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Du même auteur
(Ed.José Corti)
Un clown s’est échappé du cirque
Les lumières fossiles
Quelques nobles causes
pour rébellions en panne

Billet pour le Pays doré de Éric Faye, Editions Cadex, collection Texte au carré, 2007

Eric Faye dessine, inlassablement, des mondes familiers mais décalés, qui s’inscrivent dans une irréalité qui grandit au fil de chaque récit. C’est le cas de ce Billet pour le Pays doré, évocation d’une destination inconnue (utopie ou dystopie ?) qui obsède le petit employé dont il est ici question, jusqu’à supplanter, dans ses pensées, l’affection qu’il porte à sa famille. Il faut dire que gagner un billet pour ce pays (comme on gagnerait au loto…), dont personne n’est jamais revenu, est l’unique chose qui aide encore à affronter le quotidien, dans une société de privation où la frustration est devenue la règle.
Entre un réel sans issue ni consolation (qui ressemble tant, par certains aspects, au nôtre) et un rêve de fuite jusqu’alors inaccessible, l’atmosphère étouffante de cette nouvelle est unique : l’homme pense d’abord avoir le choix, croit un instant pouvoir s’échapper, puis se convainc que même le pays doré ne vaut pas chaleur de son foyer… il n’en sera rien, ainsi que le conte l’auteur en usant d’une ironie dramatique savoureuse, jamais appuyée. Des déboires et des revirements de situation qui, au bout du compte, ne sont que le miroir de nos propres défaillances et de nos impasses… B. Longre (juin 2007)

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L'auteur

L’esprit commercial des temps modernes de Henry D. Thoreau traduit par D. Bazy et S. Fueyo, Postface de M. Granger, Le Grand souffle, 2007

Petit Thoreau - C’est avec un indéniable culot que David Henry Thoreau (qui n’avait pas encore à l’époque inversé l’ordre de ses prénoms) prononça, le 30 août 1837 à Harvard, sa conférence pour l’obtention du diplôme de « Bachelor of arts ». Imaginons l’impétrant face à un aréopage de sommités universitaires, en train de prôner un « otium » diamétralement opposé à la course aux intérêts dans laquelle s’est engagée avec frénésie l’encore jeune nation américaine. On en vient à se demander si l’un ou l’autre des membres de la très sérieuse assistance a pu alors déceler le talent naissant du futur auteur de Walden ou la vie dans les bois (1854). Gageons en tout cas qu’il fit pointer quelques sourcils en accents circonflexes quand, du haut de ses vingt ans, il osa proposer que « le dimanche devrait être le jour du labeur de l’homme, pour ainsi gagner sa vie à la sueur de son front ; et les six autres jours consisteraient en le repos des sentiments et de l’âme, – pour parcourir ce jardin ouvert, et boire aux effluves et aux sublimes révélations de la nature. » Mais n’est-il rien de plus compliqué à faire entendre aux hommes qu’un message simple ? F. Saenen (juin 2007)

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L'absence de l'ogre de Dominique Sylvain, Viviane Hamy, 2007

Ingrid Diesel, jeune américaine émigrée à Paris, reconvertie dans le divertissement à la française, et Lola Jost, ex-policière dynamique et sensible, forment un couple original et idéal pour mener l’enquête. Dominique Sylvain, qui les a déjà mises en scène dans Passage du Désir (prix des lectrices Elle policier 2005), les assigne à la défense d’un géant débonnaire mais ancien alcoolique, doux mais mystérieux (y compris à lui-même), sur qui pèsent tous les soupçons.
On navigue alors entre la Nouvelle-Orléans et Paris, sur fond de voyage de Bougainville et de jardin idéal, de magouilles immobilières et de meurtres sauvages, de squat d’artistes et de couvent ancien… Et il y a Sacha Duguin l’irritant et irrésistible commandant de police. Ingrid le supplantera-t-elle, lui succombera-t-elle ? L'absence de l'ogre est un roman policier touffu, prenant et très humain.
J.-P. Longre (juin 2007)

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Mitsuba d'Aki SHIMAZAKI, Actes Sud, 2007

