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< livres
- printemps 2006>
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Editions et librairie Folies d'encre
9 Avenue de la Résistance, 93100 Montreuil |
Norma, de Maïa
Brami, Editions
Folie d’Encre, 2006
Que fait Norma, maigrichonne de sept ans, crâne rasé
sous une casquette qu’elle refuse d’ôter,
dans un foyer pour enfants abandonnés ? Et que lui
veut Léo, adolescent rêveur et buté, réputé
pour son comportement instable ? Le personnel du centre s’en
méfie, surveille ses moindres faux pas, alors que Léo
ne cherche qu’à prendre Norma sous son aile,
à se perdre dans le regard de cette petite sœur
rayonnante mais brisée, et à partager avec elle
ses rêves de liberté.
Maïa Brami écrit aussi pour
la jeunesse mais ici, il n’est pas seulement question
d’enfance abîmée : les adultes sont tout
autant fragiles que les enfants dont ils ont la charge, leurs
fêlures n’ayant pu s’atténuer avec
le temps. Pour s’évader d’un univers loin
d’incarner le réconfort attendu, les enfants
forment alors des alliances implicites et se confient à
leurs pairs, avec leurs mots à eux, plutôt que
de répondre aux questions des adultes qui tentent de
contrôler leurs amitiés ou leurs émotions.
Un récit poignant, pudique, où s’entrecroisent
des quêtes affectives dont il n’est pas certain
qu’elles aboutissent, mais qui, libérées
par les mots, ouvrent de nouveaux horizons aux personnages
malmenés par l’existence. Sans misérabilisme
ni mièvrerie, dans une langue exigeante, regorgeant
d’heureuses trouvailles poétiques, l’auteure
mêle la froideur du réel à la douceur
accueillante des rêves, entre dialogues spontanés,
tensions intérieures et douleurs muettes. B.L.
(mai 2006)
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L'éditeur
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L'Imparfait de
Jacques Chessex, Ed. Bernard Campiche, «
camPoche », 2006
Publié en 1996, réédité dix ans
plus tard dans la collection « camPoche », L’Imparfait
est, comme l’indique son modeste sous-titre, une «
chronique », et c’est plus que cela : une exploration
de l’enfance, de la vie. Il y a certes des scènes
du passé, l’évocation des jardins et des
étés d’autrefois, des fables de La Fontaine,
les odeurs de l’amour, mais aussi le suicide du père,
de ce père « ni violent, ni méchant
», et dont « la vraie fureur était
ailleurs », les questionnements sur soi, sur la
mémoire qui « hante mes veilles et mes nuits
».
L’« imparfait » n’est pas qu’une
forme grammaticale ; c’est l’inachevé,
« à jamais le non-réalisé,
l’interrompu, le non-vécu », c’est
finalement ce qui relie le passé au présent,
dans une écriture du mouvement, de la temporalité,
dans une quête métaphysique d’Absolu.
.J-P. L. (mai 2006)
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L'éditeur |
Le traducteur de
Jacques Gélat, José Corti 2006
Un jour le traducteur commet une folie : il remplace un point-virgule
par une virgule. Dès lors, ses scrupules s'écroulent
les uns après les autres et, de mots raturés
en phrases ajoutées, le voilà qui glisse vers
l'écriture de son propre roman. Mais là, par
une ironie perverse, ce sont les livre qu'il traduit qui reviennent
hanter et modifier ses oeuvres. Notre narrateur s'avance alors
dans une aventure schizophrène où le succès
littéraire creuse la perte de son identité.
Le traducteur rigoureux, jamais mis en défaut dans
le bonheur de servir le texte d'un autre, cède la place
à un créateur déchaîné mais
désespéré de ne plus s'appartenir.
Ce roman sur l'écriture (roman de sa propre écriture
?) va à l'essentiel avec intelligence et brio, déjouant
tout pathos, filtrant son propos par un style vif et concis.
Cette louable exigence du style n'évite cependant pas
une certaine sécheresse : le narrateur-personnage semble
garder partout le contrôle sur sa folie naissante et
s'en trouve quelque peu désincarné.
