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< livres
- dernières brèves>
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De la Poésie,
de Philippe Jaccottet, Arléa, 2007
En 1988, Reynald André Chalard, jeune homme et déjà
fin connaisseur, eut un entretien avec l’un des plus
grands poètes de notre temps, Philippe Jaccottet. Poète,
et traducteur – ce n’est pas un hasard si la première
question porte sur le rapport entre les deux activités
: pour Jaccottet, la poésie est bien la « traduction
» d’une émotion, de l’harmonie du
monde, non un simple jeu verbal ; elle n’est pas une
accumulation d’images, mais un cheminement vers la transparence…
En quelques dizaines de pages, l’essentiel est abordé
: à des questions clairement et méticuleusement
posées, le poète répond le plus sincèrement,
le plus scrupuleusement possible, sans occulter les contradictions
(par exemple l’amitié critique avec Francis Ponge,
ou le conflit entre la raison et le mystère). Le langage
débordé par la poésie, «le
mystère du rapport entre les mots et les choses »,
« l’expérience du sacré »
: ces sujets et bien d’autres, qui sont au cœur
de l’écriture et de la pensée de Jaccottet,
sont d’utiles prolongements ou de bénéfiques
introductions à la lecture des textes. J.-P.
Longre (décembre 2007)
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http://www.inha.fr
L'éditeur
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Esquisses au
fil du pinceau - Ôoka Shunboku et Tachibana Morikuni,
Préface Elisabeth Lemirre , Introduction et légendes
Christophe Marquet, Editions P. Picquier / INHA, 2007
Les éditions Picquier s’associe à l’Institut
National d’Histoire de l’Art pour publier un beau
livre d’estampes – des études en noir et
blanc épurées, signées par deux maîtres
japonais du XVIIIe siècle, reproduites à partir
d’œuvres plus anciennes, d’abord pour servir
de modèles aux étudiants. Le monde animal et
végétal décliné dans l’ouvrage
s’apprécie encore davantage lorsque l’on
lit l’excellente introduction d’Elisabeth Lemirre,
qui explique entre autres que « les représentations
sont ici à entendre au sens strict : l’image
rend présents un être ou une chose, déposés
dans le temps. », et cite aussi le moine Citrouille-Amère
qui écrivait entre autres : « L’essentiel
de la peinture réside dans la pensée. »
; mais il suffit d’observer ces sobres esquisses pour
saisir comment elles captent et transcendent le réel
dans un même mouvement.
B. Longre
(décembre 2007)
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L'éditeur
Toujours d'Elke Heidenreich, Un cochon pour la
vie.
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Le chien de Noureev,
d’Elke Heidenreich, illustrations Michael Sowa,
traduit de l’allemand par Christine Lecerf, Sarbacane,
2007
Saviez-vous que les dernières années de sa
vie, Noureev eut un chien de compagnie qui ne le quitta pas
un instant ? Un animal rencontré par hasard, adopté
au lendemain d’une fête chez Truman Capote, que
le danseur baptise Oblomov, le « paresseux » (d’après
le personnage éponyme d’un roman de Gontcharov,
réédité cette année en Folio).
Ce dernier, sous ses airs balourds et sa nonchalance (il semble
en effet souscrire à la devise de Gontcharov : «
Pour vivre heureux, vivons couché »), apprécie
pourtant l'art de son maître si gracieux et, la nuit,
se rêve "entouré de huit ballerines
en tutu rose saumon exécutant des séries de
pas en cinquième position"...
A la mort de Noureev, il est pris en charge par Olga, une
ballerine à la retraite, auprès de laquelle
il développera sa passion pour la danse d'une imprévisible
façon... Nimbé de nostalgie, ce savoureux petit
roman transcende toutes les catégories et s’apprécie
à tout âge… L’auteure y explore divers
thèmes croisés – l’amitié,
la vieillesse, et, bien sûr, la danse et l'idée
de transmission, via le récit d'une vie très
poétique.
B. Longre (décembre 2007)
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rhinocéros comme revue d’art
contemporain
Après avoir organisé l'exposition de travaux
d'artistes pendant des années, rhinoceros
investit le territoire de l'édition, afin de favoriser
échanges et rencontres entre publics et art contemporain.
