adopter face à certains phénomèmes? sont-ils purement engendrés par une âme solitaire, ou bien puisqu'ils surviennent, faut-il les considérer comme faisant partie du monde concret ?
Un roman trouble et déroutant, qui enchantera par son écriture simple et sans ambages, voire quotidienne, et qui engendre néanmoins un suspense psychologique parfois cocasse et souvent d'excellente facture.

B.Longre