.J-B. M . (mai 2006)
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L'éditeur
L'auteure |
Les Démons caca de
Fabienne Loodts - Editions Esperluète,
2005
« Nous avons tous notre démon caca »,
raconte l'auteure-illustratrice belge ; dans cette étonnante
série de portraits pleine page, exécutés
au fusain, chaque personnage se retrouve affublé, en
guise de couvre-chef, d’une étrange bestiole
(démon grimaçant, dragon difforme, gargouille
aux griffes acérées, gremlins en noir et blanc…),
à la manière d’un ornement maléfique
qui le suit partout où il va : ces diablotins sont
l’incarnation de la noirceur que l’on porte en
soi, et on peut accepter leur tyrannie, s’en accommoder,
ou l’accueillir à bras ouverts, on peut aussi
tenter de dissimuler son démon ou l’affronter
violemment, en vain ; l’on choisira alors d’apprivoiser
la bête et de minimiser son emprise par le biais d’un
dialogue lucide… En dépit de son titre surprenant,
cet ouvrage n’a rien de scatologique (hormis la malfaisance
infantile et primaire de nos propres démons), et c’est
d’abord un objet artistique remarquable où les
textes, brefs et limpides, accompagnent les illustrations
sous forme de légende. L’allégorie évoque
quelque ancienne vision infernale, tel un bestiaire moyenâgeux
remis au goût du jour – et sous-entend l’idée
que l’humain est bel et bien une créature hybride,
capable du meilleur comme du pire, mais seule responsable
de ses choix. B.L.
(mai 2006)
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L'éditeur
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Le Silence des livres de
George Steiner suivi de Ce vice encore
impuni par Michel Crépu,
Arléa, 2006
Le dernier essai du philosophe George Steiner est en fait
la reprise d’un long article publié dans la Revue
Esprit en 2005, initialement intitulé « La
Haine des livres ». Ce texte nous invite à
une réflexion certes érudite, mais malheureusement
trop vite essoufflée. Steiner y brosse en effet, en
cinquante pages, un panorama des pratiques de lecture, de
la transition oralité / écrit, des effets de
censure et de destruction, du rapport parfois obsessionnel
de l’homme à sa bibliothèque, enfin des
mutations de l’objet livre en matériau virtuel.
Trop de hauteur de vue empêche la nuance et favorise
parfois des amalgames qui restent inexpliqués (ainsi
quand, par exemple, l’auteur affirme, sans développer,
que « très peu de figures dans l’histoire
– on songe à Marx, à Lénine –
peuvent rivaliser avec la maestria de la propagande paulinienne
»). L’analyse est convenue donc et, au vu
de nombreux autres ouvrages plus détaillés parus
sur le sujet, loin d’être indispensable. F.S.
(mai 2006)
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L'éditeur
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Doudou n°1 - Editions
Anabet 2006
Enfin ! Les grands peuvent désormais acquérir
un objet transitionnel multi-usages, l'un de ces fameux «
doudous » habituellement réservés aux
plus jeunes... mais le Doudou lancé
par les jeunes éditions
Anabet (10 titres
à paraître en 2006), en dépit de sa couverture
évoquant l’enfance (révolue), n’a
pas la douceur attendue ! Il se présente "en dur"
sous la forme d’un épais bloc à spirales…
à la fois « bloc d’art » et «
bloc-notes », dont la fonction dépendra de son
acquéreur : on pourra y écrire et/ou y lire
nouvelles (dont l’amusante Apprenez à dire
non de Delphine Gustau), contes des origines, poèmes
en prose ou en vers, ou bien une piécette de théâtre
(Abandon ou le jugement des ogres de Vincent Devannes).
Son éditeur, David d’Equainville, confesse son
« goût pour l’art en conserves
» expliquant que cette suite hétérogène
d’actes créatifs a pour but de « produire
des rencontres. ». De belle facture, conçu
avec soin, cet objet-livre (ni une revue, ni tout à
fait un livre) rappelle combien l’imagination et la
créativité sont des champs de liberté
illimités…
B.L. (mai 2006)
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L'éditeur
L'auteur
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Et il ne s’est rien passé…
de Jean-Pierre Tusseau,
Ed. du petit pavé, 2006
Charognes-sur-Bombance, une paisible bourgade au bord de
la Loire, s’apprête à célébrer
sa traditionnelle foire aux Vins, et les habitants (en quasi
autarcie depuis qu’un « incident » nucléaire
a contaminé leur région il y a 25 ans) ne se
doutent pas que les réjouissances vont être perturbées
par l’arrivée d’Ardryciens de la planète
Entéropie (un hommage à l’auteur de SF
Stanislas Lem), parlant latin et appréciant le bon
vin… On suit en parallèle Jean-Philippe Polisson,
"médiateur de languexpression" au "Complexe
éducationnel" Jules Verne, qui ose braver les
instructions officielles en proposant à ses "studiants"
de lire des livres… imprimés (!), dont quelques
romans de SF, justement… La jeune Hermeline, plus futée
que bien des adultes qui l’entourent, fait immédiatement
le lien entre Polisson et les Ardryciens…
On appréciera les aspects délibérément
satiriques (quand il est question des gendarmes, de la surabondance,
ou des termes ronflants appliqués aux pratiques pédagogiques…)
de ce roman entre anticipation loufoque et fable politique.
