Edition et diffusion

 

< livres - janvier février 2006>

 

 

Broyer du bleu de Jérôme Peignot, Editions du Rocher, 2005

Sous-titré « nouvelles et notules », ce livre est composé de courts textes dans lesquels l’auteur s’exprime pour ainsi dire en direct, parlant de ce tout et de ce rien qui font la densité de l’existence : la famille, l’amour, l’amitié, l’art, la mort, Dieu, le langage… Anecdotes et souvenirs, portraits et descriptions, aphorismes et pensées, le tout « venu tout à trac », prêtent à réflexion et à méditation, prêtent aussi à avoir peur et à sourire, pour autant que l’on se laisse porter par le courant léger d’une écriture qui a fait ses preuves. Car dans ses déambulations, Jérôme Peignot, qui n’est pas le premier venu en littérature, sait bien malgré les apparences et les proclamations où il nous mène.
J-P. L. (février 2006)

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Lire aussi
catalogue en ligne

Traité du fouet, Général F-Amédée Doppet, Editions A rebours

Zébrures
Voici un petit format qui cingle comme un coup de cravache bien placé. Et pour cause : le Traité du fouet du (pseudo) Général Doppet peut autant se lire comme un manuel érotique que comme une publication édifiante destinée aux éducateurs avertis. L’ambivalence de l’ouvrage repose sur une surprenante prémisse : la pratique de la flagellation aiguiserait les sens et, plutôt que de le réprimer, exacerberait le désir. Parfait. Mais alors, s’étonne notre moraliste haut gradé, comment se fait-il qu’une telle autopunition se pratique régulièrement dans les monastères ? Pire encore : pourquoi maintenir ce châtiment dans les écoles alors qu’on en connaît les conséquences ? Et le dénicheur de paradoxes de plaider la nécessité de « changer les peines qu’on inflige à l’enfance et à la jeunesse ». La démonstration se termine par un catalogue fort épicé et exhaustif de préparations aphrodisiaques propres à remplacer les verges – pour en exciter d’autres… F.S. (février 2006)

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L'éditeur

L'auteure

Jouliks de Marie-Christine Lê-Huu, Lansman, 2005

La Petite raconte sa famille : son père Zak, le « joulik », incapable de rester en place et d'accepter d'être sédentaire, même pour Véra, la mère de la Petite, qui l’attend et se tourmente quand il décide de partir quelques jours sur les routes - mais ils s’aiment si fort qu’ils en oublient parfois leur fille, qui ne leur en veut pas et a appris à jouer le rôle parental qu'ils oublient parfois d'endosser.

Quand débarquent le Papé et la Mé, les parents que Véra n’a pas revus depuis sept ans, et qui reprochent sa vie à leur fille, l’harmonie relative de la petite famille est bousculée, Véra reprend son rôle de fille et Zak préfère quitter les lieux le temps de la visite. C’est un texte tragique et intense que la dramaturge dépose dans les mains de la Petite (quand ce n’est pas la Mé qui monopolise la parole…), où la naïveté le dispute à la lucidité qui émerge régulièrement : récitante, témoin (souvent muet) mais aussi actrice dans le drame à venir, c'est ce portrait d'une enfant qui oublie « d’être petite » qui touche, davantage peut-être que le récit de la passion amoureuse de Zak et Véra.
B.L. (février 2006)

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L'éditeur

Rabenstrasse 5 de Mathilde Fontanet, Metropolis, Genève, 2005

Le premier roman de Mathilde Fontanet se compose d’une suite épistolaire unilatérale : les lettres que Lydia, étudiante venue passer quelques mois à Berlin, envoie chaque semaine à une amie restée à Genève, et dans lesquelles elle raconte sa nouvelle vie et ses rencontres, y confessant très naturellement le goût qu’elle prend à se prostituer deux fois par semaine... par curiosité plus que par vénalité. S’y intercalent les journaux intimes de deux amis professeurs d’université, Gerhard, un homme dont les pathétiques tourments existentiels frisent le ridicule, et Michel, père de famille rangé, dont le ton laconique et faussement paisible dissimule son mal-être intime. Gerhard reprend pourtant goût à la vie quand il croise la fraîche Lydia, qui elle, ne se doute de rien, voyant en cet enseignant un homme plutôt glacial.
Ce roman décline les jeux de l’amour et du hasard avec habileté, et même si on se lasse des désarrois et des émois un peu puérils de Lydia, on appréciera la façon dont l’écrivaine explore la gamme des sentiments amoureux et nous fait partager les réflexions de la jeune fille, qui incitent à voir la prostitution d'un autre oeil, en dépit de son caractère immuablement sordide. B.L. (février 2006)

 

