<septembre-décembre 2004>

 

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sommaire complet des brèves

Brèves jeunesse

été 2004 avril-mai 2004 février-mars 2004

La petite fille devant la porte de Mariana Kozyrieva
traduit du russe par Luba Jurgenson, Editions des Syrtes, 2004.

Si la vie est absurde, il est des époques et des circonstances qui donnent un relief crucial à cette absurdité. Le stalinisme et la guerre de 1940 en URSS en font partie.
Dans La petite fille devant la porte, Mariana Kozyrieva (née en 1928) en témoigne à travers les yeux innocents et perçants de la petite Victoria, écolière déroutée (dans tous les sens du terme) par les événements, la cruauté, les disparitions, la mort, la terreur. En trois parties et de multiples scènes juxtaposées, se manifeste la perplexité de l’enfance devant le monde incompréhensible des adultes, où elle sent bien pourtant que ce sont des drames qui se jouent, malgré les bonheurs fugitifs.
Peu à peu elle comprend, s’y insérant progressivement, comment fonctionne ce monde, et combien la poésie, les livres en général sont un palliatif – sinon un remède – au vide de la vie ou au trop-plein du malheur. Mettre des mots sur les événements et les sentiments, voilà le véritable réel. Cette chronique d’enfance, bien traduite et clairement présentée, en est une belle preuve. J-P. L. (décembre 2004)

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L'éditeur

De Marquette à Veracruz de Jim Harrison, Christian Bourgois 2004

On peut subjectivement considérer (et c’est mon cas) que Jim Harrison, l’ermite du Michigan et Philip Roth, l’intellectuel juif new-yorkais, sont les deux plus grands écrivains états-uniens de ce début de siècle. L’un et l’autre ont chacun un domaine privilégié, un univers caractéristique et un énorme et prolifique talent.
Dans ce nouveau roman comparable à un road-movie, l’auteur crée un de ces personnages dont il a le secret (à sa démesure) qui cette fois règle son compte envers ses ancêtres - et surtout son père, alcoolique et violeur - qui pour faire de l’argent, « le nouveau dieu de notre pays », ont saccagé en trois générations les forêts du Michigan.
Torturé par des fautes qu’il n’a pas commises, le narrateur à la sexualité débridée, sublime autant la pêche à la truite que les petites culottes en coton blanc de ses conquêtes ; une écriture magistrale et un style éblouissant qui ont fait sa réputation depuis les autres chefs-d’œuvre que sont Dalva et La Route du Retour. J. Ch. (décembre 2004)

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L'éditeur

Magie de Patmos de Jacqueline Délia, Arléa, 2004

La « magie de Patmos », qui en vingt ans ne semble pas avoir changé, opère toujours. Les photos en noir et blanc de Jacqueline Délia tiennent à la fois du témoignage et de la construction esthétique, et fixent en instantanés un visage riant ou pleurant, une foule dansant ou priant, un paysage, un rivage, une façade, des ruelles, des animaux, l’intimité des maisons, l’expression vivante d’une existence individuelle et collective…
La vie de l’île est saisie dans sa quotidienneté et dans sa pérennité, pour le plaisir du lecteur qui feuillette l’album comme on parcourt, flâneur sans cesse sous le charme, les chemins d’ombre et de lumière entre mer et maisons.
J-P. L. (décembre 2004)

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Rêves sous le linceul de Rahararimanana, Serpent à Plumes, 2004 (réédition)

Rahararimanana, écrivain originaire de Madagascar, donne à voir et à entendre cette Afrique qui souffre et désespère, qui agonise, et dont les terribles malheurs sont assurément désagréables pour notre sensibilité proprète comme pour notre conscience flasque.
Rêves sous le linceul est le chant lyrique d’un homme sensible qui assiste, depuis son canapé, au massacre rwandais de 1994. Les images débordent de l’écran et infestent la réalité. Sang, chairs écorchées vives, mouches, ordures… tel est le sinistre paysage que le spectateur occidental veut fuir, bien calé dans son canapé d’opulence. Visions d’horreur et personnages meurtris défilent, lugubres et dramatiques, décrits avec intensité par une plume qui évoque à la fois Aimé Césaire et Antonin Artaud.
N.C. (décembre 2004)