Et il ne s’est rien passé…,
sans se prendre au sérieux, aborde avec espièglerie
des questions environnementales et tout simplement humaines
que tous devraient se poser déjà... B.L.
(mai 2006)
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L'éditeur
L'auteur |
Les nouvelles de
Katherine Mansfield, La Cosmopolite Stock
2006
Comme le souligne Marie Desplechin
dans sa jolie préface, les nouvelles de Katherine Mansfield
« sont bizarres, charmantes, uniques. »
Tournant résolument le dos à la narration classique,
K. Mansfield, adepte convaincue du modernisme, n’a que
faire des histoires bien ficelées qui proposent un
début et une fin. La vie extérieure de ses héros
semble très ordinaire mais la nouvelliste ne s’y
intéresse guère. Seules comptent l’expérience
intérieure et l’exploration d’une vaste
gamme de sensations. A l’instar de Virginia Woolf qui
lui vouait une admiration teintée de jalousie, elle
dépeint des instants de vie intimes dont elle capture
l’évanescente essence. Evoquant sans fioritures
la complexité des sentiments humains, les désillusions
amoureuses, amicales voire familiales, la solitude ou la cruauté
morale, elle dépeint magistralement l’identité
floue de personnages en devenir. Perpétuellement insatisfaite,
elle avouait peu avant sa mort prématurée «
qu’elle était fatiguée de ses petites
histoires qui ressemblaient à des oiseaux élevés
en cage.» Ses lecteurs, eux, ont toujours admiré
son exquise liberté de pensée et lui reconnaissent
depuis longtemps une importance capitale dans l’évolution
de l’art de la nouvelle.
F. C. (avril 2006) |
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L'éditeur
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L’habit vert, de
Leïla Sebbar, Editions Thierry Magnier,
2006
Il y en a qui sont au service du mari, d’autres (ou
les mêmes) au service des enfants, d’autres encore
des Français, des riches compatriotes, des notables,
des clients d’hôtels, des « mamas »,
des guerriers virils… Toutes ont revêtu l’habit,
réel ou virtuel, de ceux à qui la vie a réservé
la place la plus modeste, et qui y cherchent malgré
tout, dans le souvenir, dans l’imaginaire ou dans l’espoir,
une parcelle de bonheur.
En sept courts récits, dans une langue qui tire sa
poésie de la réalité quotidienne (une
réalité où passe, par exemple, comme
un des fils conducteurs, la machine à coudre Singer),
Leïla Sebbar
campe des êtres dont la simplicité sociale laisse
entrevoir la complexité pleinement humaine, des êtres
qui nous habitent et qui nous ressemblent.
JP. L. (avril 2006)
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Récits à claire-voie
de Brigitte Munier, Le serpent à Plumes,
2005
Ces douze nouvelles comptent autant de registres différents.
Emotion, sensibilité, cocasserie, tragédie,
bizarrerie se succèdent au fil de la plume de la narratrice.
De chaque texte émergent des fragments du monde et
de la société. L’âge des potiches
décrit avec humour et verve un repas d’affaires
où «les cols blancs, cols cravates ou cols
roulés –de marque-» se côtoient,
aspirant «à la haute société»
en passant par «la haute finance» afin
«d’être à la hauteur du siècle».