Milena d'Alena Wagnerova, Éditions du Rocher, « Anatolia », 2006

Cette biographie intime et historique de l’intellectuelle tchèque Milena Jesenski (1896-1944), dont la traduction laisse hélas à désirer, raconte avec simplicité les grandes lignes du parcours tortueux de la célèbre amante épistolaire de Franz Kafka. Des cafés littéraires de Prague au camp de concentration de Ravensbrück, Milena, journaliste de mode dotée d’une grande sensibilité et d’une intelligence généreuse, a mené une vie de tourments, une vie d’amours tragiques, de pauvreté et de maladie, qui la conduisent vers l’engagement politique, vers la lutte contre toutes les souffrances dûes à l’injustice : figure forte de l’émancipation de la femme au XXème siècle, communiste bientôt déçue, elle affiche un humanisme noble face à l’essor du nazisme, dont elle n’assistera pas à la chute. Sa belle quête de loyauté et d’amitié, dans un monde qu’elle perçoit dès sa jeunesse comme désespérant, fait d’elle un modèle de courage et de sympathie, aux dimensions mythiques. N. C. (février 2006)

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L'éditeur

Detour de James Siegel, Time Warner Books, 2005

Dans ce roman à suspense retraçant le parcours angoissant des New-yorkais Paul et Joanna, partis adopter une petite Colombienne et soudain enlevés par un dangereux groupe révolutionnaire, l’auteur a le mérite de s’intéresser de près aux dysfonctionnements d’un pays en proie à la guérilla, au terrorisme, et à des forces paramilitaires qui agissent en toute impunité. L’écriture sans fioritures, agréablement abrupte et elliptique, est en phase avec la tournure d’esprit de Paul (qui fait penser à certains anti-héros très ordinaires des romans de Douglas Kennedy), dont la profession consiste à produire des statistiques et des probabilités de risques, une compétence qui lui sera utile dans cette aventure justement risquée… Detour n’échappe pas aux poncifs du genre (en particulier dans ce qui a trait à l’amour entre parents et enfants et dans les rebondissements souvent prévisibles de l'intrigue) et son efficacité demeure très formatée, mais l'aventure se laisse lire, et propose aussi une intéressante réflexion sur les thèmes croisés du hasard et du destin. B. L. (février 2006)

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L'éditeur

La vie culturelle sous l’occupation de Stéphanie Corcy, Editions Perrin, 2005

Se cultiver en 1941 ?
Stéphanie Corcy, déjà connue pour sa biographie de Jérôme Carcopino, propose un panorama particulièrement exhaustif du foisonnement culturel qui anima, assez paradoxalement pourrait-on croire, la France, alors sous la coupe de l’envahisseur allemand. Le travail a pour principal mérite de ne pas s’arrêter aux créations littéraire, cinématographique ou théâtrale, déjà souvent abordées, mais plutôt de tenter une synthèse générale (incluant par exemple l’approche de diverses institutions traditionalistes ou folklorisantes) et décentrée. En effet, si Paris reste incontournable, le regard porte également sur Strasbourg, Marseille ou Lyon, afin de présenter la « vitalité provinciale » d’un pays occupé et divisé. L’ouvrage ne réhabilite en rien la mémoire de Vichy, mais souligne son rôle dans l’émergence de politiques et de projets qui, malgré la fin des hostilités, ne resteront pas sans influence sur le devenir culturel de la IVème République. Même si sa lecture est parfois rendue ardue par l’énumération sèche des faits, des dates, des noms et des chiffres, ce travail d’une extrême rigueur est appelé à tenir lieu de référence en la matière. F.S. (janvier 2006)

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Le persil journal
Marius Daniel Popescu
avenue de Floréal 16
1008 Prilly, Suisse.
Tél. 021.626.18.79
mdpecrivain@yahoo.fr

L'auteur

Le persil journal n° 8-9-10, hiver 2005-2006

Marius Daniel Popescu, poète du quotidien réel et imaginaire, de l’évidence et du non-dit, chauffeur de bus (mais « on n’a pas besoin d’être chauffeur de bus pour aimer les gens qui prennent le bus »), auteur d’Arrêts déplacés (Antipodes, Lausanne, 2004), publie depuis plusieurs années ce journal au drôle de titre, imprimé en Roumanie et édité en Suisse.
Poèmes et autres textes s’y glissent discrètement, s’y étalent orgueilleusement, s’y côtoient, s’y répondent avec, cette fois, une nouveauté de taille : le rédacteur en chef n’en est plus l’unique signataire ; ses pages sont généreusement prêtées à d’autres, Suisses ou Français, qui les ouvrent sur des paysages multiples et divers. Dans ce numéro triple et spécial, « le persil est à la fois parole et silence ».
J-P. L. (janvier 2006)

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L'éditeur
lire aussi
L’analphabète

