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L'éditeur
l'auteur |
A la ville comme à la campagne
de Paul Fournel, éd.
Après la lune, 2006
Dans «
la collection des petits arrangements avec l’enfance
», « La maîtresse en maillot de bain »
de Paul Fournel, membre éminent de l’Oulipo
et de la Société des Gens de Lettres, nous emporte
dans les recoins d’une enfance en deux temps : celui
de « la vie de cour » et celui du «
tour du Monde ».
Pas de méprise : la cour est celle du salon de coiffure
familial, au milieu d’une traboule stéphanoise
où, entre deux parties de billes, le narrateur enfant
assistait – et même participait – aux séances
d’esthétique capillaire ; le monde est le village
où il passait ses vacances, et le tour, de chemin vicinal
en route caillouteuse, celui où s’affrontaient
vaillamment les champions cyclistes locaux, parmi lesquels
le grand favori du garçonnet… Petits et grands
lecteurs trouveront dans ces deux récits le charme
des souvenirs, l’humour tendre de l’adulte qui
cède quelques instants à la nostalgie, en toute
lucidité.
J.-P. Longre (oct. 2006) |
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L'éditeur
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Cahier de gribouillages pour les adultes
qui s’ennuient au bureau de Claire
Faÿ, Panama, 2006
Après l’excellent Cahier
de taches (Paris Musées, 2005), Claire
Faÿ récidive avec une création dans la
même veine, mais cette fois destinée aux plus
grands – ainsi que le stipule très clairement
le titre. Défouloir débordant d’imagination
graphique et langagière, ce Cahier de gribouillages
propose des activités qui feront sourire les plus déprimés
ou les plus amers, des jeux conçus sous le signe d’un
humour grinçant qui toujours fait mouche. Les consignes
sous forme d’injonctions témoignent de la détermination
de l’auteure à mettre un peu de piquant dans
le morne quotidien du salarié en butte à l’implacable
machine esclavagiste qui broie l’individualité.
« Tu en as gros sur la patate ? Dessine. »
; « Dessine les bottes de ton patron et lèche
la feuille. » ; « Tire un trait et tourne
la page. », et ainsi de suite. Insolent à
souhait, cet ouvrage inclassable à l’humour parfois
potache donne assurément envie de s’emparer d’un
crayon et de laisser libre cours à son imagination.
B. Longre (novembre 2006)
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L'éditeur
préface de Christiane Chaulet Achour |
Ourika, de Madame
de Duras, Bleu Autour, 2006
Si l’on considère l’époque, Madame
de Duras (Claire Lechat de Kersaint, 1777–1828) fait
figure de femme de lettres avant-gardiste, dont la démarche
se rapproche immanquablement d’une Olympe
de Gouges ; elle écrit ce roman (publié
en 1823) à une période de l’histoire française
où les questions de l’esclavage et de la colonisation
provoquent nombre de polémiques. Le récit d’Ourika,
adoptée toute petite par Mme de B. (elle connaît
un bonheur sans failles jusqu’à l’adolescence,
quand elle comprend soudain que la couleur de sa peau sera
toujours un obstacle), se distingue par sa pudeur et sa lucidité
– témoignage poignant d’une femme «de
couleur» dans un monde où elle cherche en
vain à « trouver sa place ». «
J’étais étrangère à la race
humaine toute entière ! » se désole
la narratrice : cette phrase à elle seule témoigne
de l’intelligence et de l’ouverture d’esprit
de l’auteure, et de sa capacité à voir
au-delà des préjugés ou des théories
pseudo scientifiques de son temps. Un livre salutaire et bien
malheureusement encore d’actualité, qui explore
les notions croisées d’altérité
et de lutte pour l’émancipation (celle des femmes
en particulier). B. Longre
(novembre 2006) |
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L'éditeur
lire aussi
La Francophonie
de Claire Tréan (2006)
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Les Tueurs en série de
Michel Barroco, Le Cavalier Bleu, collection
Idées reçues, 2006
L’esprit dynamique qui sous-tend la collection «
Idées reçues » est d’emblée
à souligner : « Il ne s’agit pas ici
d’établir un nouveau Dictionnaire des idées