Début des années 1980, à Tokyo. Takashi est un "shôsha-man" - "homme de commerce" dans une grande entreprise, pour laquelle il est prêt à sacrifier ses week-ends et sa vie privée. Un lieu où la passion a bien du mal à s'épanouir : il en fait la douloureuse expérience en tombant amoureux de Yûko, qui se promet à lui sans savoir qu'un sacrifice l'attend elle aussi...
C'est avec une grande sobriété que l'auteure (francophone) , décrit une société policée, implacable pour ceux qui refusent de se soumettre à la pression sociale et au pouvoir de l'argent. Effritant le vernis du paternaliste autoritaire incarné par la compagnie Goshima (que Takashi considère d'abord avec dévotion puis avec hostilité), une entité qui broie l'individu, ce roman un brin nostalgique est aussi l'histoire d'une métamorphose, celle d'un homme qui trouvera, malgré son amertume, une porte de sortie, tout en conservant son intégrité.
B. Longre (juin 2007)

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littératures d'Asie

Serpents et piercings de KANEHARA Hitomi, traduit de l'anglais par Brice Matthieussent, 10-18, 2007

La jeune narratrice, Lui, est fascinée par Ama, un punk à la langue fendue : cette "modification corporelle" (obtenue au prix de quelques souffrances) lui procure un frisson jusqu'alors inconnu. Elle décide de l'imiter et va se faire percer la langue dans la boutique de Shiba-san, qui est aussi tatoueur. Lui se donne un second objectif : elle se fera tatouer le dos, en échange de quelques séances de "baise" avec Shiba-san, mené par des pulsions sadiques qu'il ne contrôle pas toujours – pas plus qu’Ama, pourtant si doux et amoureux d’elle.
L'atmosphère de ce court roman (lauréat du prix Akutagawa) pourrait paraître malsaine, mais le ton reste empreint d'une candeur et d'une désinvolture touchantes (surtout face à la mort et à la sexualité) ; à la curiosité de Lui, se superpose pourtant un désenchantement total et, bientôt, les métamorphoses qu'elle fait subir à son corps et l'amour exclusif d'Ama ne suffisent plus à son bonheur. Tandis que l'emprise de Shiba-san s’intensifie, elle multiplie les expériences extrêmes, sombre dans l'alcoolisme et sent sa vie se déliter. Un roman sur le fil, celui d’une jeunesse qui rejette les repères traditionnels et peine à s’en construire de nouveaux, condamnée à un avenir « vide de sens ». B. Longre (juin 2007)

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Le sourire de Cézanne de Raymond Alcovère, éditions n&b, 2007

« La matière, j’ai voulu la copier, je n’arrivais pas, mais j’ai été content de moi lorsque j’ai découvert qu’il fallait la représenter par autre chose… ». Raymond Alcovère, qui a toujours été intéressé par les rapports entre l’art et la littérature (il fut naguère le rédacteur en chef de la revue L’instant du monde), suit dans ce récit poétique les préceptes de Cézanne : il aurait pu composer un ouvrage documentaire sur l’art d’un peintre qu’à l’évidence il connaît bien et admire profondément. Il fait beaucoup mieux en tissant une histoire d’amour entre deux êtres – Gaétan et Léonore –, un amour à la fois charnellement humain et porteur de transcendance, un amour baigné par la lumière de la nature et de la peinture. Comme les toiles de Cézanne, entre lesquelles se glisse ici la chaleur d’une libre passion.
J.-P. Longre (juin 2007)

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Par les chemins noirs, Prologues, de David B. Futuropolis, 2007

Un poète au pouvoir. Pour ce premier récit d’une série thématique destinée à parcourir l’Europe de l’entre-deux-guerres, David B. s’est emparé d’un épisode étonnant de l’histoire italienne, provoqué par le poète révolutionnaire Gabriele D’Annunzio ; avec ses troupes, il investit la ville portuaire de Fiume en septembre 1919 et proclame l’avènement de la république – une république chaotique qui ne jure que par la liberté. Cette toile de fond se mêle habilement aux histoires croisées de plusieurs individus qui profitent de l’anarchie pour s’enrichir – comme Lauriano, un jeune truand cultivé et raffiné, qui rencontre la chanteuse Mina Linda, d’origine incertaine, dont on ne sait si elle fut espionne. Aux portraits expressifs (personnages aux traits marqués, mises en scène légèrement déconstruites) s’intercalent aussi quelques tableaux plus abstraits, qui évoquent les atrocités du passé récent et annoncent celles à venir. La relation de Lauriano et Mina apparaît comme la seule parcelle d’espoir dans cette ville coupée du monde, où l’on ne cesse de s’entretuer ou de se battre, mais où les individus se passionnent plus que jamais pour la politique… B. Longre (juin 2007)