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L'éditeur

Abracadabrantesque ! Dictionnaire des mots inventés par les écrivains des XIX et XXe siècles de Maurice Rheims, Larousse, “le Souffle des Mots”, 2004

Les amoureux de la langue française se pourlèchent les babines, la collection “Le souffle des mots” de Larousse leur offre de quoi jubiler : six dictionnaires ludiques et originaux, dont la légèreté n’a d’égale que la richesse. Pour preuve la réédition de : Abracadabrantesque ! Dictionnaire des mots inventés par les écrivains des XIX et XXèmes siècles, dû à l’académicien Maurice Rheims. Scandale ? Un immortel, de la Commission du Dictionnaire, aurait sabordé sa mission pour se perdre sur le rivage peu académique du néologisme ? Rassurons-nous, M. Rheims n’a pas effectué sa cueillette amusée parmi les “scrifouilleux” (Céline), mais bien parmi les plus fines plumes à avoir repoussé les limites du langage, et avec elles celles de la réalité : Vian, Queneau, Audiberti, Verlaine, Michaux, Artaud... Tour à tour comique (“giflose” de Pinget) et poétique (vitrail “illucide” de Huysmans), ce dictionnaire “callipédique” (Laforgue) fait honneur aux créations lexicales denses et savoureuses - autant de perles à “pitrogner” (Giono) avec les mains de l’esprit, sans “hargnosité” (Rimbaud), avec “passionisme” (Guiton) !
N.C. (novembre 2004)

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L'éditeur

L'enfant bleu d'Henri Bauchau, Actes Sud, 2004

Nous ne cacherons pas notre déception devant L’enfant bleu, dernier roman du belge Henri Bauchau. Racontée du point de vue de la jeune femme qui l’analyse, cette lente et laborieuse avancée d’un enfant perturbé vers l’art est noyée dans un torrent de menus événements qui ne tarde guère à lasser. La part psychanalytique de ce “roman d’éducation”, qui partait d’une bonne intuition littéraire, déçoit (il ne s’agit certes pas d’un essai), tandis que le style, plat, ne parvient pas à pallier l’absence d’une trame forte, et confine au caricatural lorsqu’il donne à entendre la voix de l’enfant.
L’on espère en vain des excursions mythologiques : loin de l’ampleur d’Œdipe sur la route et d’Antigone, L’enfant bleu est au mieux attachant, au pire confondant de naïveté, notamment sur la question de la création artistique.
La normalité dans toute sa fadeur.
N.C. (novembre 2004)

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L'éditeur

A Metropolitan Murder, Lee Jackson, Arrow Books, 2004

Autopsie d'un meurtre victorien
Ce petit roman, dont l'intrigue sans prétention repose sur une bien triste histoire de famille, propose avant tout une excellente reconstitution de l'atmosphère londonienne du milieu du XIXe siècle : une période de contrastes dans un monde socialement sclérosé, qui fascine l'auteur (à ce propos, il faut visiter sans attendre son site Internet, dédié au Londres victorien). L ’histoire se déroule l'an 1864, douze mois après l'ouverture historique de la première ligne de métro (entre Farringdon Street et Paddington), un décor qui permet de donner à l'enquête policière un tour surprenant. Le lecteur se promène des quartiers bourgeois aux bas-fonds (un parcours qui rappelle l'univers sordide et scabreux du roman de Sarah Waters, Du bout des doigts ou The Edge of the Crowd, de Ross Gilfillan), admirant à la fois les qualités documentaires (en particulier sociologiques) de l'ouvrage et la manière dont Lee Jackson noue et dénoue capricieusement les destins croisés de plusieurs personnages, sans jamais, bien heureusement, succomber à la tentation du happy ending. Il signe là son deuxième roman historico-policier (après London Dust). B.L. (novembre 2004)