Le lait des limbes ou la pythonisse algéroise
plonge le lecteur dans l’univers superstitieux et savoureux
des femmes séfarades, au langage coloré et chaleureux
(« Sur ta vie, ma fille, je ne te mens pas, sur
ta vie... »). La lettre d’amour ou l’anniversaire
manqué jette le lecteur dans la poésie
et la mélancolie d’un amour brisé, qui
« pâlit le soleil, moisit (les) joies, (un)
amour qui n’est plus guérissable, soignable,
opérable ». La narratrice multiplie les
paradoxes (« j’en ai assez de jouer à
ta présence pour ne pas hurler ton absence »)
et décrit un suicide esthétique et voilé
dans l’ombre glacée de la chapelle d’un
cimetière. La reprise du thème de la mort dans
plusieurs nouvelles apparaît comme un tentative d’exorciser
un mal secret, source de souffrances. Ces nouvelles aux multiples
tonalités sont le reflet des préoccupations
intimes de la narratrice : obsession de la mort et quête
du bonheur. A. F-A-M (avril
2006)
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L'éditeur
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Les Agneaux d’Ania
Carmel, B. Campiche, CamPoche, 2006
« Mes agneaux » : c’est ainsi
qu’un père surnomme désormais son fils
et sa fille, deux adolescents qui se lassent des « jeux
» que cet ancien légionnaire, brutal et pervers,
les oblige à simuler. Il a beau les défier,
les brimer, les humilier, ses enfants préfèrent
lui renvoyer leur mutisme entêté (seulement brisé
par quelques provocations) ou la fuite, quand elle est possible.
Trop faible pour résister, la mère assiste à
la dévastation familiale et aux brutalités que
son époux, qu’elle refuse de quitter, fait subir
jour après jour à ses enfants, ses « agneaux
» qui ne veulent plus être des pions, sans pourtant
parvenir à se libérer de l'emprise paternelle.
Leur histoire est relatée par la jeune fille, et condense
en moins de cent pages, lors de quelques scènes toujours
brèves et frappantes, une multitude de tensions émotionnelles,
de la haine la plus sombre à l’amour le plus
poignant - un récit dense et terrifiant, une écriture
aussi épurée que les âmes de ces deux
enfants prisonniers d’un cauchemar dont nul ne semble
pouvoir les délivrer. B.L.
(avril 2006)
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L'éditeur
A paraître (août 2006) Mr
Dixon Disappears
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The Mobile Library – The Case
of the Missing Books de Ian Sansom
Harper 2006
Israel Armstrong, un homme sensible, cultivé, et très
timide, est sur le point de voir son rêve se réaliser
: il a été retenu pour un poste de bibliothécaire
dans un village d’un petit comté d’Irlande
du Nord, et quitte Londres sans regret. Mais il déchante
vite : le conseil municipal a décidé de fermer
la bibliothèque, et Israel se retrouve conducteur d’un
vieux bibliobus, puis à la recherche des livres eux-mêmes,
qui ont disparu dans la nature…
Ce roman inventif et souvent hilarant (quiproquos, malentendus
langagiers, situations incongrues et pourtant toujours vraisemblables)
retrace la quête incongrue d’Israel, qui a bien
du mal à s’accoutumer à ce nouvel environnement
rural et à s’entendre avec les autochtones –
des personnages pittoresques et peu amènes, en total
décalage avec ce qu’il a toujours connu ; les
maladresses du bibliothécaire et son irritation montante
n’arrangent rien et ses déboires méritent
assurément le détour !
B.L. (avril 2006)
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L'éditeur |
Les Détectives sauvages de
Roberto Bolaño, traduit de l'espagnol
(Chili) par Robert Amutio, Christian Bourgois, 2006, 880 p.
Chili sin carne
Impressionnant par son volume, Les détectives
sauvages n’est malheureusement pas le
grand roman polyphonique qu’on prétend. Son intrigue
n’a rien de comparable avec la manière d’un
García Márquez ou l’imaginaire d’un
Pynchon, pourtant convoqués par les éditeurs
pour appâter le chaland. L’histoire, apparemment
calquée sur la jeunesse de l’écrivain
chilien lui-même, commence à Mexico, dans l’ambiance
de la bohème poétique du groupe « viscéraliste
», vaguement structuré autour de quelques fortes
personnalités et reposant, comme la plupart des avant-gardes,
sur une logique d’exclusion de ses membres. La première
partie, présentée sous forme de journal intime,
s’empâte dans l’évocation d’un
quotidien relativement creux et itératif, rythmé
par des vols de livres, des discussions oiseuses entre deux
bouffées de joint et quelques parties de jambe en l’air
sans lendemain. Au lecteur de voir si, passé ce cap,
il a le goût, la curiosité ou même le simple
courage, de poursuivre cette lassante odyssée. Peut-être
se transmue-t-elle, au fil des pages, en chef-d’œuvre.