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10 clefs pour s’ouvrir à l’art contemporain, Isabelle de Maison Rouge, Archibooks, 2007

Une œuvre contemporaine, « où la beauté ne s’envisage plus sur le même registre », est pareille à « une langue étrangère » qui, pour s’appréhender et s’apprécier, doit forcément s’apprendre… Ce petit guide ouvre bien des portes, en nous proposant de passer outre nos premières réactions face à des œuvres qui ne se soumettent plus aux critères traditionnels des beaux-arts, et en abordant quelques points d’ancrage qui aideront à porter un regard neuf sur des créations parfois déstabilisantes, voire incompréhensibles ou choquantes : ainsi, l’œuvre et son auteur appartiennent à une époque et à un contexte spécifiques, mais il ne faut pas vouloir à tout prix chercher un message derrière une démarche, mais plutôt les questions que pose l’artiste à travers son œuvre - tout en acceptant de devenir parfois « acteur » de l’œuvre elle-même ; sans oublier qu'il faut aussi de se laisser guider, malgré tout, par nos sens, dans les méandres de l’art conceptuel, du Land art ou du postmodernisme. Bâtie comme un cours accessible et parsemée de citations, la démonstration s’appuie sur de nombreux exemples ; seul regret, l’absence de photographies pour accompagner les explications et de bibliographie. B. Longre (juin 2007)

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Aide-toi, ton corps t’aidera Gérard Guasch & Anne-Marie Filliozat, Albin Michel, 2007

Courir dans les prés à la recherche des papillons quand vous avez 10 ans et une compagne de jeux un peu sorcière qui vous fait la morale sur la défense de TOUS les animaux, cela vous mène, des lustres plus tard à étudier, écouter et surtout panser les bleus de l’âme et du corps, et ce, à travers la médecine, la psychanalyse, et parfois même les plantes et les pratiques des chamanes. Gérard Guasch, psychosomaticien, spécialiste en psychothérapie d’enfants et homéopathe, le prouve en publiant Aide-toi, ton corps t’aidera, écrit en collaboration avec Anne-Marie Filliozat, psychanalyste. A la fois essai et guide à l’usage d’un public soucieux de son confort intérieur, le livre propose l’état des lieux d’une approche psychosomatique originale. Par des exercices inspirés des neurosciences autant que des méthodes millénaires des médecines traditionnelles, il offre « un cocktail doux amer : la vie » et donne des clés « pour échapper au cercle vicieux du stress, quand l’émotion prend corps ». Ou la dépression. Ce livre lumineux explore nos images intérieures, émotions, tensions et mémoires corporelles pour nous aider à mieux être. Anne-Marie Filliozat, l’une des premières à introduire l’accompagnement psychothérapeutique en France, y consulte toujours, tandis que Gérard Guasch, résidant au Mexique pour motif de cœur, et à Paris pour raisons d’ancrage, volette aussi en Catalogne, en Limousin et au Pérou ; comme ses chers coléoptères, citoyens du monde. J. Sauvard (juin 2007)

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Vert venin d'Ornela Vorpsi, Actes Sud 2007

L'impossibilité de l'ailleurs, l'amertume des Balkans, la tristesse des enfances perdues, voilà ce que retrouve la romancière albanaise lors d'une escapade à Sarajevo. La brillante lucidité d'Ornela Vorpsi, parfois nostalgique, parfois acerbe, nous introduit dans un réseau complexe de distances culturelles et existentielles, où la détresse d'un ami isolé devient le miroir d'une terrible étrangeté au monde - l'exil partout, avec tous.
Ornela Vorpsi publie également cette année Tessons roses, petit récit d'initiation morte-née, accompagnée de photographies ; elle y poursuit avec rigueur et inspiration son exploration de l'indicible d'Eros et de Thanatos, dans le dur contexte albanais.
N. Cavaillès (juin 2007)

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La vie en rose de Dominique Mainard, vu par Françoise Pétrovitch, Le Chemin de fer, 2007

