< littérature jeunesse - mars 2006>


 

 

Semer de Béatrice Poncelet, Seuil, 2006 dès 7 ans

Avec cet ouvrage au format vertical et allongé, le lecteur semble ouvrir un carnet de croquis, les dessins se mêlent aux collages, aux photographies, aux prises de notes, à quelques plantes citées… Les mots se mélangent aussi aux émotions : « Tes sourires sont des rires, tes larmes, celles de la colère : je crois qu’il est temps de commencer de désherber !! »
Au fil des pages, une mère écrit ; en parallèle, l’enfant grandit et le jardin défile avec les saisons…
L’enfant apprend au milieu des plantes, comme la mère apprend l’enfant. Petites émotions au cours des saisons, au rythme des floraisons, des questions de l’enfant, des bêtises aussi !
Avec tendresse, cet album montre le temps qui passe, le parallèle entre les verbes aimer, tailler, récolter… une jolie allégorie de l’éducation….infinie.
C.G. (mars 2006)

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L'éditeur

Les saisons dangereuses de Virginie Lou, Syros, 2006 dès 13 ans

Marjolaine, douze ans, est très proche de l’ami de la famille, Frédéric, trente ans, qui l’a vue naître ; ensemble, ils sont les meilleurs amis du monde. Mais Marjolaine grandit et ses sentiments évoluent au fil de leurs partages. L’amitié se transforme pour elle en un sentiment qu’elle nomme amour, ne sachant lui donner d’autre nom.
Frédéric vient d’être quitté par son amie Marion ; délaissé, il refuse d’abord la correspondance secrète de Marjolaine, puis se prend au jeu. Mais les mots sont sur la tranche du rasoir, sur le fil, tendu, du tabou. Les parents de Marjolaine, en interceptant une lettre, mettront fin à cette relation.
L’écriture pudique traite ce sujet délicat avec retenue, sans jugement, sans a priori, dessinant le portrait fragile des personnages. Un texte subtil sur l’ambiguïté des rapports adulte, enfant, souvent d’actualité...
C.G. (mars 2006)

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L'éditeur
de Barroux : Mon poisson rouge
Le premier roman de Maïa Brami, Norma, vient de paraître aux éditions Folies d’Encre.

Goûte au moins ! de Maïa Brami et Barroux, Circonflexe, 2005

Rosa ne parvient pas à convaincre son fils de goûter (« au moins ! ») aux aliments, il refuse d'emblée – le petit ne mangerait que des pâtes et fait la grève devant petits pois, haricots ou soupe de légumes ! Elle emploie alors un stratagème très fantaisiste, en s’alliant aux personnages des contes qu’elle lit chaque soir à son fils… les récits (Boucle d’or, La Princesse aux petits pois…) se voient détournés sans les légumes qu’ils contiennent habituellement , indispensables à l’intrigue ! Ce dont l’enfant ne tarde pas à prendre conscience…
Ce bel album, au-delà de la situation précise des repas, incite plus généralement à aller voir les choses de plus près avant de les juger et de les repousser… Une jolie « leçon » qu’étoffe astucieusement la mise en abyme via l’insertion de contes bien connus, des histoires dans l'histoire rendus sous forme d’esquisses que Barroux mêle aux autres illustrations, vives et colorées.
B.L. (mars 2006)

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L'auteur

Imagine de Norman Messenger, Seuil, 2005 dès 6 ans

En exergue de ce livre farfelu : « Imagine…tout est possible. Explore ton imagination et le monde commencera à te sembler un peu différent… Regarde et vois ce que tu peux voir puis regarde encore et imagine… ». Page de garde, une porte se détache : « une porte sans pièce : serais-tu dedans ou dehors ? ».
Chaque double page interroge le lecteur sur cet éventail d’objets insolites : « Imagine une théière sans bec : tu aurais très soif ». Dans l’angle supérieur un exercice d’imagination est proposé en vignette : « Découpe ce pic en trois morceaux et dispose-les pour former un cœur ». Par un habile jeu de découpages, les animaux se transforment. Un disque pivotant permet de donner un visage différent à chacun des personnages. L’auteur nous propose aussi une suite inventive de puzzles virtuels, animés et figés. Tous savoureux.
Chaque « usurpation » fonctionne à l’infini et parfaitement : on propose de voir la réalité sous des angles de vues différents. Des illustrations cocasses, un fourmillement de détails mettent l’œil aux aguets, toujours en alerte, une façon d'offrir un regard neuf sur la réalité et pour la transformer à notre guise. Cet album propose un jeu virtuel permettant de se débarrasser de nos a priori et d’accepter un autre regard. C.G. (mars 2006)

