< textes de théâtre >

 

parutions théâtrales

 

L'éditeur

Une histoire du spectacle militant (1966-1981), Sous la direction de Christian Biet et d’Olivier Neveux, L’Entretemps Éditions, 2007

Imposante publication que cette première Histoire du spectacle militant, actes d’un colloque, rassemblant des études historiques et critiques, comme des témoignages et autres regards en arrière, et même un scénario d’Armand Gatti, Les Katangais, écrit et non-réalisé en 1974. Parcourant les quinze années de théâtre et de cinéma militant ici traitées, on croise ainsi, notamment, Alain Badiou, André Benedetto, ou Augusto Boal (présenté par son fils Julian), pour le théâtre, et Godard, Resnais, Bertolucci, pour le cinéma, et bon nombre d’autres expérimentateurs, avant-gardistes, rêvant d’une transformation radicale de la société. Affinant et complétant les Théâtres en lutte d’Olivier Neveux, ce volume théâtre-cinéma attise moins la nostalgie douce-amère des uns (qui en sont re-venus) que la persévérance des autres (qui y viendront) : tout cela semble certes bien daté, mais ces multiples pavés militants qu’a poli le temps (notre culpabilité politique) n’en restent pas moins précieux, jusque dans leurs féconds excès divers et variés. On ne partira jamais de zéro.
N. Cavaillès (janvier 2008)

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L'éditeur

Fuck you, Eu.ro.Pa ! et Sans sucre, de Nicoleta Esinencu, Traduit du roumain et préfacé par Mirella Patureau, L’espace d’un instant, 2007

Écrites en roumain par la jeune dramaturge moldave Nicoleta Esinencu, ces deux pièces courtes, sans trame, se présentent, l’une, Fuck you, Eu.ro.Pa !, comme lettre chaotique et naïvement violente d’une adolescente à son père ; l’autre, Sans sucre, comme dialogue d’un frère et d’une sœur, retraçant dans un déluge métaphorique maïakovskien l’histoire récente de l’Europe de l’Est. L’un comme confession au père perdu, l’autre comme jeu de vilain entre petits malins suicidaires. Partout, le désespoir de l’intimité empêchée, envahie par la situation socio-politique : l’austérité, la misère, la médiocrité sous le régime communiste – à quoi s’oppose la déception devant le monde factice du capitalisme, autrement médiocre. La plume de Nicoleta Esinencu manifeste l’héritage de Biljana Srbljanovic, sans le potentiel dramatique d’une Gianina Carbunariu, ni la puissance de la lointaine inspiratrice Sarah Kane, mais avec une certaine originalité de ton, glissée dans des audaces politiques bien senties. N. Cavaillès (novembre 2007)

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L'éditeur

Théâtres en présence de Joël Pommerat, Actes Sud Papiers, 2007

On lira avec intérêt les quelques 25 pages de ces Théâtres en présence, dans lesquelles Joël Pommerat, directeur de la compagnie « Louis Brouillard », livre ses secrets d’auteur metteur en scène. Temps et désir sont au cœur de sa quête – le temps de laisser affleurer le désir, et s’épanouir l’ouverture, sans forcer les choses à une fixité fallacieuse. La conscience du temps, conscience des erreurs, du chemin parcouru, des choix faits, introduit l’auteur, et le metteur en scène, puis ses comédiens, et plus tard le spectateur, dans une réalité théâtrale flottante, mouvante et voilée, qui, par sa nature de palimpseste, affiche sa belle participation à la marche de l’humanité.
N. Cavaillès (novembre 2007)

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Coup d’état de Justin Fleming, traduit de l'anglais par Jean-Pierre Richard.
Lansman, « Théâtre en traduction », 2006

1988, Malaisie. Face au Roi, tyrannique et violent, méprisant ouvertement les droits de l’homme comme l’arrogante morale occidentale, un vieux juge malais désabusé, démis de ses fonctions, une jeune avocate new-yorkaise engagée, fuyant une bavure légale, un juge australien sage et gay, et une jeune étudiante malaise clairvoyante et décidée, en pleine ascension.
Avec beaucoup de didactisme et un peu d’humour, le dramaturge australien, ancien avocat, Justin Fleming, confronte Orient et Occident, christianisme et islam, justice et pouvoir, hommes et femmes, dans ce drame politique imprégné de droit et de théologie qui oppose à un droit idéal et universel des individus une réalité partout inique et hypocrite, toujours menacée par les dérives autoritaristes comme par les clichés sociaux. Il esquisse une version politico-socio-légale d’un art de la nuance, démagogique dans la forme sans être naïve dans le fond.
N. Cavaillès (août 2007)