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L'éditeur

Francis Dannemark

L’oiseau Garrincha Yves Buin (Le Castor Astral 2004)
Préface de Bernard Kouchner

Dans sa longue préface, Bernard Kouchner n’y va pas par quatre chemins, et il a bien raison : ce livre raconte des histoires d’amour, parmi les plus belles que je connaisse. Elles sont racontées par François Melville qui, amateur de football durant sa jeunesse et admirateur de « l’oiseau du bonheur » (le brésilien Garrincha) , passionné de jazz, de poésie et de femmes, d’étudiant en médecine devient par choix docteur en banlieue parisienne. Les huit histoires de ce roman-récit sont consacrées à la rencontre singulière d’un patient dans ces quartiers déshérités, méconnus, volontairement oubliés. L’auteur, spécialiste de Jack Kerouac et de Thelonious Monk, exerce la psychiatrie dans ces milieux urbains. Son livre de sagesse est une réflexion sur le déclin, l’impuissance face à la mort (celle de Josée est déchirante) mais aussi une méditation sur la réalité des banlieues. Kouchner cite Georges Duhamel qui, dans sa Lettre au malade posait la question : "Qu’est-ce donc qu’un médecin ? Un homme qui se mêle de ce qui ne le regarde pas." François Melville (Yves Buin) se mêle de l’amour des autres répond le préfacier. Un livre admirable, tellement humain. Il n’y en a pas tellement. J.Ch. (octobre 2004)

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L'éditeur

Chant Ouvert de Magali Turquin, Editions Bérénice, 2004

Magali Turquin, poétesse, signe là son tout premier recueil, après plusieurs publications en revue. Selon Max Pons, directeur de la revue La Barbacane, "Magali Turquin a pour elle : fraîcheur, humour et surtout clarté. (...) Elle ne succombe pas à la mode détestable d'une poésie absconse, fumeuse ou par trop alambiquée." On trouve en effet dans ces vers libres une limpidité rassurante ; une épure cependant trompeuse, derrière laquelle s'énonce une violence noire qui s'insinue à petits pas, comme dans cette comptine de la cruauté, où le jeu de mots n'a rien de gratuit : "Sang blanc faux semblant / dans le caniveau, canettes de lait étendue / sur le pavé, pas lapé, lapidé / à coups de pied". Ailleurs, la tradition bucolique est détournée, l'érotisme déconstruit, en petits blasons, le sentiment amoureux prend des formes inattendues, et par instants, tout se joue dans l'observation pointue puis métamorphosée de petits détails quotidiens ("le café est troublé de cette sensuelle fraîcheur de lait..."). Légende ordinaire, contrastant avec le reste de l'ouvrage, appartient à la tradition du haïku, de brèves évocations qui laissent rêveur... Plusieurs voix/voies prennent ici corps, à la portée de tous, à condition que l'on veuille bien se laisser porter...
B.L. (novembre 2004)

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l'auteur

Mais, Maman, ils nous racontent au deuxième acte ce qui s’est passé au premier
de Matéi Visniec Traduit du roumain par l’auteur.
éditions L’espace d’un instant, 2004

Cette « fantaisie, mascarade, bouffonnerie et expérience en deux actes » a été écrite en roumain en 1979, et aussitôt censurée. Matéi Visniec la livre maintenant au public français, et c’est tant mieux. Autour d’un trou, symbole d’on ne sait quoi, mais d’un « on ne sait quoi » dans lequel se tapit, on le subodore, du malheur, de l’oppression, de la séduction, de la résignation… autour de ce trou donc, grouille, se précipite, se dispute, se perd, se retrouve, s’enfuit tout un monde d’humains anonymes ou identifiés, atemporels ou historiques, menteurs ou sincères. Et là, dans ce magma d’illusion, émergent quelques instants de vraie vie, quelques instants qui font que la folie vaut d’être exhibée, avec toute la liberté dont dispose le metteur en scène, par la grâce de l’auteur qui précise bien cependant : « Le titre de la pièce est sacré ».
J-P. L. (octobre 2004)

