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< livres
- mai & juin 2005>
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sommaire
complet
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L'éditeur |
Runaway d’Alice
Munro, Chatto & Windus 2005
Dernière merveille d’Alice
Munro, Runaway (qui a d’ailleurs
obtenu le très prestigieux Giller Prize) vient confirmer,
s’il en était besoin, la stature d’immense
nouvelliste de l’écrivaine canadienne. Véritable
régal en effet que ce dixième recueil - tant
sur la forme que sur le fond. Les huit nouvelles possèdent
bien sûr une structure impeccable. Derrière la
trompeuse simplicité de leurs titres (un nom commun)
se cache une architecture complexe qui requiert du lecteur
une attention soutenue, le moindre petit détail pouvant
s’avérer essentiel.
Faisant fi de la linéarité et préférant
l’analepse, Alice Munro étudie les moments capitaux
où la vie de ses héroïnes bascule, les
occasions ratées, les incompréhensions ou les
erreurs de jugement dont les conséquences ne sont généralement
pas immédiatement perçues. Fils conducteurs
de ces portraits de groupes avec dames, les thèmes
du désir et de la fuite qu’Alice Munro décline
sur plusieurs décennies, montrant ainsi habilement
l’évolution parfois relative de la condition
féminine. Du grand art ! F.C.
(juin 2005) |
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L'éditeur |
Je suis monogame de
Marek Van Der Jagt, Actes Sud, 2005
traduit du néerlandais par Anita Concas
Faussement autobiographique (Anton Grunberg,
le romancier, a été jusqu’à effacer
son nom de la couverture…), ce court roman, construit
en abîme, est un étonnant jeu de miroirs, où
se reflète à l'infini la figure pathétique
d’un (vrai) personnage, accablé par une quête
identitaire sans fin, qui lui aussi est écrivain :
«mon identité se confond avec mon écriture.
Je suis ce que j'écris. » ; idée
renforcée par l'omniprésence de maîtres
à penser en rapport avec l’écriture et
le désir (Stendhal, Camus, Benjamin Constant ou Bertrand
Morane, L’homme qui aimait les femmes). C’est
l’incroyable chronique d'un manipulateur sans tabous,
qui rêve d'être un dominateur ; ce qui lui sera
permis d’accomplir par le biais du perpetuum mobile
donjuaneste, jusqu'au jour où sa boulimie sexuelle
lui fera rencontrer plus fort que lui. Ce roman explore à
merveille les ressorts complexes de la fiction et du mensonge
qui la conditionne, et contient un aveu essentiel (où
l’auteur a le dernier mot !) que le lecteur se fera
fort de retenir : «on peut dominer dans sa propre
fiction, mais dans la fiction inventée par un autre,
on est un prisonnier, un esclave, un pion que d'autres déplacent,
un outil.» B.L.
(juin 2005) |
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L'éditeur |
Inventaire 1, 2, 3. de
Paul Hermant
Editions La mesure du possible, 2005
Les éditions « De la démocratie »,
nées de l’association « Causes communes
», sont devenues « La mesure du possible »
; appellation programmatique plus appropriée, plus
raisonnable ? Aux lecteurs de juger sur pièces, par
exemple avec ces trois petits volumes d’« inventaires
».
Le premier, Naufragés, énumère
les groupes de clandestins morts en voulant rejoindre le monde
dont ils rêvaient ; le second, Profanés,
cite les lieux publics et sacrés victimes de vandalisme
; le troisième, Délocalisés,
nomme les entreprises qui ont choisi d’aller embaucher
ailleurs. Par leur poésie sèche et brutale,
ces listes non exhaustives, que le temps se charge d’allonger,
s’adressent à la conscience des lecteurs et –
si l’on peut prendre la mesure du possible – à
l’action des citoyens.
J.-P. .L. (juin 2005)
Voir aussi, de Paul Hermant : Au
temps pour moi, journal intime d’une association d’idées,
1989-2004, Les Carnets du Dessert de Lune,
2004 |
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L'éditeur
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Une terrible vengeance et trois autres
récits fantastiques de Mrs Riddell
traduit de l’anglais par Jacques Finné, J. Corti,
2005
Les éditions José Corti continuent leur travail
de réhabilitation de l’écrivaine victorienne
Mrs Riddell en publiant, après le roman La
maison inhabitée, un recueil de récits
étranges et déroutants, qui tous, mettent en
scène des revenants ; le thème prégnant
est celui du repos des morts, qui ici, justement, ont bien
du mal à le trouver : ce sont les narrateurs ou protagonistes
successifs qui vont les y aider en se transformant en enquêteurs,
le temps de résoudre quelque mystère passé
(un testament égaré, un meurtre jamais élucidé…).