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L'éditeur

Le 20 novembre (Förgänglighet) de Lars Norén, Traduit du suédois par Katrin Ahlgren, L’Arche, 2007

Sans faute ni surprise, ce monologue du dramaturge suédois Lars Norén donne la parole à un adolescent sur le point d’aller dévaster son ancien lycée. Sentiment d’exclusion, de mépris, de ridicule, nervosité morale, confusion des valeurs, simplification de la politique et banalisation des figures du mal (Hitler, Condoleeza Rice), anglicisation télévisuelle, modes éphémères et souffrances durables, élans de haine, fascination pour la guerre et pour les armes, contestation intense et maladroite des petites gens et de leurs petites vies… tout y est, mais ce texte condense trop la vision hyper-médiatisée des lycéens-terroristes pour bien convaincre (après Michael Moore ou Gus van Sant). Les nombreuses prises à parti du public manifestent toutefois une énergie, une frontalité, nullement déplacées, sinon dans le contexte socio-politique amorphe des pays riches, du moins face à la difficulté qu’aura cette pièce à dépasser le sensationnel de l’actualité pour faire vraiment violence au spectateur.
N. Cavaillès (juillet 2007)

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L'éditeur

Comme deux frères de Maryse Condé, Lansman, coll. Beaumarchais, 2007

Grégoire et Jeff ont vécu pratiquement ensemble les trente premières années misérables et violentes de leur existence. Misère et violence qui les ont menés dans une cellule commune où, pour ainsi dire, ils font le bilan du passé, de ce qui les attend, de ce qu’ils voudraient, de ce qu’ils auraient voulu… Bilan tragique, traduit en un dialogue (souvent un monologue ponctué de silences) ne faisant que confirmer la cruauté d’un monde sans scrupules qui les a enfermés entre les parois de leur destin et de leur prison. Maryse Condé, dont on connaît surtout les romans, prononce là, en neuf scènes brèves et sobres, par la parole de ses deux personnages, un jugement sans appel et sans concessions contre les désordres et les impasses de la société. J.-P. Longre (juillet 2007)

La pièce Mise en scène José Exélis, avec Gilbert Laumord et Ruddy Sylaire
6 - 28 juillet, Théâtre du Balcon - Festival Off Avignon

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L'éditeur

www.ccf-damas.org

Secret de famille, d’Amre Sawah, texte français Nabil El Azan, Lansman, Ecritures vagabondes, 2007

Par le biais d’une dispute entre une femme et son fils, c’est toutes les contradictions de son pays, la Syrie, et les tourments de ses habitants, que l’auteur expose, quand bien même leur histoire pourrait se dérouler dans d’autres contextes dictatoriaux. Vingt ans plus tôt, le père et les frères du jeune homme ont été arrêtés par les « hommes de la sécurité » ; jusqu’ici, la mère a tâché de « protéger » le plus jeune de ses fils, le seul qui lui reste : pour qu’il ne suive pas la voie que son père, elle lui a interdit de suivre des cours religieux ou de partir combattre en Irak. Mais « les choses nous rattrapent toujours », reconnaît-elle, en s’apprêtant à vivre une situation déjà vécue. Cet affrontement, en l’espace de quelques instants, bouleverse la relation mère-fils et met en exergue l’incommunicabilité entre générations, entre hommes et femmes, entre la voie de la prudence et celle de la révolte (ici terroriste et islamiste). Les secrets que révèle enfin la mère à son fils, tous deux enfermés dans une société où chacun craint de trop en dire, permettent de libérer, paradoxalement, la parole, mais aussi une violence inattendue (qui reflète toute forme de violence - religieuse et étatique, mais aussi celle de l’amour maternel), au centre d’une intrigue qui ne peut s’achever que sur une impasse tragique. B. Longre (juin 2007)

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du même auteur

L'éditeur

La grande valse brillante de Drago Jancar, traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye et Zdenka Stimac, L’espace d’un instant, 2007.