reçues contemporain, ni de s’insurger systématiquement
contre les clichés et les “on-dit”. En
les prenant pour point de départ, cette collection
cherche à comprendre leur raison d’être
(…) à les tenir à distance respectable
pour offrir sur chacun des sujets traités une analyse
nuancée des connaissances actuelles ». Beau
et vaste projet. Malheureusement, cette étude le dessert
. Michel Barroco, sémiologue et spécialiste
du discours de ces tueurs qui nous font tant frissonner, nous
présente une approche mitigée d’une thématique
pourtant passionnante. Le point faible du livre, et qui entache
l’ensemble du travail, est un pur problème de
langue : la syntaxe, la ponctuation, l’orthographe font
défaut à chaque page. Tout empêché
qu’il est par cette carence élémentaire,
le lecteur se trouve dès lors dans l’impossibilité
de se captiver pour le fond du propos, qui avait l’air
de prime abord pour le moins intéressant : la déconstruction
et le traitement de stéréotypes tels que «
Les serial killers sont des détraqués sexuels
», « Les tueurs en série sont fous »,
« Les profilers mettent leur santé mentale en
danger », etc. Les éditions Cavaliers Bleus
ont déjà publié dans cette collection
des opus de très bonne tenue. Une simple relecture
aurait pu sauver l’ouvrage…
S. Hammami (novembre
2006)
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L'éditeur
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La liste des listes de
Sébastien Ripari, Editions Alternatives,
2006
Le monde en chiffres
Un livre curieux pour les curieux, à la fois
agréablement désuet dans sa présentation
et très érudit par son contenu, La
liste des listes se feuillette et se consulte
au gré de ses envies, mais aussi comme un ouvrage de
référence qui peut s’avérer fort
utile – au-delà de son caractère anecdotique.
L’auteur, présenté par l’éditeur
comme un «touche à tout » (ce
qui n’étonne guère), a recensé
ici une multitude (on ne les a pas comptées…)
d’expressions figées en lien avec les chiffres,
qui ont traversé les siècles pour arriver jusqu’à
nous ; chacune est expliquée (source, histoire, emploi)
et les éléments qui la composent sont cités
et détaillés. Loin d’être rébarbatives,
ces listes permettent de faire le point, de se divertir ou
tout simplement de se documenter et d’approfondir sa
culture dite « générale » ; on sait
que les filles du Docteur March étaient 4, que les
doigts de la main sont au nombre de 5 – mais peut-être
pas que la Grèce antique comptait 7 sages, qu’il
y a 5 parties de l’atmosphère ou qu’il
faut réunir 17 syllabes pour faire un haïku…
B. Longre (novembre 2006)
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L'éditeur
www.henrigougaud.fr
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L’Almanach d’Henri Gougaud,
Panama, 2006
Le terme nous vient de l’arabe (al-manah, « la
prochaine lune ») et l’objet, né au
XVe siècle en France, a longtemps été
la seule source de savoir dans les campagnes et les milieux
les plus simples. D’où l’idée d’Henri
Gougaud de redonner ses lettres de noblesse à un ouvrage
atypique, à la fois fonctionnel et poétique,
témoin d’une culture populaire qui n’est
pas en voie d’extinction.
l'épais volume, comme les anciens, est parsemé
d’anecdotes, d’historiettes, de pensées
ou de maximes, de remèdes de grand-mère, de
conseils culinaires et potagers, ou de brèves analyses
étymologiques, une somme érudite livrée
en vrac et qu’on se plaira à consulter sans se
lasser, du 1er janvier à la Saint-Sylvestre.
B. Longre (novembre 2006)
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L'éditeur
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Yvan, le bazooka, les dingues et moi
de Jean-François Sonnay,
Bernard Campiche Editeur, 2006.
Dans une « République Centrale » imaginaire
mais qui ressemble étrangement à tant de ces
pays où la dictature du capitalisme sauvage succède
à d’autres dictatures, où s’écarter
de la norme, c’est s’écarter de la vie,
Yvan, humanitaire au grand cœur et séducteur impénitent,
envoyé en mission par son ONG et par le gouvernement
français, va vivre des aventures inédites et
fatales.
