< littérature - rentrée 2005 >

 

les dernières brèves

sommaire complet des brèves

Brèves jeunesse

septembre-novembre 2004 avril-mai 2004 février-mars 2004

 


L'éditeur

The Foundling de Charlotte Brontë, Hesperus Classics 2004

Edward Sydney, héros de ce joli conte, est abandonné nourrisson dans le domaine d’un riche propriétaire terrien du Derbyshire, Mr. Hasleden, qui le recueille et l’élève comme son propre fils. À la mort de ce dernier, le jeune homme découvre la vérité et décide de quitter l’Angleterre à la recherche de son identité d’origine. Jetant l’ancre à Verdopolis, ville imaginaire qui sert de décor à plusieurs œuvres d’adolescence des Brontë, il va de surprise en surprise. Il n’est, en effet, pas toujours simple de distinguer le vrai du faux dans ce monde merveilleux où génies et fées s’affrontent sans merci. Rapidement, l’amour apparaît à Edward en la personne de Lady Julia, malheureusement promise à un autre. Cependant, cette demoiselle a du caractère… ! Délicieusement écrit par une très jeune femme de dix-sept ans, bien avant Jane Eyre, The Foundling permet donc, entre autres, d’apprécier le regard que Charlotte Brontë portait déjà sur la condition féminine de son époque.
F.C. (février 2005)

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L'éditeur

La petite sœur de Kafka de François David, dessins d’Anne Herbauts
Esperluète, 2004

Ce récit singulier s’adresse à tous car le destin d’Ottla, qui vécut ce que son célèbre frère n’avait fait que pressentir, est ici raconté par François David avec simplicité et sobriété – ce qui ne lui ôte en rien son aspect émouvant.
L'auteur nous dit que « déjà petite », Ottla « se permettait de dire sa pensée, de tenir tête. » C’est ce qu’elle fit en bravant l'autorité paternelle afin d'épouser un catholique - puis en divorçant de ce dernier pour ne pas connaître un sort plus favorable que les autres membres de sa famille, déportés ; c'est ce qu'elle fit encore, jusqu’au bout, quand elle choisit librement sa mort, en rejoignant « un convoi d’enfants qu’on menait à la chambre à gaz. ». Beau geste de désespoir ? On aimerait peut-être en savoir davantage, mais le récit, volontairement incisif, tend vers ce dernier sursaut de volonté et de libre-arbitre ; les illustrations d’Anne Herbauts accompagnent Ottla jusque dans son ultime sacrifice, quand la noirceur de l’âme humaine prend le pas sur la silhouette peu à peu accablée de cette petite sœur si valeureuse.
B. L. (février 2005)

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Chaman de Bernard Giusti, Jean-Michel Platier, Thierry Renard
éditions Bérénice, 2004.

Venu de pays lointains, le chaman a recours, pour communiquer avec l’au-delà, à différentes techniques rituelles. Bernard Giusti, Jean-Michel Platier et Thierry Renard, sous cette égide, donnent à lire et à voir en superposant leurs voix poétiques pour se faire explorateurs, découvreurs, intermédiaires, chamans «aux aguets» et «aux mille visages», aussi et surtout : créateurs. En visions familières ou déroutantes, intérieures ou extérieures, se construit un univers où « tout change », « dans la naissance des aubes ».
Avec cela, les illustrations d’Annie Maurer – arbres, oiseaux, paysages esquissés « en noir sur blanc » – sont à découvrir, comme les poèmes, en toute liberté, en toute puissance retrouvée.
J.-P. L. (février 2005)

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L'éditeur

La cabane de dix pieds carrés de Kamono-Chômei
traduit du japonais par Christian Soleil, Ancre et Encre, 2003

Le lecteur appréciera la sagesse et le détachement apaisant qui imprègnent ce texte, écrit au XIIIe siècle par un aristocrate japonais retiré du monde ; cet homme, à travers son expérience singulière, prône une philosophie ascétique de l’autosuffisance qui, sans nier les plaisirs simples liés à la contemplation et à l’écoute de la nature, se rapproche de l’épicurisme grec. En rejetant les biens terrestres (hormis sa petite cabane) et en choisissant librement une vie d’ermite, il se libère de ses peurs, se coupe du monde urbain mais aussi de ses éphémères turpitudes (que la nature peut balayer d’un jour à l’autre, par un incendie, un typhon ou une inondation), et leur préfère « les fleurs et la lune, les instruments à cordes et les pipeaux. », ses « meilleurs amis ».
On goûtera avec lenteur la poésie et la musicalité de cette voix qui a traversé les siècles, et qu’il nous est permis d’entendre aujourd’hui grâce à la fluidité de la traduction de Christian Soleil. B. L. (février 2005)

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L'éditeur

Vichy toujours, jim n° 6, éditions Bleu autour, 2005.