Seule la persévérance permet de le savoir…
F.S. (mars 2006)
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L'éditeur |
La version de Nelly d'Eva
Figes
roman traduit de l’anglais par Françoise Marel,
Quidam éditeur, 2006
« Où allais-je donc ainsi, et dans quel
but ? Avais-je au moins eu l’intention d’aller
quelque part ? et sinon, pourquoi ? Etait-ce une erreur ?
» Face à un passé gommé et
un futur inimaginable, le présent de Nelly, la narratrice
de ce singulier roman, se résume à un immense
point d’interrogation. Ne sachant ni qui elle est, ni
pourquoi elle se retrouve à l’hôtel dans
une petite ville lambda, elle raconte par le menu son étrange
quotidien – des inconnus semblent très bien la
connaître, revendiquant des liens affectifs surprenants,
un inspecteur de police s’intéresse de près
à son cas, le hasard voulant que ses promenades l’impliquent
dans des crimes ou délits incroyables, le livre qu’elle
emprunte à la bibliothèque retrace très
précisément ce qu’elle est en train de
vivre… et puis, il y a cette femme dans le miroir, ce
reflet qui lui fait horreur… Entre rêve et cauchemar,
amnésie et schizophrénie, La Version
de Nelly tient le lecteur en haleine de bout
en bout. Un jeu autour du je, subtil et totalement décalé
!
F. C. (mars 2006)
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L'éditeur |
Le centre de la France Hubert
Lucot, POL, 2006
Au forceps À ceux que ravissent les
proses maniérées à la limite de l’agrammaticalité,
on ne peut que recommander le roman (sic) d’Hubert Lucot.
Son écriture, hérissée d’adjectifs
approximatifs, saupoudrée d’une ponctuation aléatoire
et de pronoms aux antécédents flous, se laisse
plus difficilement pénétrer que le sexe de l’amante
dont l’auteur prétend évoquer ici le souvenir
ému. Séduit par la pénombre sensuelle
de la jaquette, alléché par une quatrième
de couverture sacrément vendeuse, on se prend à
espérer que derrière cette phraséologie
inspirée se cache un Style majuscule, une voix singulière
comme il en éclôt une par siècle. À
peine franchi l’incipit, et vu l’éditeur,
on se demande si l’on n’a pas affaire à
un énième avatar de littérature à
contrainte. Mince : encore un bouquin qui découvre
avec autant de jubilation qu’une grille de mots croisés
déjà complète. Puis on comprend tout
simplement qu’à force de le retoucher, Lucot
a gâché et sciemment opacifié une œuvre
au départ parfaitement construite, mais par trop «
classique » sans doute. Cela donne un salmigondis pédant,
vaguement proustien, passé avec cinquante ans de retard
à la moulinette du Nouveau Roman. L’intérêt
du lecteur non dupe connaît dès lors, vers la
vingtième page, le même sort que bien des phrases
de ce texte : il tourne court et pique du nez. F.S.
(mars 2006)
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L'éditeur
Littérature
et musique
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Un été avec Chet de
Massimo Basile et Gianluca Monastra, Galaade
2006
Musicien de génie, trompettiste délicat et
fragile, à la sonorité au bord de la «fêlure»,
chanteur à la voix évanescente, personnage de
légende à la vie mouvementée, en proie
à des démons intérieurs (la drogue, l’instabilité),
Chet Baker a été l’objet de nombreux
ouvrages et d’un film controversé, Let’s
get lost (on attend le long métrage toujours repoussé).
Cette fois, les auteurs, deux journalistes transalpins, passionnés
de jazz, nous content, sous forme de biopic, une péripétie
de la vie du trompettiste au cours de l’été
1960 en Toscane où il sera emprisonné pour possession
de stupéfiants. Ils font se croiser Chet et un plumitif
qui n’entend rien au jazz mais qui apprendra à
l’aimer le temps d’un été qui bouleversera
sa vie.
Las, ce roman sans véritable style se perd un peu dans
des détails éparpillés dans la continuité
du récit (des personnages comme étrangers au
corpus, des situations parfois invraisemblables). Pour tout
dire, on a du mal à rentrer dans ce dédale,
bien que cette rencontre aboutissant à une sorte de
révélation initiatique soit en soi une fort
bonne idée. Saluons le beau travail de présentation
de l’ouvrage et souhaitons longue vie aux Editions Galaade.
J. Ch.(mars 2006)
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