Parue pour la première fois en 1985, puis en traduction française en 2005, cette pièce en trois actes, augmentée d’une préface éclairante d’Antonia Bernard, est une métaphore multiple (et la présence de deux « experts en métaphores », un vieux et un jeune, n’est évidemment pas un hasard). La transformation de Simon Veber, historien bon vivant enfermé dans un asile psychiatrique, symbolise non seulement la pression du totalitarisme, mais aussi celle de tout pouvoir, qui tente de modeler les individus malgré eux et, à tous les niveaux, la contrainte inhérente à la vie sociale. Rien ne peut y remédier, aucun retour en arrière possible : « Comment vas-tu le faire repartir en arrière maintenant, docteur, hein ? ». La musique de Chopin soi-même y pourrait-elle quelque chose ? A lire La grande valse brillante, on reconnaît l’art des grands dramaturges, ceux dont Drago Jancar, le plus notoire des écrivains slovènes contemporains, fait assurément partie. J.-P. Longre (mai 2007)

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l'auteur

La fuite en Chine, suivi de Rose Rose et de Prise de tête de Jean Rouaud, Les Impressions Nouvelles, Théâtre, 2006

Romancier dont la renommée s’est brillamment imposée en 1990 avec le Prix Goncourt attribué aux Champs d’honneur, Jean Rouaud réhabilite en trois brèves pièces le texte théâtral. Dans cette intention clairement avouée dès la préface, il cultive la fantaisie verbale, la poésie des mots et de leurs syllabes juxtaposées (« Rose Ysé vous rosissez », le pape et le papillon, un nommé Céphalée qui a égaré sa tête d’enfant…), et ainsi redonne la parole à ceux qui l’ont perdue, dans un perspective toute radiophonique. Surtout, La fuite en Chine, Rose Rose et Prise de tête, à des degrés divers, s’appuient sur le préexistant littéraire en le métaphorisant : le théâtre de Claudel, l’enquête policière, le mythe de Judith et Holopherne, pour ne citer que les axes principaux. Et voilà que, dans une tonalité qui peut rappeler celle de certaines pièces de Beckett ou de Tardieu, le théâtre reprend vie par la magie de l’écriture, démentant les assertions du « metteur en scène » de la première pièce : « De toute manière, ce que disent les auteurs, on s’en moque, il y a bien longtemps qu’on ne les écoute plus ». J.-P. Longre (janvier 2007)

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L'éditeur

En remontant le Niger d'Arezki Mellal, Actes Sud Papier, 2006

En une vingtaine de scènes du voyage en Afrique d'une mère riche et enfantine, et de son fils mercantile et cynique, guidés par un Noir poli et intelligent, Arezki Mellal réussit le tour de force subtil et dynamique d'une promenade à la lisière entre clichés et réalités d'Afrique. Fluide et comique, cette petite somme alerte et clairvoyante convoque ainsi les tam-tams, les enfants soldats, l'islamisation, la faillite du politique, les guerres civiles, la misère... mais aussi le répugnant opportunisme des Blancs, la maladresse "bourgeois-bohème" et la vanité des ONG, l'incompréhension, voire le mépris des Occidentaux...
Tout cela étant sous-tendu par un drame humain, par une confrontation existentielle ionescienne, qui dit avec justesse et retenue tout ce que nous perdons en maintenant l'Afrique dans le malheur : car le Blanc vieillit, tandis que l'Africain est éternel. Une pièce profonde et sympathique.
N. Cavaillès(déc. 2006)