Récit héroïco-comico-pathétique,
Yvan, le bazooka, les dingues et moi tient
aussi de la satire tout azimut et du vécu le plus brûlant.
« Ceci n’est pas un roman », nous
dit le sous-titre ; sous-titre piège, bien sûr
: l’auteur, qui a une grande expérience des missions
humanitaires, a su ici la mettre au service du réel
romanesque, dans une fiction littéraire où il
semble lâcher la bride à son esprit d’invention.
J.-P. Longre (oct. 2006)
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L'éditeur
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Dans tes bras de
Stéphanie Blanchoud, Lansman, 2006
Claire ment comme elle respire… Petite, elle s’inventait
déjà des histoires pour se donner «
l’impression d’exister », de ne plus
être Claire, tout simplement. Devenue grande, elle continue,
pour échapper à une vie monotone et pesante
et, pour Julien et Joachim, deux hommes qu’elle rencontre
à peu près en même temps, elle est «
Manon » : « Manon, elle s’en fout. Pas
de passé. Pas d’avenir. (…) Elle n’a
que l’essentiel. Elle plaît.»
Les mensonges de Claire / Manon sont en parfaite harmonie
avec la notion de jeu théâtral, entièrement
fondé sur l’illusion, et l’auteure en profite
allègrement pour explorer la schizophrénie d’un
personnage nécessairement trouble et profondément
malheureux, qui n’hésite pas à faire souffrir
deux hommes parce qu'elle-même a été trompée,
par le passé, par un homme menteur et dédoublé…
Jolie mise en abyme tragi-comique, entre réel et imaginaire,
à lire d’une traite.
B. Longre (octobre 2006)
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L'éditeur
lire aussi
Spread Wide
- Kathy Acker & Paul Buck, Editions Dis
Voir
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Grandes espérances de
Kathy Acker, traduit de l’anglais par
Gérard-Georges Lemaire, Désordres, 2006
Après Sang et Stupre
au lycée et La
vie enfantine de la tarentule Noire, les éditions
Désordres publient un troisième pan de l’oeuvre
de Kathy Acker, très librement inspiré du roman
de Dickens – l’auteure intitulant d'emblée
sa première partie « Plagiat ». On retrouve
ici tout ce qui fascine dans les autres créations hybrides
et débridées de l’artiste américaine
: l’inlassable nécessité de s’approprier
d’autres œuvres tout en les détournant,
les parodiant et les pliant à ses propres fantasmes,
les juxtapositions textuelles/sexuelles qui incitent le lecteur
à chercher un fil conducteur ailleurs que dans l’enchaînement
linéaire traditionnel, la grande diversité narrative
(entre théâtralité et autobiographie),
les innombrables explorations psychiques par le biais du langage,
mais aussi l’incontournable schizophrénie du
« Je », auteur / narrateurs / personnages. Dickens
n’est ici qu’ un point de départ qui explose
dès les premières lignes, et même si des
résonances existent entre les deux romans, Grandes
espérances selon Acker ne retrace pas
les tribulations d’un Philip Pirrip au féminin,
mais tourne et retourne les notions de désir (jamais
comblé) et d’identité, (toujours mouvante),
tout en explorant aussi d’autres œuvres. La quête
de Kathy Acker, pétrie d’intertextes et de déconstructions,
s’affiche comme perpétuelle et toujours renouvelée,
de lecture en lecture. B.
Longre (octobre 2006)
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L'éditeur
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Découverte de la Franc-maçonnerie
de Jack Chaboud, Plon,
petite bibliothèque des spiritualités, 2006
Jack Chaboud, déjà l’auteur de deux guides
sur les Francs-maçons (chez Milan et Librio), propose
ici un tour d’horizon précis mais dense d’un
mouvement longtemps resté secret et qui demeure «
toujours discret » de nos jours, une société
dont l’ultime objectif serait de «donner du
sens à l’existence » en se démarquant
des religions, sans toutefois nier la notion de sacré.
