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Brèves
jeunesse
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L'éditeur
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The Foundling de
Charlotte Brontë, Hesperus Classics 2004
Edward Sydney, héros de ce joli conte, est abandonné
nourrisson dans le domaine d’un riche propriétaire
terrien du Derbyshire, Mr. Hasleden, qui le recueille et l’élève
comme son propre fils. À la mort de ce dernier, le
jeune homme découvre la vérité et décide
de quitter l’Angleterre à la recherche de son
identité d’origine. Jetant l’ancre à
Verdopolis, ville imaginaire qui sert de décor à
plusieurs œuvres d’adolescence des Brontë,
il va de surprise en surprise. Il n’est, en effet, pas
toujours simple de distinguer le vrai du faux dans ce monde
merveilleux où génies et fées s’affrontent
sans merci. Rapidement, l’amour apparaît à
Edward en la personne de Lady Julia, malheureusement promise
à un autre. Cependant, cette demoiselle a du caractère…
! Délicieusement écrit par une très jeune
femme de dix-sept ans, bien avant Jane Eyre,
The Foundling permet donc, entre autres, d’apprécier
le regard que Charlotte Brontë portait déjà
sur la condition féminine de son époque.
F.C. (février 2005)
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L'éditeur
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La petite sœur de Kafka
de François David, dessins d’Anne Herbauts
Esperluète, 2004
Ce récit singulier s’adresse à tous car
le destin d’Ottla, qui vécut ce que son célèbre
frère n’avait fait que pressentir, est ici raconté
par François David avec simplicité et sobriété
– ce qui ne lui ôte en rien son aspect émouvant.
L'auteur nous dit que « déjà petite
», Ottla « se permettait de dire sa pensée,
de tenir tête. » C’est ce qu’elle
fit en bravant l'autorité paternelle afin d'épouser
un catholique - puis en divorçant de ce dernier pour
ne pas connaître un sort plus favorable que les autres
membres de sa famille, déportés ; c'est ce qu'elle
fit encore, jusqu’au bout, quand elle choisit librement
sa mort, en rejoignant « un convoi d’enfants
qu’on menait à la chambre à gaz. ».
Beau geste de désespoir ? On aimerait peut-être
en savoir davantage, mais le récit, volontairement
incisif, tend vers ce dernier sursaut de volonté et
de libre-arbitre ; les illustrations d’Anne Herbauts
accompagnent Ottla jusque dans son ultime sacrifice, quand
la noirceur de l’âme humaine prend le pas sur
la silhouette peu à peu accablée de cette petite
sœur si valeureuse.
B. L. (février
2005)
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Chaman de Bernard
Giusti, Jean-Michel Platier, Thierry Renard
éditions Bérénice, 2004.
Venu de pays lointains, le chaman a recours, pour communiquer
avec l’au-delà, à différentes techniques
rituelles. Bernard Giusti,
Jean-Michel Platier et Thierry Renard, sous cette égide,
donnent à lire et à voir en superposant leurs
voix poétiques pour se faire explorateurs, découvreurs,
intermédiaires, chamans «aux aguets»
et «aux mille visages», aussi et surtout
: créateurs. En visions familières ou déroutantes,
intérieures ou extérieures, se construit un
univers où « tout change », «
dans la naissance des aubes ».
Avec cela, les illustrations d’Annie Maurer –
arbres, oiseaux, paysages esquissés « en noir
sur blanc » – sont à découvrir,
comme les poèmes, en toute liberté, en toute
puissance retrouvée.
J.-P. L. (février
2005)
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L'éditeur
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La cabane de dix pieds carrés
de Kamono-Chômei
traduit du japonais par Christian Soleil, Ancre et Encre,
2003
Le lecteur appréciera la sagesse et le détachement
apaisant qui imprègnent ce texte, écrit au XIIIe
siècle par un aristocrate japonais retiré du
monde ; cet homme, à travers son expérience
singulière, prône une philosophie ascétique
de l’autosuffisance qui, sans nier les plaisirs simples
liés à la contemplation et à l’écoute
de la nature, se rapproche de l’épicurisme grec.
En rejetant les biens terrestres (hormis sa petite cabane)
et en choisissant librement une vie d’ermite, il se
libère de ses peurs, se coupe du monde urbain mais
aussi de ses éphémères turpitudes (que
la nature peut balayer d’un jour à l’autre,
par un incendie, un typhon ou une inondation), et leur préfère
« les fleurs et la lune, les instruments à
cordes et les pipeaux. », ses « meilleurs
amis ».
On goûtera avec lenteur la poésie et la musicalité
de cette voix qui a traversé les siècles, et
qu’il nous est permis d’entendre aujourd’hui
grâce à la fluidité de la traduction de
Christian Soleil. B.
L. (février 2005)
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L'éditeur |
Vichy toujours, jim n°
6, éditions Bleu autour, 2005.
A lire ce riche volume de la revue jim (« journal
intime du Massif central »), on mesure combien
le nom de Vichy est porteur d’évocations diverses.