Ce court récit se concentre sur le personnage d’Arnaud, chômeur et romancier en herbe en mal d’inspiration : son roman « noir » (dont la trame si banale ressemble à tant d’autres) n’avance pas et il se confie à son ami Legendre, pigiste et photographe de presse, qui se propose alors de le faire participer à son travail sur le terrain. Justement, le corps d’une jeune fille, vient d’être découvert, et Legendre charge Arnaud d’aller interroger le voisinage… Le début sous forme de roman policier n’est qu’une illusion et l’auteur s’en détourne rapidement, pour passer à une histoire tendre et glaçante ; celle d’une petite fille perdue et de sa rencontre avec la mort, qu’évoquent les illustrations percutantes, en rose et rouge. La vie en rose, dont on ne sort pas indemne, contient des illusions de petits bonheurs et de douceurs passées, vite dispersées par la grisaille ambiante du présent, par l’horreur du crime commis, et par le sentiment d’échec qui s’insinue peu à peu au cœur du texte.
B. Longre (juin 2007)

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www.ccf-damas.org

Secret de famille, d’Amre Sawah, texte français Nabil El Azan, Lansman, Ecritures vagabondes, 2007

Par le biais d’une dispute entre une femme et son fils, c’est toutes les contradictions de son pays, la Syrie, et les tourments de ses habitants, que l’auteur expose, quand bien même leur histoire pourrait se dérouler dans d’autres contextes dictatoriaux. Vingt ans plus tôt, le père et les frères du jeune homme ont été arrêtés par les « hommes de la sécurité » ; jusqu’ici, la mère a tâché de « protéger » le plus jeune de ses fils, le seul qui lui reste : pour qu’il ne suive pas la voie que son père, elle lui a interdit de suivre des cours religieux ou de partir combattre en Irak. Mais « les choses nous rattrapent toujours », reconnaît-elle, en s’apprêtant à vivre une situation déjà vécue. Cet affrontement, en l’espace de quelques instants, bouleverse la relation mère-fils et met en exergue l’incommunicabilité entre générations, entre hommes et femmes, entre la voie de la prudence et celle de la révolte (ici terroriste et islamiste). Les secrets que révèle enfin la mère à son fils, tous deux enfermés dans une société où chacun craint de trop en dire, permettent de libérer, paradoxalement, la parole, mais aussi une violence inattendue (qui reflète toute forme de violence - religieuse et étatique, mais aussi celle de l’amour maternel), au centre d’une intrigue qui ne peut s’achever que sur une impasse tragique. B. Longre (juin 2007)

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La Veilleuse de Stéphane Padovani, Quidam éditeur, 2007

L’homme de bois, paru en 2002, était déjà un roman déroutant, bref mais intense ; La Veilleuse, sans appartenir à la même veine, prend lui aussi des détours inattendus en retraçant les parcours croisés et/ou parallèles de quelques solitaires qui se cherchent, en quête d’un sens à donner à leur vie et d’un rôle à remplir. Ainsi, on fait la connaissance d’Etienne, ancien perchiste, gardien au Centre Pompidou, écrivant à la grand-mère qui l’a élevé, morte depuis trente ans… Des lettres qui arriveront (premier détour) chez la petite Louise, 12 ans, qui vit avec sa mère Sylvaine, la « veilleuse», ancienne ouvrière qui confiera bientôt Louise à Etienne. D’autres êtres les marquent, comme Samira, trop vite partie, ou Olessa, que Louise accueillera généreusement. Mais au-delà de ces existences en apparence paisibles, circulent, au cœur du texte, les blessures, les non-dits et les silences qui forment une trame subtile, parallèlement aux itinéraires intimes et «désorientés » des personnages, qui tous ont un lien très fort à l’écriture, à la mise en mots ou en scène du monde. Un monde dont ils s’accommodent, faute de mieux, mais qu’ils parviennent néanmoins à modeler de temps à autre à leur image. B. Longre (mai 2007)

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Le livre aujourd’hui, les défis de l’édition, de Claude Combet, Les essentiels Milan, 2007