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L'éditeur

En voiture Simone de Luc Tartar, Lansman jeunesse 2006 dès 9 ans

D’emblée, l’étonnement est grand face à la distribution des personnages : on trouve évidemment Simone (une jeune fille qui a toujours du mal à se lever le matin), sa mère (qui a toujours du mal à la réveiller le matin), la police, le journaliste, le brancardier… mais aussi la vue, l’ouïe, le goût, le toucher et le nez, « plus un qui dit être le sixième sens et qui se croit plus intelligent que tout le monde.» ! Les sens de Simone vont en effet prendre corps (littéralement) et s’allier pour tâcher de ramener leur propriétaire à la vie après qu’une automobiliste l’a renversée, alors qu’elle sortait du lycée. Un coma plus profond que le sommeil qui la tient clouée au lit chaque matin… car Simone a-t-elle encore envie de vivre ?
Pièce intelligente et loufoque à souhait (en dépit de la gravité apparente de la situation), construite sur des dialogues vifs et teintés d’une absurdité légère, ponctuée d’amusantes chansonnettes, En voiture Simone en est à sa troisième version, écrite pour sa création à Paris (mise en scène de Sarah Sandre), mais peut aussi s’apprécier via une lecture, seul ou à plusieurs. B.L. (mai 2006)

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L'éditeur
L'auteure

Jouliks de Marie-Christine Lê-Huu, Lansman, 2005

La Petite raconte sa famille : son père Zak, le « joulik », incapable de rester en place et d'accepter d'être sédentaire, même pour Véra, la mère de la Petite, qui l’attend et se tourmente quand il décide de partir quelques jours sur les routes - mais ils s’aiment si fort qu’ils en oublient parfois leur fille, qui ne leur en veut pas et a appris à jouer le rôle parental qu'ils oublient parfois d'endosser.

Quand débarquent le Papé et la Mé, les parents que Véra n’a pas revus depuis sept ans, et qui reprochent sa vie à leur fille, l’harmonie relative de la petite famille est bousculée, Véra reprend son rôle de fille et Zak préfère quitter les lieux le temps de la visite. C’est un texte tragique et intense que la dramaturge dépose dans les mains de la Petite (quand ce n’est pas la Mé qui monopolise la parole…), où la naïveté le dispute à la lucidité qui émerge régulièrement : récitante, témoin (souvent muet) mais aussi actrice dans le drame à venir, c'est ce portrait d'une enfant qui oublie « d’être petite » qui touche, davantage peut-être que le récit de la passion amoureuse de Zak et Véra.
B.L. (février 2006)

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L'éditeur

Textes de théâtre

Enjeux I, théâtre - Bernard Campiche éditeur, 2005
Sandra Korol – KilomBo / Valérie Poirier – Les Bouches / Manon Pulver – Au bout du rouleau / Pascal Rebetez – Les mots savent pas dire

Se proposant de faire connaître des écritures théâtrales contemporaines, cet ouvrage rassemble quatre textes de qualité, des pièces qui ont été montées récemment ou qui le seront prochainement.
On s’arrêtera tout particulièrement sur Kilombo de Sandra Korol, qui met en scène « deux voix serrées l’une contre l’autre », celles de Nena et Gorda : deux femmes cohabitant dans une pièce en sous-sol qui fait office de déchetterie. Elles sont, à leur manière, des réfugiées, attendant que « la merde là-haut » s’achève – une fin du monde qui n’en finit pas. Ce texte troublant et innovant, entre tendresse et brutalité, va au plus profond des êtres et explore les relations tendues entre ces deux personnages abandonnés ; une leçon d’espérance dans le chaos du monde, mais aussi de désespoir, face à la fragilité de la chose écrite, des rêves et des histoires, qui sont pourtant les seules armes possibles.
On retiendra aussi la sombre folie qui s’empare de Jeannot et de Paule dans Les mots savent pas dire, de Pascal Rebetz, une pièce poignante qui lui a été inspirée par l’œuvre d’Art Brut de Jeannot - mort d’épuisement en 1971 alors qu’il gravait le plancher de sa chambre… B.L. (dec. 2005)

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lire aussi
Ionesco, Recherches identitaires de Matei Calinescu - Oxus, 2005

THEATRE
Rhinocéros d’Eugène Ionesco

Mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mot
Théâtre de la Ville, Paris, janvier 2006