De la genèse à la diffusion (lire plus particulièrement
les passages portant sur l’ouverture aux femmes), des
missions aux obstacles (entre autres le démantèlement
du Grand Ordre de France par le gouvernement de Vichy), des
symboles aux rituels initiatiques, l’auteur offre un
panorama complet de cette « société
spiritualiste », profondément utopiste,
qui continue de fasciner – même si les Francs-maçons
se consacrent en grande partie à réfléchir
à des problèmes ancrés dans le réel.
Les définitions qui accompagnent les développements
sont minutieuses (on notera un souci étymologique constant)
et tout au long de cet ouvrage très érudit mais
très accessible de nombreuses suggestions de lecture
incitent le lecteur à aller plus loin encore. B.
Longre (octobre 2006)
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L'éditeur
Adieu Fombonne
Castor Astral, Millésimes, 2005
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Le Pressentiment d’Emmanuel
Bove, Le Castor astral, 2006
Bove, tout simplement - On ne cesse, depuis
quelques années, de redécouvrir le talent d’Emmanuel
Bove, et cette fois, c’est l’adaptation cinématographique
d’un de ses meilleurs textes qui le ramène sur
le devant de la scène. Jean-Pierre Darroussin a en
effet choisi de porter à l’écran Le
Pressentiment, roman pudique et intense à
la fois, où la réputation d’un homme,
l’avocat Charles Benesteau, en rupture avec sa famille
et son milieu, va être mise en péril par la malveillance
acharnée de son voisinage. La touchante préface
de l’acteur marque l’intimité, et pour
ainsi dire l’amitié in abstentia, qui
le lie de longue date avec Bove. Evoquant la distance qui
séparait ce travailleur infatigable de ses personnages
velléitaires et oblomoviens, Darroussin cerne avec
justesse et simplicité cet homme « qui savait
se fondre, qui savait ne pas être là, tout en
étant attentif. Un homme libre aussi. Méfiant
de tout ce qui pouvait le classer, l’étiqueter
».
Cette réédition, basée sur la version
définitive du texte initialement publié chez
Gallimard en 1935, constitue sans doute l’introduction
idéale à l’exploration d’une œuvre
dense, dont les autres titres incontournables demeurent Mes
amis, L’Amour de Pierre Neuhard et le sublime
Cœurs et visages. F.
Saenen (oct. 2006)
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L'éditeur |
Le Privé ou Je tourne tous les
jours y compris le dimanche de Michel
Maisonneuve, Gaïa Editions, 2006
Ils sont deux à prendre la parole, à hésiter
ou se décider, à se pousser mutuellement dans
un sens ou dans un autre, à nourrir un monologue schizophrénique.
En réalité, il est seul à se battre face
aux organisations occultes qui minent la société,
regroupées autour d’un mystérieux «
K » contre lequel la lutte est forcément inégale,
tant ses ramifications sont nombreuses et puissantes (ANPE,
CIA, ASSEDIC, CAF, banques et Cie…). Le tout sur un
rythme de jazz et dans la pure tradition des héros
du roman et du film noirs américains (feutre et «
tranchecoate », King Size et double Scotch), sur fond
de désarroi, de révolte et de tendresse. Ceux
qui s’en sortent le mieux, finalement, ce sont –
pour le plaisir du lecteur – les mots, dont la musique
entêtante ne se perdra pas dans le brouillard où
s’enfonce le Privé.
J.-P. Longre (oct. 2006)
du même auteur Le Périple
d'Arios (Gaïa 2004)
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Libérons l'orthographe! de
Maryz Courberand, Chifflet et Cie, 2006
Dans ces quelque cent vingt pages qui veulent « en
finir avec l’exception française »,
l’auteure prône une transformation radicale de
l’orthographe, «avec un brin de provocation
», concède-t-elle. La langue française
étant minée par les exceptions, leur suppression
serait le moyen le plus efficace pour simplifier son usage.
Mézalor (écrirait Queneau), quel résultat
! Pluriels uniformément en « s » (genous,
chevals, travails, oeils), pas de redoublement de consonnes
(apeler, adition, professionel), mots composés systématiquement
avec des traits d’union (porte-feuille, pomme-de-terre,
entre-acte), noms féminins obligatoirement en «
e » muet (brebie, amitiée) et noms masculins
à l’inverse (lycé, musé, répertoir),
suppression de l’accent circonflexe (une ile, un diplome)…
Le tout à l’avenant, complété par
une intéressante histoire des réformes de l’orthographe.