Zoé, 2004

Où es-tu Mathias ? d'Agota Kristof, Ed. Zoe, Minizoé, Genève, 2005

« Ecrire, c’est la chose la plus difficile au monde. Et pourtant c’est la seule chose qui m’intéresse ». Agota Kristof dit aussi : « La seule bonne chose de faite – à part mes livres – ce sont mes enfants ». En harmonie avec ces affirmations, les deux textes (datant des années 1970) publiés ici sont relatifs à l’enfance. Le premier, Où es-tu Mathias ?, mêle le rêve, le réel, l’imaginaire, la mort… Le lecteur y suit les méandres narratifs et dialogiques, et se trouve confronté à ses propres ombres.
Le second, Line, le temps, déroule sous une forme théâtrale deux scènes parallèles, à dix ans de distance, faites de tendresse niée, d’amour déçu entre une petite (puis jeune) fille et un jeune (puis moins jeune) homme. La postface de Marie-Thérèse Lathion, qui met l’accent sur l’expérience personnelle et littéraire de l’auteur, puis sur son nihilisme, complète en toute lucidité ce précieux opuscule.
J-P. L. (janvier 2006)

 

lire aussi
Ionesco, Recherches identitaires de Matei Calinescu - Oxus, 2005

THEATRE
Rhinocéros d’Eugène Ionesco

Mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mot
Théâtre de la Ville, Paris, janvier 2006

Humanisme en puissance
La mise en scène d'Emmanuel Demarcy-Mota a beaucoup fait parler d’elle, en bien ; chose rare, c’est mérité. Sans revenir sur le texte, chef d’œuvre du XXème siècle comme il y en eut peu, et qui résiste à la réputation de son idée-force comme aux vastes commentaires en tous genres infligés à des générations de lycéens (que les bons sentiments écœurent à bon droit), le spectacle impressionne par l’inventivité de son obscure scénographie aux métamorphoses mécaniques frappantes, par la performance dynamique des comédiens et par celle, ô combien ionescienne, de Serge Maggiani qui joue le pauvre et honnête Bérenger, par le rythme haletant et par l’angoisse subtile insufflée avec cruauté par le musicien Jefferson Lembeye et ses deux acolytes sous la scène, et enfin par ses trouvailles de mise en scène qui, musclant ici le tragique pour répandre là un malaise à en rendre fou le dernier des hommes, en font une représentation à la hauteur du texte : l’intensité n’exclut donc pas la finesse d’esprit, même quand il s’agit de sauver l’humanité.
N. Cavaillès (janvier 2006)

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L'éditeur

Le manucure de Christos Chryssopoulos, traduit du grec par Anne-Laure Brisac, Actes Sud, 2005

Philippos Dostal, manucure de son état (métier qu’il a élevé au rang d’un art), aussi ordinaire qu’énigmatique, est un homme silencieux, paisible et courtois ; il attire peu l’attention mais est apprécié de clients heureux de venir s’épancher. «C’est à la fois quelqu’un et personne », avertit le narrateur, l’anonymat de la ville où Philippos officie étant propice à l’isolement, à une vie secrète dont nul ne peut soupçonner les obsessions – car il souffre de manies, liées, justement, à la fascination qu’il éprouve pour les mains : il crée des classifications, des catégories, les dotent d’une vie propre et autonomes, les dissociant de leurs propriétaires, puis se met à collectionner les effleurements, soigneusement archivés dans des albums. Cet étrange roman relate les expériences, les rencontres et le parcours angoissant de ce manucure atteint de "manomanie" aigüe, les pages de son journal intime contenant des clés permettant d’entrer dans son l’intimité, dans la profondeur de ses troubles, sans pour autant tout révéler : des zones d’ombres subsistent, qui assurent la constance du malaise que provoque la lecture de ce beau roman… inclassable. B. L. (janvier 2006)

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L'éditeur

Dada, histoire d'une subversion de Béhar.

Almanach Dada, Richard Huelsenbeck, Les Presses du Réel, 2005

Après avoir déjà republié l’essai En avant Dada de Richard Huelsenbeck, les Presses du Réel récidivent en proposant le fac-similé d’un ovni littéraire, L’almanach Dada, initialement paru à Berlin en 1920. L’objet est d’autant plus rare qu’il constitue, à en croire l’éditeur, « l’unique panorama international du mouvement », puisqu’il reprend aussi bien des textes en allemand qu’en français.
Le titre à lui seul sonne comme une provocation. Car que trouvera-t-on moins que des conseils avisés dans ce brûlot échevelé et burlesque ? Pas de systèmes D, mais l’anti-système Dada dans sa diversité et sa radicalité : en vrac, le Manifeste cannibale dada de Francis Picabia, la chronique zurichoise de Tzara, l’Ô de Georges Ribemont-Dessaignes, la grandeur et le déclin de l'Allemagne expliqués par Johannes Baader, une explosion de chants nègres, quelques télégrammes impertinents adressés à Gabriele d'Annunzio ou Rachilde, mille autres bouquets de fleurs de tomates et surtout, l’indispensable couille d'hirondelle de Hans Arp… La liberté en éphéméride, quoi. Le poète Huidobro avait bien compris que dans ce programme pour rire, « Les diables / cochers du tonnerre / sont en vacances ».
F.S. (janvier 2006)

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