Humanisme en puissance
La mise en scène d'Emmanuel Demarcy-Mota a beaucoup fait parler d’elle, en bien ; chose rare, c’est mérité. Sans revenir sur le texte, chef d’œuvre du XXème siècle comme il y en eut peu, et qui résiste à la réputation de son idée-force comme aux vastes commentaires en tous genres infligés à des générations de lycéens (que les bons sentiments écœurent à bon droit), le spectacle impressionne par l’inventivité de son obscure scénographie aux métamorphoses mécaniques frappantes, par la performance dynamique des comédiens et par celle, ô combien ionescienne, de Serge Maggiani qui joue le pauvre et honnête Bérenger, par le rythme haletant et par l’angoisse subtile insufflée avec cruauté par le musicien Jefferson Lembeye et ses deux acolytes sous la scène, et enfin par ses trouvailles de mise en scène qui, musclant ici le tragique pour répandre là un malaise à en rendre fou le dernier des hommes, en font une représentation à la hauteur du texte : l’intensité n’exclut donc pas la finesse d’esprit, même quand il s’agit de sauver l’humanité.
N. Cavaillès (janvier 2006)

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L'éditeur

Impossibles théâtres, XIXe-XXe siècles, Editions Comp’Act, 2005.
Textes rassemblés par Bernadette Bost, Jean-François Louette et Bertrand Vibert.

Pourquoi certaines pièces sont-elles réfractaires à la représentation, alors que le théâtre est, par définition, destiné à être mis en scène devant un public ? Jean-François Louette, dans le « Lever de rideau », avance des raisons d’ordre technique, politique, social, subjectif, ainsi que des raisons inhérentes au genre lui-même. Une bonne vingtaine de spécialistes prêtent leur contribution à ces tentatives d’éclaircissements, en s’appuyant sur des exemples qui vont du Romantisme à la période contemporaine, de Ludovic Vitet ou Victor Hugo à Heiner Müller ou Valère Novarina.
Bel échantillonnage, qui permet au lecteur de mesurer à la fois la diversité, la vitalité et la résistance d’oeuvres que l’on croit connaître sans les connaître vraiment. Belle introduction à une réflexion sur la difficulté, mais aussi sur la validité d’un genre dont la spécificité est justement de fournir des textes destinés à la fois à la lecture et au spectacle.
J-P. L. (nov. 2005)

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L'éditeur

Les îles flottantes de Paul Edmond, Lansman, 2005

Luc et Barbara ont prévu de passer « une merveilleuse soirée » ensemble, afin d'enterrer... leur vie de couple ; la situation initiale est suffisamment cocasse pour intriguer, et les désagréments et autres imprévus qui vont en s'accumulant ajoutent aux plaisirs de la lecture : les intempéries et la fermeture inopinée du restaurant choisi obligent les deux ex-amoureux à se rabattre sur un autre établissement, tenu par Max, dont la présence tenace les envahit insidieusement. Les mesquineries s’enchaînent aux révélations de dernière minute et le ballet qui suit (du duo au trio et vice versa) se déroule de manière si imprévisible, que même le refrain tenace que Luc et Barbara ne cessent d’entonner (« une merveilleuse soirée ») ne fait plus illusion. Paul Edmond signe là une pièce qui, sous des dehors de comédie, explore brillamment les relations humaines et la notion d’illusion amoureuse, quand l’image de celui que l’on regarde n’est en réalité que le reflet des rêves que l’on projette individuellement.
B. L. (sept 2005)

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L'éditeur
lire aussi
L’analphabète

Zoé, 2004

Où es-tu Mathias ? d'Agota Kristof, Ed. Zoe, Minizoé, Genève, 2005

« Ecrire, c’est la chose la plus difficile au monde. Et pourtant c’est la seule chose qui m’intéresse ». Agota Kristof dit aussi : « La seule bonne chose de faite – à part mes livres – ce sont mes enfants ». En harmonie avec ces affirmations, les deux textes (datant des années 1970) publiés ici sont relatifs à l’enfance. Le premier, Où es-tu Mathias ?, mêle le rêve, le réel, l’imaginaire, la mort… Le lecteur y suit les méandres narratifs et dialogiques, et se trouve confronté à ses propres ombres.
Le second, Line, le temps, déroule sous une forme théâtrale deux scènes parallèles, à dix ans de distance, faites de tendresse niée, d’amour déçu entre une petite (puis jeune) fille et un jeune (puis moins jeune) homme. La postface de Marie-Thérèse Lathion, qui met l’accent sur l’expérience personnelle et littéraire de l’auteur, puis sur son nihilisme, complète en toute lucidité ce précieux opuscule.
J-P. L. (janvier 2006)

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L'éditeur

Quand la viande parle de Bruno Allain, Les Impressions Nouvelles, Théâtre, 2005 - Courtes pièces crues ou saignantes à dévorer au choix mais sans modération.