Gageons que celle qui est réclamée ici ne sera
pas adoptée du jour au lendemain !
J.-P. Longre (sept. 2006)
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De W. H. Auden, dans la collection Anatolia
: Le Prolifique et le Dévoreur, Quand j'écris
je t'aime, Shakespeare, Journal de guerre en Chine.
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Lettres d’Islande de
W.H. Auden et Louis MacNeice, traduit de l’anglais
par Béatrice Dunner, Le Rocher, Anatolia, 2006
Quand deux jeunes poètes décident de passer
un été ensemble, quelle peut bien être
la destination idéale ? En cet été 36,
pour W.H. Auden, célèbre poète anglo-américain
du XXe siècle (entre autre pour son canonique Funeral
Blues) et Louis MacNeice (moins connu en France mais
pas moins talentueux), ce sera l’Islande, une terre
encore peu explorée et un lieu de villégiature
peu banal… Des trois mois passée sur l’île,
ils rapportent des souvenirs, des impressions, des conseils
destinés à d’autres voyageurs potentiels,
et surtout des poèmes (comme ce « Testament
et dernières volontés », écrit
à quatre mains), des photos, des récits de randonnées,
de vraies fausses lettres… tous empreints d’un
humour facétieux et d’un enthousiasme contagieux,
et regroupés dans cet ouvrage publié en 1937.
En vers et en prose, cet objet littéraire délibérément
inclassable regorge d’anecdotes amusantes et de considérations
intelligentes et sans préjugés sur un pays très
contrasté. Nulle surprise donc, quand près de
30 ans plus tard, Auden écrira que « ces
trois mois passés en Islande comptent parmi les plus
heureux de ma vie ». Belle initiative d’enfin
publier cet ouvrage en français dans l'excellente collection
Anatolia – un régal.
B. Longre (septembre 2006)
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Parfums d'Apocalypse de
Werner Lambersy, L’amourier, 2006
Poète avant tout, Werner Lambersy présente
dans ce petit ouvrage des textes en prose qui, dans leur diversité,
disent, chantent, clament la révolte contre l’injustice
et l’absurdité. Au fil des récits, descriptions,
évocations, portraits, proses poétiques, s’exhibent
et s’extirpent l’orgueil et la cruauté,
dans un monde où les objets s’humanisent, où
les hommes sont placés devant leur hypocrisie et leurs
faux-semblants, où les humiliés tentent de se
redresser au niveau de l’horizon.
Le rêve est là, et aussi l’humour, qui
de concert révèlent finalement, au-delà
de la violence, l’amour de la vie et de l’humain.
Rugueux et dense, un bel ensemble poétique.
J.-P. Longre (sept. 2006)
L'éditeur
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L'éditeur
L'almanach
Observatoire
français des médias
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Almanach critique des médias,
d’Olivier Cyran et Mehdi Ba,
Les Arènes
Un joli pavé dans la mare lancé par de valeureux
journalistes indépendants, cet almanach retrace avec
le sérieux et l’humour qu’il faut de grands
échecs de l’information en France ces dernières
années. Jamais méchant sous ses accents satiriques,
cet ensemble d’analyses éclairantes et de dessins
engagés vise large (tout le PAF y passe!), mais juste.
On découvre des trous démocratiques abyssaux
et des atteintes flagrantes, au quotidien, à la liberté
d’expression… en France, dans le train-train de
notre actualité plutôt tempérée.
Qui contrôle, en pratique et entre les lignes, la plupart
des « grands » médias, quels réflexes
« professionnels » étouffent illico certaines
opinions (comme le non à la constitution européenne),
quels obstacles, et quels privilèges, pour les journalistes
d’aujourd’hui… Les auteurs apportent leur
réponse de manière constructive, combattant
la gangrène de la désinformation avec ses propres
armes, à travers des citations très bien choisies
et des analyses rapides, profondes, jusqu’à remonter
le fil souvent tordu de l’information. Mieux qu’une
revue de presse corrigée, un ouvrage collectif très
intéressant pour tout citoyen concerné par le
pluralisme, et un secours bienvenu à la déontologie
journalistique, bien qu’il n’énonce aucun
principe directement.