En 2006, rhinoceros créée r-editions,
dont la ligne éditoriale s'organise autour de 5 collections.
www.rhinoceros-etc.org
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Imagier
de Cécile Holveck, R-Editions, 2007
Ne nous fions pas au titre de ce petit album légèrement
rectangulaire aux pages cartonnées, conçu à
la façon d'un imagier pour tout-petits ; justement,
l'ouvrage introduit un décalage délibéré
entre le support choisi et le contenu proposé, entre
le trait simpliste des illustrations volontairement malhabiles
(qui rappellent des dessins d’enfants) et l’histoire
qui s’y déroule : tout part pourtant de l’enfance
(personnage agenouillé près de deux jouets)
pour aussitôt passer à la puberté –
les premières menstrues qui gouttent sur le sol –
continue sur la découverte du corps qui se modifie
– examen de son sexe dans un grand miroir – pour
s’achever sur une scène qui semble témoigner
de l’acceptation de ces transformations.
Ce travail atypique bouscule nos certitudes, s’interroge
sur une transition-rupture somme toute naturelle et, dans
le même temps, on admire la capacité de l’auteure
(artiste plasticienne) à mêler si étrangement
contenu et forme et à les rattacher à l’idée
d’enfance non seulement via le format, qui n’a
rien de gratuit, mais aussi via le narratif.
B. Longre (décembre
2007)
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L’heure
exacte de Norman Manea, Fiction&Cie/Seuil,
2007
À un cousin l’interrogeant sur ce qui lui faisait
peur « là-bas », le personnage de l’une
des quinze nouvelles du recueil répond : « Je
ne sais pas. Le silence. Les champs n’en finissaient
pas, puis le silence non plus ». Les mots peuvent-ils
rendre compte de la déportation, et du retour dans
le monde des vivants (et encore… des vivants qui vont
en peu de temps retomber sous un autre jougs) ? Norman Manea,
dont Le retour du hooligan,
il y a peu, eut un profond retentissement, trouve dans L’heure
exacte les voies de la purgation, non de l’oubli.
Etre surpris par les gens, les rues, faire des cauchemars,
rêver d’amour et d’amitié, se réfugier
dans une chambre solitaire d’appartement collectif,
remuer des visions sanguinolentes, tenter d’échapper
à la surveillance d’autrui… Ces récits,
dont les voix parfois énigmatiques et hallucinées
se superposent pour n’en former qu’un seul, s’attaquent
à l’horreur sans l’effacer : elle est toujours
là, tapie dans la mémoire et dans la nature
humaines.
J.-P. Longre (décembre
2007)
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L'éditeur |
Les
femmes au bain de Leïla Sebbar, Bleu
Autour, 2007
Œuvre de la romancière algérienne francophone
Leïla Sebbar, ce très
beau roman, aussi bref que dense, aussi concis que poétique,
aussi singulier qu’ample de portée, donne la
parole aux femmes musulmanes qui se retrouvent entre elles
au hammam. Plaidoyer féminin pour l’amour libre,
c’est-à-dire libéré des carcans
de la religion et des tabous hostiles au plaisir comme au
désir, Les femmes au bain
entremêle contes, récits, chants et poèmes,
autour de l’histoire dramatique d’un couple déchiré
par la loi tribale (la Bien-aimée est mal mariée,
son amant est condamné pour viol), et affronte avec
une juste sensualité les souffrances de la femme prisonnière,
qui rêve de l’homme sachant aimer. Dans l’entrelacs
des traditions et des fanatismes modernes, la femme comprend,
inspirée par les vapeurs émancipatrices du bain
et par la complicité de ses sœurs de malheur,
la femme comprend que le bonheur est par essence rebelle.