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L'éditeur

Quelquepatte d’Aliceu, L’œuf éditeur

Insouciante mais curieuse, une petite taupe se promène paisiblement de vignette en page, désireuse de comprendre tout ce qui croise son chemin - végétaux (un arbre gigantesque, une petite fleur…), animaux (son ami le caneton, le lapin ou encore le hérisson), ou objets incongrus trouvés par hasard (un livre aux lettres aériennes, des bulles de savon…) ; elle accueille ces découvertes d’un air le plus souvent imperturbable, mais sait aussi s’amuser et sa mine rigolarde fait plaisir à voir quand elle partage des joies muettes avec ses amis. Aliceu exploite aussi astucieusement le format et le pourtour des vignettes - quand la taupe broie du noir, ou encore que les bandes noires se liguent contre les personnages et les empêchent de se rejoindre. Malgré l'absence de couleurs, l’ouvrage n’a rien d’austère : l’économie du graphisme et l’épure des décors permettent au lecteur de suivre attentivement le parcours de ce sympathique personnage, que l’on retrouvera aussi dans Tous les matins, du même auteur. A lire à tout âge. B.L. (mars 2006)

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Contes de Lituanie et Contes du Djebel Amour Seuil, 2005 dès 10 ans

Ces deux albums sont originaux, de par leur choix de contes de Lituanie et du Sud-Ouest algérien.
La lecture des Contes de Lituanie n’est cependant pas aisée car ils sont restitués via l’écriture originelle de l’auteur Oscar V. de L. Milosz, datant du début du XXe siècle. La tradition rustique du pays est évoquée au travers du monde paysan, au royaume des sorciers et des chevaliers, ceux-ci ne pouvant sortir de leur âpre condition qu’en triomphant de la cupidité et des mauvais tours du sort. Les illustrations de M. Daniau, inspirées des sculptures sur bois de l’art lituanien, rendent réaliste ce climat rude et l’atmosphère picaresque.

Les Contes du Djebel Amour, par opposition, sont rocambolesques ! Elene Usdin enrichit le texte de ses illustrations poétiques à souhait, des teintes en harmonie avec le macrocosme coloré de ces contes orientaux, au pays des ogres et des sultans. Le texte de Nora Aceval est tiré des récits de son enfance. D’Herbe-Verte à la Femme-Gazelle, l’écriture est foisonnante et imagée, riche d’enfants nourris au lait d’ogres, de porteurs de chéchia … Le lecteur est transporté avec délice aux frontières du désert.
Un petit glossaire de bas de page explique les termes locaux, et chaque conte est clos par la formule magique : « Mon histoire est partie et moi je suis encore ici ! ».
Nora Aceval parvient à nous faire partager son univers de conteuse, qui lui est cher « Ainsi voyagent les contes. Comme les hommes, ils bougent et s’étirent entre le passé et le présent, tout en se projetant dans l’avenir ».
C.G. (mars 2006)

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L'éditeur

La peste, histoire d’une épidémie, de Brigitte Coppin, ill. Michaël Welply
Gallimard jeunesse, Les yeux de l’histoire, 2006

Alors que la menace de nouvelles pandémies semble se faire aujourd’hui plus proche, ce bel ouvrage documentaire, qui mêle sources primaires, reproductions et illustrations, revient sur l’un des plus féroces fléaux de l'histoire. Rien n’est ici passé sous silence, les origines, les symptômes, les (pauvres) moyens mis en œuvre pour limiter la propagation du mal, les conséquences socio-économiques des épidémies, et Brigitte Coppin, médiévaliste, décrit parfaitement la manière dont la peste, des siècles durant, terrifie l’inconscient collectif (et pour cause, quand on sait que plus d’un tiers des occidentaux périssent en 1348). La terreur des populations se fonde évidemment sur l’incompréhension de la maladie, sur les lacunes scientifiques et l’obscurantisme religieux, mais elle s’atténue peu à peu grâce aux avancées médicales – le microbe n’est cependant pas démasqué avant la fin du XIXe siècle par Alexandre Yersin. Un ouvrage rationnel et passionnant, abordable dès 10 ans. B.L. (mars 2006)

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L'éditeur

Au Monde d’Isabelle Simon, T. Magnier, 2006 dès 4 ans

Isabelle Simon, dont on peut déjà admirer le travail plastique dans Oh ! les Amoureux de François David, propose, en solitaire, un album émouvant et chaleureux dont la simplicité de surface est un leurre : un seul petit personnage d’argile, Aboé, photographié sous divers angles de vue dans des décors naturels, le bush aride et rocailleux de son Australie natale. Chaque cliché est accompagné d’une phrase dont la brièveté évoque le bonheur d’une vie détachée du matériel, en harmonie avec une nature à apprivoiser et à respecter. « La terre est ma mère », affirme Aboé, étendu sur le sol, le regard dans le ciel, et il est « le gardien de la planète ».