On pense d’emblée à la période
de l’occupation qui prend ici, et c’est normal,
une place prépondérante : Pétain, Laval,
l’Hôtel du Parc, avec des textes de Jean-Pierre
Azéma, Michel Rocard, François Colcombet (rappelant
notamment que nombre de personnalités se sont tenues
en équilibre sur la « ligne de démarcation
», entre deux camps, basculant parfois, parfois résistant
à l’appel des sirènes pétainistes,
ou assumant plus ou moins bien leurs contradictions). Outre
cela, il est question de cinéma, d’art nouveau,
de mode (souvenons-nous de la « toile Vichy »),
des thermes, de l’eau et de ses produits dérivés,
de liens tissés par Leïla Sebbar
entre l’Algérie et l’Allier, d’hommes
d’écriture (Albert Londres, Valéry Larbaud).
De belles illustrations ponctuent cet ensemble où,
selon la politique éditoriale de la revue, la littérature
intègre avec bonheur l’histoire et l’image.
J.-P. L. (février
2005)
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L'éditeur |
The invention of Dr Cake
d'Andrew Motion, Faber and Faber, 2004
Ce remarquable tour de passe-passe littéraire surprend
par son érudition et par la triple mise en abyme concoctée
par Andrew Motion. Vraie-fausse biographie victorienne d’un
poète-médecin, guérisseur des âmes
et des corps, le "roman" relate l’aventure
dialoguée entre deux hommes dont la connivence est
explicite. Une enquête, dont les contours demeurent
flous, semble être en cours, menée par le Dr
Tabor auprès d’un confrère mourant, l’énigmatique
Dr Cake. Tous deux, poètes à leurs heures, partagent
plus qu’un goût pour la littérature : la
vision idéaliste, presque anachronique, de leur mission,
repose sur une indéfectible foi en l’humain.
L’investigation, qui concerne le poète John Keats,
n’est cependant pas réservée aux initiés,
et le lecteur se prend au jeu, car à travers cet échange
(relaté sous la forme d’un journal), destiné
à semer le trouble dans nos esprits (la supercherie
serait-elle fondée ?) Andrew Motion, prolifique poète,
sonde les abysses de la mortalité, les relations que
chacun entretient avec le réel, avec ses semblables,
avec la nature, avec l'art et avec lui-même. B.
L. (janvier 2005) |
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L'éditeur
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Secret Smile de
Nicci French, Penguin, 2004 / à paraître
en français
Nicci et French ont habitué leurs lecteurs à
un genre et à un style qui tiennent maintenant de la
recette (littéraire et commerciale...) Secret
Smile, tout comme The Red Room
(La chambre écarlate, Pocket, janvier 2005),
met en scène une galerie de personnages plutôt
stéréotypés, issus de la classe moyenne
londonienne ; parmi eux, une jeune femme indépendante,
soudain accablée par un destin qu’elle ne maîtrise
plus et qu’attend un combat douloureux contre un adversaire
quasi démoniaque (un happy end de surface
est malgré tout de mise…).
En dépit de ce schéma récurrent, la terreur,
le suspense et les revirements de situation, ingrédients
de base, sont ici efficacement entretenus ; mais on conseillera
cependant au néophyte de débuter par Land
of the Living, un roman qui possède
des qualités littéraires (indépendamment
de la trame, s’apparentant à celle des ouvrages
déjà cités) qui font de la lecture autre
chose qu’un simple passe-temps…
B. L. (janvier 2005)
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L'éditeur
L'auteur |
La Bête qui meurt de
Philip Roth, Gallimard 2004
traduit de l'anglais par Josée Kamoun
Récompensé par de nombreux et prestigieux
prix littéraires aux Etats-Unis, Philip Roth présente
son dernier opus (136 pages), dans lequel le ton, la malice,
la verve, le panache par le rythme de l’écriture,
sont parfaitement résumés par ces citations
: "l’amour, la seule obsession que tout le
monde désire… et misères et splendeurs
du préservatif, voilà l’histoire sexuelle
de la seconde moitié du XXième siècle…"
L’alter ego du romancier (après le très
célèbre Zuckerman) David Kepesh, brillant universitaire
est toujours, à l’approche de la vieillesse,
un séducteur invétéré auquel peu
de ses étudiantes résistent… mais à
62 ans il pense à la maladie, à cette bête
qui meurt et sa propre fin qu’il sent prochaine…
au moment où il tombe éperdument amoureux de
la sublime cubaine Consuela et devient alors sexuellement
dépendant, fasciné par les formes généreuses
de cette jeunesse de 24 ans éclatante de beauté…
"fuselée, ondoyante, elle t’attend la
jeune fille, immobile et muette comme la mort…"
Cette réflexion sur "l’imbécillité
délicieuse du désir érotique"
est également une radiographie de notre époque
et une méditation ironique sur la condition humaine…
Après La Tache, prix Médicis étranger
2002, voici un nouveau chef-d’œuvre… comme
d’habitude. J.
Ch. (janvier 2005)
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