N. Cavaillès (novembre
2007)
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L'éditeur |
Fuck
you, Eu.ro.Pa ! et Sans sucre,
de Nicoleta Esinencu, Traduit du roumain et préfacé
par Mirella Patureau, L’espace d’un instant, 2007
Écrites en roumain par la jeune dramaturge moldave
Nicoleta Esinencu, ces deux pièces courtes, sans trame,
se présentent, l’une, Fuck you, Eu.ro.Pa
!, comme lettre chaotique et naïvement
violente d’une adolescente à son père
; l’autre, Sans sucre, comme
dialogue d’un frère et d’une sœur,
retraçant dans un déluge métaphorique
maïakovskien l’histoire récente de l’Europe
de l’Est. L’un comme confession au père
perdu, l’autre comme jeu de vilain entre petits malins
suicidaires. Partout, le désespoir de l’intimité
empêchée, envahie par la situation socio-politique
: l’austérité, la misère, la médiocrité
sous le régime communiste – à quoi s’oppose
la déception devant le monde factice du capitalisme,
autrement médiocre. La plume de Nicoleta Esinencu manifeste
l’héritage de Biljana
Srbljanovic, sans le potentiel dramatique d’une
Gianina Carbunariu, ni la puissance de la lointaine inspiratrice
Sarah Kane, mais avec une certaine
originalité de ton, glissée dans des audaces
politiques bien senties. N.
Cavaillès (novembre 2007)
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Agonie
d’agapè de William Gaddis, Le
Serpent à plumes, Motifs, 2007
Agonie d’agapè se situe dans la lignée
de ces monologues à la frange de la ratiocination solitaire
et délirante, à l’instar de Des arbres
à abattre de Thomas Bernhard. Avec ces cent pages
oscillant entre la plainte et l’emportement, William
Gaddis a livré son testament littéraire. Le
lecteur se laisse emporter par le flux digressif et agressif
du « narrateur » agonisant qui jette sur le monde
qu’il s’apprête à quitter un regard
effaré. Les références à Walter
Benjamin s’entrechoquent aux invocations à Nietzsche
; la nostalgie d’un certain élitisme côtoie
en permanence la « fausse démocratisation
des arts dans les divertissements, et l’élimination
de l’artiste individuel ». Fragmentée,
haletante, la démonstration est menée à
coups de marteau. Un magistral pied de nez adressé
d’outre-là par un Roi Lear refusant jusqu’au
bout de se laisser déposséder des quatre vérités
qu’il aura recueillies sa vie durant !
F. Saenen (novembre 2007)
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L'éditeur
L'illustratrice
Lire aussi
Oui
d'Elzbieta - Editions du Rouergue, 2006 |
Marrakech, Culture
populaire de la médina, Elzbieta et Hassan Jouad,
Editions du Rouergue, 2007
Le cœur du Maroc bat à Marrakech,
et le cœur de Marrakech bat dans la médina. Avec
ce beau livre, Elzbieta (illustrations) et Hassan Jouad (texte)
ne prétendent pas présenter un énième
album de promotion touristique, mais faire connaître
quelques « fragments ignorés », «
quelques trésors précieux ou modestes »
de la « ville rouge». Par l’image
et par les mots, nous pénétrons, à la
suite des oiseaux, dans les rues agitées et les coins
tranquilles de la ville, dans les souks et les ruelles, sur
la place Jamâ L-Fna à la riche histoire, nous
côtoyons la vie quotidienne et artistique, les gestes
religieux et les pratiques plus ou moins occultes.
Dessins aux traits suggestifs, photos anciennes et récentes,
texte vivant, poèmes de tradition orale pour la première
fois traduits et recueillis par écrit… Tout concourt
à donner de cette culture populaire une vision à
la fois profonde et vraie.
« Messager hâte-toi
va à Marrakech au plus tôt
Salue pour moi les hommes éminents
Les héros de la nuit, les hommes de Dieu, les esprits
supérieurs. »
J.-P. Longre (novembre 2007)
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Théâtres
en présence de Joël Pommerat,
Actes Sud Papiers, 2007
On lira avec intérêt les quelques
25 pages de ces Théâtres en présence,
dans lesquelles Joël Pommerat, directeur de la compagnie
« Louis Brouillard », livre ses secrets d’auteur
metteur en scène. Temps et désir sont au cœur
de sa quête – le temps de laisser affleurer le
désir, et s’épanouir l’ouverture,
sans forcer les choses à une fixité fallacieuse.
La conscience du temps, conscience des erreurs, du chemin
parcouru, des choix faits, introduit l’auteur, et le
metteur en scène, puis ses comédiens, et plus
tard le spectateur, dans une réalité théâtrale
flottante, mouvante et voilée, qui, par sa nature de
palimpseste, affiche sa belle participation à la marche
de l’humanité.