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L'éditeur

L'Agenda du Petit Larousse 2005

Les éditions Larousse célèbrent la centième du Petit Larousse illustré (1905-2005) et pour accompagner l'événement, proposent en complément cet agenda parsemé d'illustrations extraites, pour la majorité, du Petit Larousse 1905 : y sont représentés des jouets et des sports, des costumes et des chapeaux, des véhicules ou des téléphones, la faune et la flore, des scènes quotidiennes ou champêtres... Une façon de garder en mémoire des objets d'un autre temps, qui font partie de notre histoire. À ces reproductions, s'ajoutent douze gravures signées Eugène Grasset (illustrateur qui a conçu, entre autres, la célèbre semeuse en 1890) introduisant chacun des douze mois et tirées du Larousse mensuel 1913, s'inspirant de la mythologie romaine.
Un bel outil, bien conçu et pratique, qui allie l'utile à l'agréable.

B.L. (octobre 2004)

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L'éditeur

Les femmes de Rimbaud de Jean-Luc Steinmetz (Zulma, 2004)

Voilà cent cinquante ans qu’Arthur Rimbaud est né - l’occasion pour l’un de ses nombreux biographes de relire l’œuvre du poète adolescent et de refaire tout son périple méditerranéen, en quête de réponses à cette brûlante question, à mi-chemin du littéraire et du psychologique : Rimbaud et les femmes. Il ne s’agit pas pour Jean-Luc Steinmetz de nier l’homosexuel que fut Rimbaud, mais de montrer que son existence fut aussi marquée par des figures féminines décisives : la mère, bien sûr, omniprésente, les chères sœurs, les “petites amoureuses” détestées, mais aussi les (pré-)féministes, approuvées par le Voyou, et les amantes mystérieuses des dernières années (Italie, Abyssinie). “Sa position vis-à-vis des femmes demeure très bienveillante, très équilibrée”, affirme Steinmetz au sujet de ce poète ami du scandale, ennemi du mariage. La thèse est légère, le livre aussi, mais Les femmes de Rimbaud éclaire d’une façon nouvelle le destin complexe, voire contradictoire, de l’auteur d’Ophélie. N.C. (octobre 2004)

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L'éditeur

voir aussi
Le monde gris
de Galsan Tschinag
Métailié, 2004

Mongolia de Bernardo Carvalho, Editions Métailié, 2004
traduit du portugais(Brésil) par Geneviève Leibrich

Un vice consul, surnommé l’Occidental par les autochtones, est chargé, malgré son aversion pour la Mongolie, de rechercher un jeune photographe disparu dans l’Altaï : il suit l’itinéraire indiqué par ce dernier dans son carnet de voyage abandonné en cours de route. Durant ses recherches, il rédige un rapport, lu ultérieurement et en même temps que le carnet du disparu, par un supérieur hiérarchique. C’est ainsi que l’auteur donne naissance à un véritable roman gigogne, proposant deux récits de voyage et trois narrateurs, trois calligraphies et écritures : permettant ainsi au lecteur de découvrir une région reculée , hermétique, étrange et étrangère pour les voyageurs. Les différences culturelles et linguistiques suscitent l’incompréhension : «L’occidental (…) continuait à penser qu’on le bernait et (…) ne comprenait rien à ce qui se passait autour de lui». De ce fait, bien souvent, seuls les aspects négatifs des êtres et du pays s’imposent : «Ganbold m’accompagne (…) et ne part pas tant qu’il n’a pas la certitude que je suis en sécurité dans l’appartement avec la porte bien fermée à clé. (…) A cause des ivrognes.». De même, les connotations péjoratives abondent dans les descriptions : : «La ville est affreusement triste et poussiéreuse. (…) C’est le bout du monde. Un gros bidonville au milieu de la plaine où flotte une odeur de graisse de mouton bouillie.» On est loin de l’univers lumineux et poétique présenté par Galsan Tschinag ; en effet Mongolia donne à voir essentiellement la face obscure d’une culture en voie d’extinction... A. F-A.M.(octobre 2004)