L’imagination de l’auteure régale le lecteur,
qui plonge sans arrière-pensée dans cette délicieuse
atmosphère désuète mais parfois terrifiante,
et se laisse aller à croire (comme les protagonistes,
au départ incrédules), quelques heures durant,
à l’existence de ces hommes, femmes ou enfants
fantomatiques appartenant à un temps où spiritisme
et roman gothique battaient leur plein.
B.L. (juin 2005) |
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L'éditeur |
Raymond Queneau en scènes de
Jean-Pierre Longre, Pulim, 2005
Vient de paraître, aux Presses Universitaires de Limoges,
un ouvrage qui dévoile des facettes souvent méconnues
du prolifique Raymond Queneau, en analysant les rapports directs
ou secrets que l'écrivain et son oeuvre ont entretenus
avec le théâtre : un mode d'expression que Queneau
ne favorisait certes pas en apparence, mais que cette étude
propose de retrouver à travers un examen minutieux
des oeuvres théâtrales d'abord (pièces
achevées, dont En passant,
inachevées et ébauchées, adaptations
radiophoniques), puis en se penchant sur l'oeuvre poétique
et romanesque qui recèle une véritable théâtralité,
entre mise en scène du langage et subversion des genres.
Jean-Pierre Longre (qui, soit dit en passant, est aussi l'un
de nos fidèles collaborateurs), docteur ès lettres,
enseignant en littératures du XXe siècle à
l'Université Jean Moulin de Lyon, signe là un
ouvrage rigoureux et abondant (en témoigne, entre autres,
la richesse bibliographique), essentiel, qui ouvre un vaste
champ d'exploration potentielle, mais qui s'adresse aussi
sans mal à l'amateur éclairé. B.
L. (juin 2005) |
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Directeur de la Publication A. Champremier-Trigano, Rédacteur
en Chef P. Cattan, Rédacteur en chef Adjoint : L. Geoffroy
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TOC –
société, interviews, culture
- numéro 12, juin 2005 - 3 euros (en kiosque)
Le Prix spécial du jury
du Syndicat de la presse magazine et d'information vient d'être
attribué à TOC, jeune parution
mensuelle qui combine qualité rédactionnelle,
éclairages volontairement dérangeants et entretiens
hors des sentiers battus. Ce mois, le grand dossier (toujours
animé par une objectivité journalistique et
un souci pédagogique exemplaires sur bien des points)
se penche sur le scandale et le corps, offrant
un beau panorama des rapports qu'ils entretiennent avec la
création (littéraire, plastique, visuelle, etc.)
les media et le politique, entre banalisation, transgression
et censure.
On retrouve les habituels chroniqueurs (dont Tania de Montaigne,
Stéphane Pocrain, et Katja
Hunsinger), un bon décryptage de l'actualité
sociale et géopolitique (départs à la
retraite - "le bug de l'an 2010"-, analyse
du phénomène "Tsunathon"
avec Rony Brauman, de MSF, etc.). Enfin, du côté
de la culture, le voile est levé sur les références
mythologiques de LA saga interplanétaire (à
laquelle on ne peut décidément échapper...),
mais on lira aussi avec attention l'entretien avec Jean-Pierre
Bacri, les pages consacrées au théâtre,
aux livres et aux expos. Du format rectangulaire à
l'éclectisme des sujets, de la ligne journalistique
à la fantaisie et/ou rigueur de la mise en page, tout
autorise à penser que TOC non seulement mérite
son prix, mais est condamné à perdurer... B.
L. (juin 2005) |
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L'éditeur |
Paysage et poésie, du romantisme
à nos jours de Michel Collot,
José Corti, 2005
Du pays au poème, le paysage… Michel Collot
propose une traversée tranquille de l’histoire
littéraire du paysage, du romantisme à nos jours,
sans thèse forte, toute en nuances. Si les pages sur
Baudelaire ou Rimbaud, plus scolaires, laissent le lecteur
sur sa faim, le savoir-faire critique de M. Collot se révèle
à partir des années 1940, pour se déployer
dans les études sur textes qui constituent la seconde
partie du livre : sous l’égide de J.-P. Richard,
M. Collot assortit ses réflexions sur le paysage, architecture
littéraire prolongeant la sensation, et sur l’horizon,
de lectures de René Char, Philippe Jaccottet, Jacques
Roubaud, et bien d’autres.
Le thème du paysage, beau et complexe, permet au critique
une mise au point essentielle sur les différentes écritures
poétiques de la seconde moitié du XXe siècle
– notamment sur le plaisant « néolyrisme
». Tour à tour transfiguré par les surréalistes,
défiguré par la seconde guerre mondiale, et
refiguré par la nouvelle poésie française
(depuis la revue L’Éphémère),
le paysage semble à même aujourd’hui de
sauver la poésie de son grand écueil –
l’absence de lecteurs… M. Collot de conclure :
« À ceux qui ont le désir de sortir
de leur tour d’ivoire, et d’être ensemble
sans s’assimiler ni se perdre dans les lieux communs,
le paysage offre un espace où se retrouver. »N.C.