N. Cavaillès (novembre
2007)
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La
Guerre Civile. Essais (1943-1978) de Carl Schmitt,
traduit et présenté par Céline Jouin,
Éditions Ère, 2007
L’ère de Carl Schmitt
Les Éditions Ère, qui ne sont plus à
une audace près, donnent à lire un recueil d’articles
du juriste allemand Carl Schmitt (1888-1985). Traînant
une réputation sulfureuse – sa brève adhésion
au nazisme fera de lui une sorte de « Heidegger du droit
international » –, ce penseur politique commence
enfin à sortir du purgatoire et à être
reconnu, d’un bout à l’autre de l’éventail
idéologique, comme un philosophe éminent et
visionnaire. Le textes repris ici concernent le « Schmitt
seconde façon », à savoir celui qui voit
dans la période onusienne la défaite de l’idée
d’état-nation. Ils permettent de mieux cerner
ses concepts de « guerre asymétrique »,
de « nomos de la terre » ou de « partisan
». Un ouvrage salutaire qui contribuera, on l’espère,
à clouer le bec à ceux qui croient encore voir
planer l’ombre de Schmitt derrière les Faucons
de la Maison Blanche…
F. Saenen (novembre 2007)
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L'éditeur |
Mon
cher ennemi de Yang Zhengguang, traduit du
chinois et annoté par Raymond Rocher et Chen Xiangrong,
Bleu de Chine, 2007
Lao Dan, un vieux paysan qui se morfond auprès
de son fils célibataire endurci (bon garçon
soumis à son tyran de père), cherche à
pallier son ennui et redonner un sens à sa vie…
il s’invente pour cela un ennemi, sans raison apparente,
et son choix se porte sur Zhao Zhen, trafiquant de femmes
(entre autres), dont les affaires florissantes agacent le
vieil homme. Mais le jour où Zhao Zhen revient accompagné
d’une jeune femme d’une province voisine, Lao
Dan se met en tête de marier son fils et les rapports
de force se voient bouleversés… Entre farce tragi-comique
et fable absurde, Mon cher ennemi relate
une suite de mésaventures (certes entrecoupée
de succès éphémères) qui se concentre
sur un personnage entêté, à l’esprit
tordu, cocasse et irritant à souhait. Tout se déroule
à huis clos ou presque, dans ce court roman satirique
et pourtant très réaliste, qui en dit long sur
les idiosyncrasies et les caprices de l’esprit humain,
qui a toujours besoin d'un "autre" pour se définir.
B. Longre (novembre 2007)
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L'éditeur
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Dans
les bras de Morphée d’Isabelle Korda,
Le goûts des mots, Points Seuil, 2007
Dans les bras de Morphée
recense des expressions et des mots dérivés
nés des mythologies grecques et romaines, et s’articule
en deux grandes parties : d’un côté les
dieux et déesses, de l’autre les héros.
L’auteure retrace ainsi l’histoire de ces derniers,
ponctuée d’anecdotes qui servent son propos,
en insérant aussi des explications étymologiques,
lexicales et linguistiques à la portée de tous,
tout en ayant soin de souligner l’évolution du
sens de certains mots – qui parfois se sont éloignés
de l’original. Un passionnant petit ouvrage érudit,
à l'image de cette collection qui fête son premier
anniversaire : 21 titres au catalogue, dont Un
bouquin n'est pas un livre de Rémi Bertrand
et Les
Chaussettes de l’archiduchesse de Julos Beaucarne.
B. Longre (novembre 2007) |
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La
collection |
Trois claques
à Balzac d’Emmanuel Brouillard et Bruno
Mallart, Le Castor Astral, collection Les Mythographes,
2007.