A lire ce riche volume de la revue jim (« journal intime du Massif central »), on mesure combien le nom de Vichy est porteur d’évocations diverses. On pense d’emblée à la période de l’occupation qui prend ici, et c’est normal, une place prépondérante : Pétain, Laval, l’Hôtel du Parc, avec des textes de Jean-Pierre Azéma, Michel Rocard, François Colcombet (rappelant notamment que nombre de personnalités se sont tenues en équilibre sur la « ligne de démarcation », entre deux camps, basculant parfois, parfois résistant à l’appel des sirènes pétainistes, ou assumant plus ou moins bien leurs contradictions). Outre cela, il est question de cinéma, d’art nouveau, de mode (souvenons-nous de la « toile Vichy »), des thermes, de l’eau et de ses produits dérivés, de liens tissés par Leïla Sebbar entre l’Algérie et l’Allier, d’hommes d’écriture (Albert Londres, Valéry Larbaud). De belles illustrations ponctuent cet ensemble où, selon la politique éditoriale de la revue, la littérature intègre avec bonheur l’histoire et l’image. J.-P. L. (février 2005)

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L'éditeur

The invention of Dr Cake d'Andrew Motion, Faber and Faber, 2004

Ce remarquable tour de passe-passe littéraire surprend par son érudition et par la triple mise en abyme concoctée par Andrew Motion. Vraie-fausse biographie victorienne d’un poète-médecin, guérisseur des âmes et des corps, le "roman" relate l’aventure dialoguée entre deux hommes dont la connivence est explicite. Une enquête, dont les contours demeurent flous, semble être en cours, menée par le Dr Tabor auprès d’un confrère mourant, l’énigmatique Dr Cake. Tous deux, poètes à leurs heures, partagent plus qu’un goût pour la littérature : la vision idéaliste, presque anachronique, de leur mission, repose sur une indéfectible foi en l’humain. L’investigation, qui concerne le poète John Keats, n’est cependant pas réservée aux initiés, et le lecteur se prend au jeu, car à travers cet échange (relaté sous la forme d’un journal), destiné à semer le trouble dans nos esprits (la supercherie serait-elle fondée ?) Andrew Motion, prolifique poète, sonde les abysses de la mortalité, les relations que chacun entretient avec le réel, avec ses semblables, avec la nature, avec l'art et avec lui-même. B. L. (janvier 2005)

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L'éditeur

Secret Smile de Nicci French, Penguin, 2004 / à paraître en français

Nicci et French ont habitué leurs lecteurs à un genre et à un style qui tiennent maintenant de la recette (littéraire et commerciale...) Secret Smile, tout comme The Red Room (La chambre écarlate, Pocket, janvier 2005), met en scène une galerie de personnages plutôt stéréotypés, issus de la classe moyenne londonienne ; parmi eux, une jeune femme indépendante, soudain accablée par un destin qu’elle ne maîtrise plus et qu’attend un combat douloureux contre un adversaire quasi démoniaque (un happy end de surface est malgré tout de mise…).
En dépit de ce schéma récurrent, la terreur, le suspense et les revirements de situation, ingrédients de base, sont ici efficacement entretenus ; mais on conseillera cependant au néophyte de débuter par Land of the Living, un roman qui possède des qualités littéraires (indépendamment de la trame, s’apparentant à celle des ouvrages déjà cités) qui font de la lecture autre chose qu’un simple passe-temps…
B. L. (janvier 2005)

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L'éditeur

L'auteur

La Bête qui meurt de Philip Roth, Gallimard 2004
traduit de l'anglais par Josée Kamoun

Récompensé par de nombreux et prestigieux prix littéraires aux Etats-Unis, Philip Roth présente son dernier opus (136 pages), dans lequel le ton, la malice, la verve, le panache par le rythme de l’écriture, sont parfaitement résumés par ces citations : "l’amour, la seule obsession que tout le monde désire… et misères et splendeurs du préservatif, voilà l’histoire sexuelle de la seconde moitié du XXième siècle…" L’alter ego du romancier (après le très célèbre Zuckerman) David Kepesh, brillant universitaire est toujours, à l’approche de la vieillesse, un séducteur invétéré auquel peu de ses étudiantes résistent… mais à 62 ans il pense à la maladie, à cette bête qui meurt et sa propre fin qu’il sent prochaine… au moment où il tombe éperdument amoureux de la sublime cubaine Consuela et devient alors sexuellement dépendant, fasciné par les formes généreuses de cette jeunesse de 24 ans éclatante de beauté… "fuselée, ondoyante, elle t’attend la jeune fille, immobile et muette comme la mort…"
Cette réflexion sur "l’imbécillité délicieuse du désir érotique" est également une radiographie de notre époque et une méditation ironique sur la condition humaine… Après La Tache, prix Médicis étranger 2002, voici un nouveau chef-d’œuvre… comme d’habitude. J. Ch. (janvier 2005)

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