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Paradis ! Paradis ! de Gilles Laurendon Belfond, 2004

Le paradis existe-t-il ? Peut-on l’atteindre dans cette vie-ci ? Les protagonistes de ce roman d’aventures (au sens noble du terme) cherchent, chacun à sa manière, chacun dans son monde, la réponse à cette question : Oona, la jeune Tsigane venue de Moldavie et du fin fond des malheurs de sa famille ; les moines irlandais du Moyen Age, sous la conduite du vieil Alvadr, partis en quête de la Terre ultime et idéale ; Simon, le cinéaste, qui veut faire de ces deux odyssées celles de ses films.
L’auteur enfin, qui de ces histoires parallèles et croisées fait un beau récit épique, un de ces récits où le poétique et le narratif se confondent pour le plaisir du lecteur.
J-P. L. (septembre 2004)

L'éditeur

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Luc Malghem
L'éditeur

Céline contre tous de Luc Malghem, Lansman, théâtre, 2004

Il est des écrivains que l’on imagine volontiers en personnages littéraires. Louis-Ferdinand Céline en fait partie, avec ses sautes d’humeur et ses proclamations scandaleuses ; la pièce que Luc Malghem a bâtie sur les contradictions du médecin-romancier-pamphlétaire se révèle à la fois comme une synthèse dramatique (truffée de reflets, d’allusions, de citations, de « détournements et contorsions ») et comme une construction originale, vivante, où le Céline d’après-guerre est confronté, en même temps qu’à un « ami » juif, à une ancienne maîtresse et à une épouse muette et danseuse, à son histoire et à sa légende.
Le tout est essentiellement fondé sur ce qui est commun à l’œuvre du « héros » et à la présente pièce : le verbe débordant.

J-P. L. (septembre 2004)

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L'éditeur

Esperluète, présentation

L'eau du Bain de Dominique Loreau dessins de Loustal Esperluète, 2004

Selon l’éditrice, Dominique Loreau écrit «d’étranges histoires… en des lieux incertains, tissés de songes et d’inquiétudes». Force est de constater ces propos devant ce texte loufoque et fantastique. Avec ce recueil de nouvelles, le lecteur est entraîné dans un univers de songes et de désespoir, qui laisse un arrière-goût prononcé d’humour noir. Dans Le fauve une jeune femme tombe sous le charme d’un tigre qui «jaillit d’une armoire» et s’abandonne à l’attrait de l’animal car «jamais plus elle ne rencontrera un tel amour». Le cadeau est une mise en scène de polar dans laquelle deux amies s’échangent un jeu de fléchettes, celle qui le gagne le donne à l’autre sous le prétexte suivant : «mon ami et moi, on se dispute tellement qu’on finira par se crever les yeux avec ça»… l’effroyable machine de la peur nous aspire, dans une spirale infernale. Dans Le bébé et l’eau du bain, une maman prend un bain avec son bébé, quand l’enfant glisse soudainement dans l’eau. Elle le retient mais ce dernier lui lance alors un regard « interrogateur, surpris, désemparé» et «Elle» de se demander : «A t-elle voulu le laisser glisser ?». Quand elle revient à la réalité et «voit à nouveau ce qui l’entoure, l’enfant a disparu…Le trou d’évacuation est béant…».
Les dessins de Loustal, également auteur de BD, sont expressifs car figés dans une attente. L’action semble suspendue, les personnages, esquissés de gros traits noirs, sont des victimes impassibles. Un ouvrage à déguster pour le plaisir de l’évasion. C.G. (septembre 2004)

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