Sang, sexe et scène…
La « viande » serait-elle douée de parole ? Dans cet excellent recueil de vingt-six saynètes (de A à Z) l’auteur ne cesse effectivement de mêler langage du corps et langage tout court : et quand la chair prend la parole, fait taire l’esprit ou le coeur, et que l’instinct (passions, frustrations, désespoir…) l’emporte sur la raison, ce qu’il peut s’ensuivre est imprévisible. Les duos ou trios qui défilent sous nos yeux ne sont pas nécessairement des désaxés irrécupérables et les déséquilibres que dépeint Bruno Allain peuvent s’abattre, semble-t-il dire, sur chacun d’entre nous ; attachements et séparations, lâchetés et solitude, illusions sentimentales et relations de pouvoir, l’auteur décline tout cela avec habileté et propose un échantillonnage non exhaustif des travers et des dysfonctionnements inhérents à la condition humaine, entre réalisme cru, grotesque et cynisme, y ajoutant une critique acide du consumérisme ambiant… de quoi se régaler. B.L. (août 2005)

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L'éditeur

L'auteur

Les Saônes de Catherine Zambon Lansman, coll. « Nocturnes théâtre », 2005

Plusieurs Saônes couleraient-elles aux abords des vignobles qui s’étendent jusqu’à la plaine ? L’une d’entre elles remonterait-elle jusque derrière la maison de Georgie et de sa tante Denna, transportant le fantôme menaçant du Queyron, le grand-père mort noyé il y a dix ans ?
En une nuit de tragédie mystérieuse, une famille et son entourage, à l’occasion de la disparition de l’un des membres, va faire surgir le passé.

Dans le respect des unités classiques (temps, lieu, action), en dialogues vifs et en monologues poétiques, les personnages lèvent peu à peu les secrets qui les oppressent et qu’ils n’osaient s’avouer. Les Saônes n’en feront finalement plus qu’une, laissant émerger, peut-être, la vie qui continue – et c’est bien le rôle du théâtre que de faire émerger la vie.
J-P.L. (août 2005)

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Jean Louvet
L'éditeur

Pierre Harmignie, Numéro 17 – Prêtre de Jean Louvet, Armand J. Deltendre, Lansman, 2005

En août 1944, les rexistes (pro-nazis belges), en représailles d’un attentat contre l’un d’entre eux, assassinèrent vingt otages pris dans la population de la région de Charleroi. Ce massacre a déjà été évoqué en 1994 dans une pièce de Deltendre et Louvet, La Nuit de Courcelles.
Au nombre des victimes, le doyen Pierre Harmignie, prêtre au charisme et à la piété exemplaires, est ici la figure centrale. Fidèle à ses convictions pacifiques et à sa foi sans faille, il reste jusqu’au bout un modèle proche de la sainteté. C’est ce que met en valeur cette pièce, où les dialogues alternent, à l’antique, avec les prières poétiques, les chants du choeur et les invocations du récitant, donnant à l’ensemble la structure et la gravité d’une véritable tragédie moderne. J-P.L. (août 2005)

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l'auteur

Mais, Maman, ils nous racontent au deuxième acte ce qui s’est passé au premier
de Matéi Visniec Traduit du roumain par l’auteur.
éditions L’espace d’un instant, 2004

Cette « fantaisie, mascarade, bouffonnerie et expérience en deux actes » a été écrite en roumain en 1979, et aussitôt censurée. Matéi Visniec la livre maintenant au public français, et c’est tant mieux. Autour d’un trou, symbole d’on ne sait quoi, mais d’un « on ne sait quoi » dans lequel se tapit, on le subodore, du malheur, de l’oppression, de la séduction, de la résignation… autour de ce trou donc, grouille, se précipite, se dispute, se perd, se retrouve, s’enfuit tout un monde d’humains anonymes ou identifiés, atemporels ou historiques, menteurs ou sincères. Et là, dans ce magma d’illusion, émergent quelques instants de vraie vie, quelques instants qui font que la folie vaut d’être exhibée, avec toute la liberté dont dispose le metteur en scène, par la grâce de l’auteur qui précise bien cependant : « Le titre de la pièce est sacré ».
J-P. L. (octobre 2004)