(juin 2005) |
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L'éditeur
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L'Enfant froid M.
von Mayenburg trad. de l'allemand L. Muhleisen,
L'Arche, 2004.
"Nina a les lèvres bleues
et elle tremble. Notre enfant a froid", reproche
Werner à sa femme Silke. Malentendu et incompréhension,
au sein des couples - Maman/Papa, Léna/Johann, Tine/Henning
- mais plus largement au sein de la famille. Ici on s'aime
et on se hait, et on règle ses comptes sans en faire
un plat : les choses les plus graves sont dites sur un ton
neutre, détaché, et sont traitées sur
un mode tragi-comique. Les tabous se lèvent au cœur
d'une atmosphère trouble. L'obsession du désir
guide tous les personnages ; tout est histoire de sexe, semble
nous dire l'auteur; jusqu'au secret que renferme le landau
de "l'enfant froid". A la fin, une très
belle tirade du père, d'outre-tombe, renforce ce décalage
entre la gravité de la situation et l'irréalité
des personnages. C.D. (mai
2005)
Mis en scène par Christophe Perton -Comédie
de Valence, mars 2005 (création). |
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L'éditeur
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In vino veritas, Dictionnaire commenté
des expressions latines
d'Orlando de Rudder
Larousse, « Le souffle des mots », 2005
Quid novi sub sole ? La collection
« Le souffle des mots » de Larousse propose une
nouvelle publication bienvenue : la réédition
du riche et agréable dictionnaire des expressions latines
réalisé par Orlando de Rudder, non pluribus
impar… Margaritas ante porcos, à une époque
où le latin ne semble subsister que chez les puants
(Vivendi, Itineris…) ?
C’est toute la qualité de cet ouvrage d’historien
et de littéraire que de séduire tant l’érudit
que le novice, par ces célèbres entrées
et par ces plaisantes divagations à travers les siècles
et civilisations – de la Rome antique à la moderne,
en passant par Byzance, jusqu’à notre vieille
France, en un voyage culturel parfaitement divertissant, dépourvu
de fin... N.C. (mai 2005)
voir aussi
Abracadabrantesque
! Dictionnaire des mots inventés par les écrivains
des XIX et XXe siècles de
M. Rheims, Larousse,
2004
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L'éditeur |
Le visiteur de
Barbara Yelin, Ed. de l'AN 2, nov. 2004
L’absence des mots ne gênera
pas le lecteur : dans ce monde onirique, les illustrations
expressionnistes rendent compte des sentiments successifs
de la petite fille solitaire, elle aussi autosuffisante. C'est
l'histoire d'une rencontre imaginaire, celle de l'enfant et
d'un énorme corbeau au plumage luisant qui est entré
par la fenêtre de sa maison. Ce dernier, affamé,
dévore le repas qu'elle a préparé, sans
en laisser une miette. Voyant cela, la petite repart pêcher,
mais l'oiseau noir la suit et dérobe les quelques poissons
qu'elle a appâtés... Cet ouvrage peut être
lu à tout âge, mais sa noirceur initiale et la
relation ambiguë qui se construit entre les deux personnages
confèrent à l'ensemble une sensation de menace
omniprésente. Il n'empêche qu’il suffit
d'observer les superbes crayonnés de Barbara Yelin
pour tomber sous le charme de ce roman visuel, dans lequel
les images parlent d'elles-mêmes, différemment
selon le lecteur, laissant deviner de multiples interprétations
possibles. B.
L. (mai 2005)
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L'éditeur
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Carnet de bal d’une courtisane
de Grisélidis Réal
Verticales, 2005
Etrange objet que ce carnet (d’abord
intitulé Carnet Noir, publié en 1979),
énumération alphabétique et succinte
des prénoms et des petites habitudes des clients de
Grisélidis Réal, prostituée genevoise
qui n’a jamais cessé de se battre pour que soit
reconnue sa profession – quand celle-ci est librement
choisie, un acte volontaire – d'après elle «un
Art, un Humanisme et une Science». Il est vrai
que les qualités humaines de cette femme hors-normes
transparaissent au détour des notes jetées dans
ce petit répertoire, et sa compassion pour ses clients
égarés, en quête de chaleur et de chair,
se lit derrière cette liste vertigineuse et un rien
sordide.
Les textes qui suivent, Petite chronique des courtisanes,
entre dénonciation politique de l’hypocrisie
bourgeoise et poétique impromptue, possèdent
de réelles qualités littéraires, qui
font de l’auteure une femme publique de lettres…
Chez le même éditeur, paraît simultanément
Le noir est une couleur, son roman
autobiographique. B. L.
(mai 2005)
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