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«
Fuite éperdue » vers la lumière
Adriana, Guillermo,
Belzunce, M’man et le père habitent à Santa
Arena dans une baraque en planches, au milieu des champs brûlés
par le soleil ; avec leur peau mate et leurs cheveux plats et noirs,
ils ont des têtes de « pauvres à vie
». Pourtant Adriana sait qu’un jour elle aura les yeux
« verts comme des dollars » ; elle aura une
tête de riche, comme celles que décrit Grand-pa quand
il parle des « ranjeras », les étrangères
qui habitent de l’autre côté du «Cerco».
Il faut franchir cette frontière pour gagner « l’horizon
palpitant de richesses » et « sur cent qui
tentent de passer, il y en a peut-être deux qui réussissent…
». L’épreuve est de taille mais Adriana
est une candidate déterminée dans la conquête
des « villes lumières aux rues pavées d’argent
» : que d’écueils, de souffrances et de
déceptions avant que la chance et le bonheur s’imposent…
La famille
quitte Santa Arena dont les champs ne sont plus que poussière
et part pour Tijuales où les parents espèrent trouver
du travail. Hélas, la grande ville est un gouffre puant et
pétaradant où il faut même payer une «
protection » pour une cabane dérisoire dans un bidonville.
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Les
journées s’étirent dans la misère.
Heureusement, à la radio, Franky Enamorado chante l’amour…
Le père se persuade que décidément «
le paradis est de l’autre côté du Cerco
» mais comment réunir mille dollars pour le
passage de toute la famille ? Il y a bien une solution, il y
a du travail… pour les enfants… Adriana et Guillermo
deviennent alors des «machines silencieuses»
qui grattent et récurent les cuves de la Chemical et
Petrological Corporation, supportant les vapeurs de toluène
qui brûlent les yeux et les poumons.
La jeune fille s’accroche mais Guillermo abandonne. Depuis
leur arrivée à Tijuales, il est bizarre, parfois
prostré ou secoué d’un « rire
de dément » ; de ses expéditions à
Paraiso, le quartier des dealers, il rapporte bientôt
au père la somme du passage, des billets qui ont «
une drôle d’odeur ». |
Pour rejoindre
« l’horizon palpitant de richesses »,
le carrosse est une bétaillère. Il va falloir des
heures pour passer le « Cerco », traverser le désert,
échapper aux gardes. Adriana et Guillermo s’en sortent,
avec l’aide d’un homme dont c’est au moins la
troisième tentative de passage… Ils atteignent enfin
« la ville lumière » mais où
sont les palais et les toits d’or ? … Le rêve
s’étiole. Guillermo n’a même plus sa poudre
d’ange, alors il vole quatre mille dollars à la femme
qui les a recueillis et il s’enfuit… Adriana doit accepter
de travailler pour rembourser cette dette, et ça c’est
une aubaine ! « Du travail de l’autre côté
de la frontière ! Le père en aurait pleuré
de joie. » Elle entre donc comme femme de ménage
aux Next Dream Studios : elle y rencontre l’actrice héroïne
du thriller affolant « Fuite éperdue »,
cette Rose Andersen aux yeux verts extraordinaires qui, à
part son regard, lui ressemble un peu…. La chance sourit à
Adriana, il suffit de forcer un peu… Elle «prend»
les yeux verts et découvre l’amour ; elle sort Guillermo
de l’enfer même si dans son cas aussi « ils
veulent tous s’arrêter mais il n’y en a pas deux
sur cent qui réussissent ». Elle retourne à
Santa Arena et offre à sa mère et à Belzunce
de partager sa vie nouvelle…
La fuite éperdue
d’Adriana est haletante, rythmée par les refrains d’espoir
de Franky Enamorado, jalonnée de rencontres difficiles ou
complices mais toujours déterminantes. Xavier-Laurent
Petit écrit à la première personne,
ainsi le lecteur est juste à côté d'Adriana,
il l’écoute, il la voit, il l’accompagne, il
ne peut la laisser. Il se révolte quand elle ne peut qu’accepter
ce qu’on lui impose. Il souffre avec elle, partage ses déceptions.
Il éprouve un réel soulagement quand elle choisit
son destin et réalise une vraie conquête, rêve
de plusieurs générations.
Sur des sujets graves, misère des bidonvilles, exil clandestin,
travail des enfants, Xavier-Laurent Petit compose un beau roman
envoûtant, rempli de tendresse et d’humanité.
On a envie de découvrir les récits précédents
de cet écrivain, de partager d’autres révoltes,
de s’intéresser au monde ; on veut continuer à
lire, tout simplement…
Martine
Falgayrac
(février 2004)

http://www.ecoledesloisirs.fr
du même
auteur
Be Safe
L’Ecole des loisirs (medium), 2007
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