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L'éditeur

Raymond Queneau en scènes de Jean-Pierre Longre, Pulim, 2005

Vient de paraître, aux Presses Universitaires de Limoges, un ouvrage qui dévoile des facettes souvent méconnues du prolifique Raymond Queneau, en analysant les rapports directs ou secrets que l'écrivain et son oeuvre ont entretenus avec le théâtre : un mode d'expression que Queneau ne favorisait certes pas en apparence, mais que cette étude propose de retrouver à travers un examen minutieux des oeuvres théâtrales d'abord (pièces achevées, dont En passant, inachevées et ébauchées, adaptations radiophoniques), puis en se penchant sur l'oeuvre poétique et romanesque qui recèle une véritable théâtralité, entre mise en scène du langage et subversion des genres.
Jean-Pierre Longre (qui, soit dit en passant, est aussi l'un de nos fidèles collaborateurs), docteur ès lettres, enseignant en littératures du XXe siècle à l'Université Jean Moulin de Lyon, signe là un ouvrage rigoureux et abondant (en témoigne, entre autres, la richesse bibliographique), essentiel, qui ouvre un vaste champ d'exploration potentielle, mais qui s'adresse aussi sans mal à l'amateur éclairé. B. L. (juin 2005)

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Luc Malghem
L'éditeur

Céline contre tous de Luc Malghem, Lansman, théâtre, 2004

Il est des écrivains que l’on imagine volontiers en personnages littéraires. Louis-Ferdinand Céline en fait partie, avec ses sautes d’humeur et ses proclamations scandaleuses ; la pièce que Luc Malghem a bâtie sur les contradictions du médecin-romancier-pamphlétaire se révèle à la fois comme une synthèse dramatique (truffée de reflets, d’allusions, de citations, de « détournements et contorsions ») et comme une construction originale, vivante, où le Céline d’après-guerre est confronté, en même temps qu’à un « ami » juif, à une ancienne maîtresse et à une épouse muette et danseuse, à son histoire et à sa légende.
Le tout est essentiellement fondé sur ce qui est commun à l’œuvre du « héros » et à la présente pièce : le verbe débordant.

J-P. L. (septembre 2004)

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L'éditeur

Théâtre au présent - volume 1 / Lansman, décembre 2003

"L'écriture est l'élément premier de la chaîne de la vitalité théâtrale, bien plus que la mise en scène." écrit Jacques De Decker dans un avant-propos qui rend aussi hommage à Émile Lansman, "intervenant providentiel", "inlassable explorateur des terres d'écriture dramatique". Ce guide est effectivement le fruit d'une exploration :y sont recensées 40 oeuvres (publiées ou non à ce jour), écrites entre 2000 et 2003 par des auteurs belges ou vivant en Belgique (entre autres et dans le désordre J-P. Dopagne, Pascale Tison, Virginie Thirion, Jean-Marie Piemme, Thierry Debroux, Albert Budo ou Stanislas Cotton) Après une brève présentation de l'auteur et un synopsis de l'intrigue, un extrait de chaque pièce nous est offert : une incitation à découvrir de nouvelles écritures contemporaines. L'ouvrage s'achève sur une profession de foi de Stanislas Cotton (" j'écris parce que je suis en colère"), un témoignage poignant dans lequel le dramaturge analyse avec vigueur la fonction du théâtre aujourd'hui : "l'écriture dramatique contemporaine (...) pourrait avoir un véritable statut d'utilité publique, car son regard révèle, questionne y propose, dissèque aises et malaises de nos sociétés. Elle interroge l'histoire. Elle sonde le présent. Elle rêve un futur." B.L. (juin 2004)

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L'éditeur

L'Enfant froid M. von Mayenburg trad. de l'allemand L. Muhleisen, L'Arche, 2004.