Si l’on n’aime pas tel ou tel
chef d’œuvre du patrimoine littéraire, que
faire ? S’abstenir de le lire, comme le suggère
Boileau ? Mais pour identifier l’aversion, il faut tout
de même en passer par la consommation… Emmanuel
Brouillard et Bruno Mallart ont trouvé une solution
: se venger en corrigeant (au sens physique du terme) les
auteurs. C’est ainsi que les plus grands écrivains
de tous les temps – Voltaire, Proust, Molière,
Mallarmé, Goethe, Flaubert, Beckett, Hugo, Shakespeare
et autres pensionnaires du Lagarde et Michard – se voient
frappés, giflés, écrasés, assommés,
fouettés, rossés, fessés par des lecteurs
en fureur ou des personnages en rage. Toute cette violence
aboutit à un ensemble de brefs poèmes vertement
troussés par l’un, alertement illustrés
par l’autre. Vive le Brouillard et Mallart !
J.-P. Longre (octobre 2007)
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L'éditeur |
Hubertine
Auclert, pionnière du féminisme, textes
choisis - préface Geneviève Fraisse,
présentation Steven C. Hause, Bleu autour, 2007
Ironie éditoriale ? Dans la même
collection que l’article Femme
de Pierre Larousse, que l’on lit avec certain détachement
amusé aujourd’hui, les éditions Bleu Autour
font paraître une anthologie de textes signés
Hubertine Auclert (1848-1914), une féministe qui s’est
toujours distinguée par sa logique, sa rigueur et par
la virulence (justifiée) de ses discours, combattant
pour une égalité totale entre hommes et femmes.
« C’est le pantalon qui fait l’électeur
», constate-t-elle avec amertume, en farouche militante
pour le droit de vote, à une époque où
les femmes sont décrétées «
trop cléricales » ou peu éduquées...
Elle ne se contente pas de discourir et organise des actions
d’éclat certains jours d’élection
(tentatives de destruction d’urnes), en parfaite agitatrice.
Les compléments qu’offrent les textes de Geneviève
Fraisse et de Steven C. Hause sont bienvenus et permettent
d’éclairer ce combat que l’on imagine désespérant
parfois, vu le contexte et l’époque, mais toujours
acharné. Ses textes n’ont pas perdu de leur vigueur
et certains (et certaines) feraient bien d’aller les
lire ! B. Longre (octobre
2007)
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L'éditeur |
Park Life de
Yoshida Shuichi, Traduit (japonais) par Gérard
Siary et Micko Nakajima-Siary, Philippe Picquier, 2007
La vie belle - Tout d’abord
la curiosité de voir à quoi ressemble un Goncourt
japonais (c’est-à-dire un prix Akutagawa, reçu
par l’auteur en 2002). A rien de connu, comme Akutagawa,
du moins chez les occidentaux. Un charme particulier déjà
de ce fait. Et puis un charme tout court, tant cette vie du
parc semble être en suspension dans l’air. Rien
qui pèse, des personnages flottants, entre deux vies,
deux maisons (personne ne semble habiter vraiment chez lui)
et qui se retrouvent dans le parc. Une rencontre entre un
homme et une femme, jeunes, on ne sait sur quoi elle se poursuivra.
Des conversations entre des collègues de travail, un
jeune (celui autour duquel tourne le texte) et un vieux. Le
parc le matin, le soir, la nuit, vu de la butte, du lac, du
métro, d’un banc, d’en haut…
Ce sont toute une série de variations autour d’un
même lieu auquel on revient toujours, l’inverse
de la vie « sérieuse » qui voudrait que
ce soit la maison ou le travail qui retiennent. Ici, le parc
: la vie.
A-M. Mercier (septembre
2007)
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L'éditeur
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Les normales
saisonnières de Pierre Pelot, éditions
H. d’Ormesson, 2007
Lorsque l’amour est en jeu, rien n’est
normal, en quelque saison que ce soit ; surtout lorsque survient
un événement incompréhensible, et même
si cet événement ne paraît être
qu’une parenthèse (une parenthèse qui,
on l’apprend peu à peu, aura tout bouleversé).
Un homme solitaire, dont le sac à dos, en même
temps que d’un pistolet, est chargé du poids
du malheur et du mystère, promène sa silhouette
mi-menaçante mi-menacée le long d’une
côte bretonne ; que cherche-t-il, qu’attend-il,
que fuit-il ? Avec l’art consommé de la narration
énigmatique, à la fois précise et floue,
qui caractérise son écriture, Pierre Pelot fait
suivre au lecteur une route pleine d’embûches,
le long de laquelle des brèches à peine ouvertes
laissent des perspectives sur l’âme humaine, au
large.