F. Cavaillès (juillet
2006)
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L'auteur
du même auteur |
Choses qu'on dit la nuit entre deux
villes de Francis Dannemark,
Le Castor Astral, « Millésimes », 2006
Témoins d’un mariage raté, deux êtres
se rencontrent, se parlent, frôlent l’amour, se
séparent sans vraiment se quitter. Entre deux vies,
en quête d’un bonheur incertain, Wolf et Lena
savent qu’ils pourront toujours s’écouter
mutuellement, s’entendre entre deux silences, ici ou
là, complices même à distance, mais devinent
que le véritable amour est ailleurs. Ils s’en
donneront des nouvelles, simplement, sans détours,
sans pathos. C’est ce qui les distingue des autres,
pour qui la surface des choses semble l’essentiel, ces
autres qui ne savent pas contempler la beauté de la
musique et de la mer (par exemple).
Publié en 1991, Choses qu'on dit la nuit
entre deux villes a été entièrement
revu pour la collection « Millésimes »
; un beau travail d’écriture, tout en nuances.
« Les écrivains offrent aux gens une vie
que sans leurs livres ils n’auraient pas. Et cette vie-là
est plus riche, plus belle, plus variée que ce qu’on
appelle la vraie vie. Plus précieuse aussi ».
Wolf le dit, Francis Dannemark l’illustre.
J.-P. Longre (juillet 2006)
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L'éditeur
L'auteur
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Sumo sur brin d'herbe d’Alexandre
Millon, Le Grand Miroir, 2006
Dans la même impasse (lieu hautement symbolique), vivent
deux hommes à qui la vie quotidienne n’offre
rien de mirobolant. Constantin est gardien de musée,
encore un peu, et Léon fut facteur. Les deuils sont
passés par là et, par certains aspects, ils
se ressemblent. Mais à l’un, l’occasion
est donnée d’être touché par l’amour,
avec cette « odeur légère, si légère
» (et un peu énigmatique) qu’a l’herbe
coupée ; pour l’autre, rien que quelques souvenirs,
la haine des autres, l’amertume de l’immobilisme.
Constantin a de l’avenir, s’il le veut bien ;
Léon n’a que du passé. La plume incisive
d’Alexandre Million pénètre dans ce monde
humain et familier avec humour et tendresse. On y pénètre
volontiers avec lui.
J.-P. Longre (juillet 2006)
du même auteur Mer
calme à peu agitée (Le Dilettante,
2003)
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L'éditeur |
Les règles de la fiction d’Edith
Warton, traduit de l’anglais et présenté
par Jean Pavans - Viviane Hamy, 2006
Edith Wharton (1862-1937) fait figure d’écrivaine
émérite : première femme à remporter
le prix Pulitzer en 1921 pour The Age of Innocence,
elle ne s’est pas contentée d’écrire
des romans, mais a su aussi examiner l’artefact romanesque
avec recul et apporter une contribution d’essayiste
en la matière, et cet ouvrage (cinq essais d’abord
publiés dans le Sribner’s Magazine dans
les années 1920) reflète la profondeur et la
finesse de sa réflexion et son souci d’objectivité.
On trouvera là une approche parfois un tantinet désuète
(le livre s’apparentant, en surface, à un «
manuel » d’écriture), mais néanmoins
sensible et ouverte : elle y discute avec vivacité
et rigueur de Balzac, Proust (un chapitre lui est dédié)
et Thackeray, d’Austen ou de Tolstoï, reconnaissant
aussi « qu’un classement est toujours arbitraire
et réducteur », sans jamais oublier le lecteur
et les effets qu’auront sur lui telle scène ou
telle construction narrative. Un petit recueil précieux
qui rappelle à bon escient que le roman est avant tout
« ce monument lentement édifié dont
chaque pierre supporte un poids et une poussée, et
dont les fondations doivent être conçues en fonction
des dimensions de la plus haute tour. »…
B. Longre (juillet 2006)
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