"Nina a les lèvres bleues et elle tremble. Notre enfant a froid", reproche Werner à sa femme Silke. Malentendu et incompréhension, au sein des couples - Maman/Papa, Léna/Johann, Tine/Henning - mais plus largement au sein de la famille. Ici on s'aime et on se hait, et on règle ses comptes sans en faire un plat : les choses les plus graves sont dites sur un ton neutre, détaché, et sont traitées sur un mode tragi-comique. Les tabous se lèvent au cœur d'une atmosphère trouble. L'obsession du désir guide tous les personnages ; tout est histoire de sexe, semble nous dire l'auteur; jusqu'au secret que renferme le landau de "l'enfant froid". A la fin, une très belle tirade du père, d'outre-tombe, renforce ce décalage entre la gravité de la situation et l'irréalité des personnages. C.D. (mai 2005)

Mis en scène par Christophe Perton -Comédie de Valence, mars 2005 (création).

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L'éditeur

La disgrâce de Jean-Sébastien Bach
de Sophie Deschamps, Jean-François Robin
Lansman, coll. Beaumarchais, 2004

Le 6 novembre 1717, Jean-Sébastien Bach, que se disputent les princes de Weimar et de Köthen, se retrouve en prison pour préférer le second au premier. Avec pour seul compagnon un jeune gardien qu’il va initier à la musique, il symbolise à merveille l’artiste « citoyen du monde » tenant tête au pouvoir local. Conflit théâtral s’il en est, celui du musicien empli de son art avec le prince cherchant à s’approprier une production immatérielle qui, même si elle «s’apprend comme la mathématique », même si sa perfection tient à un problème de doigté, même si elle fait l’objet de « joutes » et de rivalités, touche à l’absolu et à l’universel.
D’un épisode particulier, les deux auteurs ont su tirer une belle situation dramatique, superbement dominée par la musique du futur Cantor de Leipzig.
J-P. L. (mai 2004)

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pièce mise en scène par D. Bezace (2002)
Th. de la Commune
d'Aubervilliers.

Chère Elena Sergueievna de Ludmilla Razoumovskaïa
L'Avant-scène théâtre, coll. Quatre vents, 2004

Elena Sergueievna, professeur de mathématiques dans l'URSS de la fin des années 70, est une âme noble, portée par un idéal : inculquer à la jeunesse de "vraies valeurs". Quatre de ses élèves de terminale, venant de passer le bac, sonnent à sa porte sous prétexte de lui souhaiter son anniversaire. Bouquet à la main et discours en bouche, prêts à dégainer un "chère Elena Sergueievna". Une fois le seuil franchi, la politesse affectée se mue en une violence sourde et rampante, jusqu'à ce qu’ils révèlent le véritable motif de leur visite et se livrent à un odieux chantage : ils sont venus pour corriger leurs copies d'examen, rangées dans un casier dont cette chère Elena a la clé.
Bien plus qu'un état des lieux de l'URSS post-stalinienne, cette pièce est avant tout un huis-clos où se joue une lutte entre idéalisme aveugle et nihilisme imbécile, lutte qui donne au texte toute sa tension dramatique. Ces élèves sont des damnés à la Visconti, des Raskolnikov modernes. Ils refusent les idéaux de leurs aînés et prônent les valeurs d'un libéralisme mafieux : l'argent, le pouvoir, "la jouissance de se sentir tout puissant!". Reste qu'aucun d'entre eux ne sortira vainqueur.
C. D. (avril 2005)

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L’été dernier, la direction de la collection Théâtre des Impressions Nouvelles (lancée en 2003) a été confiée à Christian Rullier, (lui-même auteur et scénariste) qui définit ainsi l’objectif de cette entreprise : « redonner au texte théâtral son statut de littérature à part entière (…) Une renaissance du théâtre peut et doit venir de l’écrivain, de l’auteur, du poète. » Le passage par le texte est une démarche incontournable pour qui veut vraiment comprendre et apprécier l’art dramatique ; une initiative que nous soutenons, en continuant à chroniquer des mises en scène mais aussi des textes dramaturgiques hors du contexte de la représentation (Signé Dumas de C. Gély et E. Rouquette, entre autres).
La collection s’enrichit ce mois de nouveaux titres, trois textes contemporains francophones : un recueil de pièces signées Natacha de Pontcharra (Mickey-la-torche, Dancing et L’enfer c’est un paradis qui brûle), Diogène le cynique, une comédie en alexandrins de Jacques Rampal et Au beau milieu de la forêt de Katja Hunsinger, jeune dramaturge d’origine allemande. Des chroniques en perspective sur Sitartmag… (février 2004)

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