J.-P. Longre (septembre
2007)
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L'éditeur
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Mon libraire,
sa vie son oeuvre de Patrick Cloux, Le Temps
qu'il fait, 2007
De « Amitié » à
« Volatilité », Patrick Cloux nous propose
un lexique détendu du métier de libraire. Il
fallait songer à célébrer ce personnage
volontier atypique qui, d' « offices » en «
retours » ne doit sa survie sur un marché exsangue
qu'à son amour immodéré des livres et
à son désir de le partager. Que seraient en
effet les rues de nos villes sans ces enseignes doucement
évocatrices : « Equinoxiales », «
Bal des ardents », « Le cadran lunaire »
(voir l'article « Nom » ) ? Et comme, dans ce
métier, l'utile se lie nécéssairement
à l'agréable, c'est autant en professionnel
(il a été libraire pendant vingt ans) qu'en
poète (il a publié une dizaine de livres notamment
au Temps qu'il fait) que l'auteur nous en dévoile les
dessous : « Le libraire est un restaurateur en récits,
avec menus et carte, fromage et dessert, règles et
conduites. Incidemment le plat du jour. »
J.-B. Monat (septembre 2007)
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Bestiaire
de Alexandre Vialatte, Arléa, 2007
Les amateurs de Vialatte seront heureux de
trouve ici réunis des textes parus pour la plupart
dans La Montagne et traitant, bien sûr des
animaux. Mais à la manière de Vialatte : humoristique,
savante, philosophique (on recommande, par exemples les trois
textes sur l’ « homme » : « l’homme,
venu du singe, y retourne assez volontiers »),
et politique.
Quelques intrus, qui n’en sont pas tant le style et
l’approche sont les mêmes : Auvergnat, Italien,
Turc, Femme, Grammaire, Alexandre Vialatte…
De très beaux bois gravés d’Honoré
font un clin d’œil à ceux que Dufy avait
réalisés pour le bestiaire d’Apollinaire.
A-M. Mercier-Faivre (septembre
2007)
L'éditeur |
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L'éditeur |
44
Scotland Street d’Alexander McCall Smith,
traduit de l’anglais par Elisabeth Kern, 10-18, 2007
Pat, jeune Édimbourgeoise désœuvrée,
entame sa seconde (!) année sabbatique en emménageant
en colocation avec un certain Bruce, expert immobilier, qui
se révèle d’emblée imbu de sa personne,
vaniteux et coureur. Pat va alors chercher un peu de chaleur
humaine chez sa voisine Domenica, tandis que l’emploi
qu’elle a trouvé dans une galerie d’art
tenue par un fils à papa (qui a déjà
fait coulé quelques affaires…), se révèle
moins ennuyeux que prévu. Ce roman composé de
saynètes, d’abord paru en feuilletons dans le
quotidien The Scotsman, ne souffre nullement de ce
procédé, au contraire : l’auteur a su
conserver tout du long un ton enlevé, une dose de suspense
et d’humour, créant un bel échantillon
de personnages dont il se moque avec finesse (une mère
de famille adepte de Mélanie Klein, un vieil amateur
d’art, quelques membres du parti conservateur en voie
de disparition…). L’ironie discrète qui
se dégage de l’ensemble, sans prétentions,
ravira le lecteur, tout comme les piques lancées à
divers corps de métier (politiciens, artistes, écrivains,
enseignants et on en passe). A recommander aux amateurs des
Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin.
B. Longre (septembre 2007)
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De
la traite et de l’esclavage des noirs, de l’abbé
Grégoire, Arléa, 2007
Ce petit volume (67 pages) donne un texte
de Grégoire sans donner son contexte historique précis
(il manque une vraie préface), mais le fait précéder
d’un discours d’Aimé Césaire en
décembre 1950 pour l’inauguration d’une
place portant son nom ; ce discours vaut autant que le texte.
Tous deux sont de beaux exemples du discours abolitionniste
puis égalitariste.
Des textes courts et percutants, qui seront utiles à
ceux qui cherchent à faire comprendre la nature de
ce combat et sa dimension historique.
A-M. Mercier-Faivre (septembre
2007)
L'éditeur
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