Un idéalisme candide qui renvoie à une utopie appartenant désormais au passé (la colonisation étant passée par-là…) – mais les jeunes lecteurs admirent le rêve atemporel et l’existence de ce petit Aborigène au corps décoré, dont les préoccupations et les expériences quotidiennes rejoignent les leur : la peur du noir, l’apprentissage de savoirs ancestraux, l’importance du groupe familial… et surtout, la conscience d’être « au monde » : « Je suis vivant », « Je grandis ». B.L. (mars 2006)

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Si le monde était un village de 100 personnes, Ikeda Kayoko, ill. Yamauchi Masumi - 2e vol L’alimentation, trad. du japonais Sylvain Cardonnel, Picquier Jeunesse 2006

Si le monde était un village de 100 personnes… 41 vivraient avec moins de 600 euros par an et ils leur arriveraient de ne pas manger, 48 produiraient de la nourriture pour la vendre, les 52 autres ne pourraient l’acheter par manque d’argent. Page après page, les chiffres s’alignent et les contradictions s’empilent : surproduction, obésité contre pauvreté et malnutrition. Avec cet astucieux changement d’échelle, Ikeda ouvre les yeux des enfants, acteurs de demain : «nous devons prendre conscience de la gravité de ce problème. Alors, peut-être, le monde commencera à changer un peu. »Mais loin de se vouloir alarmiste, l’auteur propose en miroir un reportage photos réalisé au Népal, le portrait de Ramaya, scolarisée grâce au PAM (Programme Alimentaire Mondial). En remplissant les ventres, l’organisation des Nations Unies (fondée en 1963) permet à de nombreux enfants — des filles en majorité — de bénéficier d’une instruction, meilleur moyen de faire chuter le taux de natalité et de lutter ainsi contre la malnutrition. Du documentaire, du vrai, servi par une maquette séduisante qui fait la part belle à la couleur et aux illustrations. Le premier volet, Si le monde était un village, avait déjà rencontré le succès à sa parution, en 2002.
M.B. (mars 2006)

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Le Crocodile idiot, Le pingouin indiscret, L’Autruche indécise, l’Ourson maladroit, le Singe voleur, la Baleine maladroite, de Bénédicte Guettier, Petit POL, 2006 dès 3 ans

Six nouveaux titres à savourer dans la collection « p’tits caractères » illustrée par Bénédicte Guettier, des ouvrages cartonnés au format variable, s’adaptant à la silhouette de l’animal en question… L’éléphant délicat, Le zèbre malpoli, ou Le canard colérique viennent d’être rejoints par un crocodile si bête que même les poissons se moquent ouvertement de lui, une baleine qui nargue ses voisins (« Gna gna gna prout prout ! »), une autruche si indécise qu’elle rate la soirée à venir, un petit singe voleur (et sans remords), un ourson maladroit qui tente de s’améliorer (difficile…) et un pingouin qui espionne les autres, pour le plaisir… En transférant aux animaux de multiples petits défauts humains, Bénédicte Guettier fait montre d’amusantes capacités d’observation : de petites histoires drôles et acides, sans prétention, et qui rappellent un autre livre, Comme cochons de Soledad Bravi.
B.L. (mars 2006)

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L'éditeur

Wadaï de Jean Gourounas, Le Rouergue, 2006 dès 5 ans

”So ooooh !”, “Tzinng” puis “Chluirk”… Belle suite d’onomatopées qui se superpose aux illustrations de cet album astucieux, au titre belliqueux… Waidaï : le cri du samouraï sur le point de trucider l’ennemi d’un coup de sabre. Sanglant, cet album ? Certainement, mais le petit guerrier, comme tout enfant doté d’un peu d’imagination, s’attaque à des monstres étranges, de drôles d’insectes qui l’assaillent de tous côtés et dont il faut bien se débarrasser. On admire sa valeur au combat, ses prouesses guerrières et son masque d’impassibilité… Jusqu’au moment où l’enfant doit malgré lui reprendre pied dans la réalité et essuyer une défaite : s’apprêtant à éplucher une carotte, il est sauvagement attaqué par l’économe qu’il tient en main… La chute prend le jeune lecteur au dépourvu, le déçoit peut-être un peu, mais il peut toujours revenir quelques pages en arrière pour vivre à nouveau les aventures du jeune samouraï auquel il s'identifiera sans mal. B.L. (mars 2006)

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L'éditeur

Kali et l’éléphant blanc, de C. Gabrielli, illustrations P. Mignon dès 6 ans
Nathan, collection Contes des 5 continents, 2005

Ce conte initiatique venu d’Inde est proposé par la conteuse lyonnaise Chloé Gabrielli. L’histoire nous emmène dans le village de Kali, un jeune garçon qui doit cueillir des noix de coco dans la forêt. Seulement, son parcours est semé d’embûches. Heureusement, le Grand Eléphant Blanc est là pour le protéger. Le livre propose le texte de la conteuse accompagné par des illustrations de qualité moyenne, ainsi qu’une présentation très succincte de trois instruments de musique indiens en deux pages. Le CD offre le conte raconté par plusieurs interprètes dont un enfant à la voix nasillarde pour jouer Kali. L’écoute est claire, l’interprétation moyenne, et le cd très court. L’ensemble doit faire découvrir les traditions contées et musicales de l’Inde (sans en situer d’ailleurs le lieu). Cependant, la qualité laisse à désirer et on reste sur sa faim. A noter par ailleurs que la collection dont fait partie Kali et l’éléphant blanc ressemble largement à la collection du même genre « Les contes du Musée de la musique » parue chez Actes Sud, bien avant celle là. Simple hasard ? L.F. (mars 2006)

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