Ce petit ouvrage dresse le panorama d’une industrie culturelle à la fois vaste et fragile (des grands groupes aux éditeurs indépendants), qui possède en tout cas une « importante capacité à se régénérer » - en témoignent le nombre de maisons d’édition (3000 environ en France), de celles qui naissent chaque année et le risque de surproduction actuelle. Après un court rappel historique, plusieurs thématiques sont abordées, pour la plupart économiques (le prix d’un livre, le statut des auteurs, le chiffre d’affaire de l’industrie, les diffuseurs-distributeurs, la délocalisation de certains sous-traitants, etc.), mais on s’intéresse aussi à l’avenir du livre et aux nouveaux supports envisagés (via la révolution numérique), ainsi qu’à la fameuse « exception culturelle » bien de chez nous (et la pléthore de prix littéraires – 1500 recensés en France aujourd’hui…). Un guide factuel fort utile, pour tous ceux qui s’interrogent sur les dessous de ce qu’ils lisent…
B. Longre (juin 2007)

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Un peu de fatigue de Stéphane Bourguignon, Les 400 coups, 2007

Édouard, dit Eddy, après avoir rompu avec sa femme et son fils, peut-il retrouver le bonheur de vivre dans le complet délaissement de soi, des autres, de son jardin, de sa maison, et même de sa propre fertilité? Telle est la question centrale de ce roman d’un auteur québécois dont le style alerte et la modernité de ton combinent habilement la distance humoristique et l’introspection.
Le personnage décrit son apparente folie, tout en laissant parfois la parole, sans crier gare, à son entourage immédiat. Une diversité de points de vue qui donne au récit une allure foisonnante, aussi foisonnante que le jardin qu’Édouard, ancien pépiniériste scrupuleux, laisse délibérément dans un abandon hautement symbolique. « Un air sauvage, hostile et vierge » : tel est le jardin, tel est le héros.
J.-P. Longre (mai 2007)

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The Cleft de Doris Lessing, Fourth Estate, 2007

Imaginez une tribu de femmes vivant hors du temps, passant leurs journées dans les vagues et accouchant de filles dans des cavités rocheuses surplombant la mer. Une communauté pacifique qui ne se doute pas que des « monstres » à naître vont peu à peu déstabiliser cette belle harmonie. En donnant la parole à Marcus, un vieux sénateur romain (dont le souci de rationalité et la rigueur toute latine sont singulièrement proches des nôtres) qui a entrepris de retracer les premiers pas de l’humanité en dévoilant des théories longtemps occultées par le pouvoir masculin, Doris Lessing a composé un éblouissant roman féministe au rythme lancinant, où ethnologie, psychologie, histoire et mythologie s’entremêlent finement et permettent de reconstruire la naissance de la pensée et de la curiosité humaines et des conflits entre les genres. La démarche de Marcus est empirique et presque socratique (il sait que rien n’est jamais certain) mais se fonde aussi sur des textes anciens, des récits transmis d’abord oralement, qui mettent en relief l’idée que le monde se serait construit en accumulant les histoires et les romans… B. Longre (mai 2007)

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La Chute de la Maison Usher, E.A. Poe, Nicolas Guillaume, EP, collection Atmosphères, 2007

Pour sa toute première bande dessinée, Nicolas Guillaume a choisi d’adapter un texte bien connu du répertoire fantastique. Les incontournables ingrédients de ce conte gothique (terreur, pitié, morbidité, malédiction, hallucinations…) ont été fidèlement conservés, et si le texte (la traduction de Baudelaire, baroque à souhait) a été tronqué, c’est pour mieux servir l’atmosphère – quand par exemple l’illustrateur propose quelques pages muettes où le travail graphique et la mise en page déstructurée se suffisent à eux-mêmes ; ailleurs, il joue habilement avec le noir de sa plume et le blanc du papier pour mettre en relief une silhouette, quelques branches nues, un visage tourmenté ou les courbes féminines d’un fantôme… Une interprétation visuelle réussie et torturée, qui laisse la place à l’imaginaire et à l’indicible tout en subsistant durablement dans l’esprit du lecteur. Pour les plus jeunes, une incitation à la lecture du texte lui-même, qui figure dans son intégralité à la fin de l’album. B. Longre (mai 2007)

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du même auteur

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La grande valse brillante de Drago Jancar, traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye et Zdenka Stimac, L’espace d’un instant, 2007.

Parue pour la première fois en 1985, puis en traduction française en 2005, cette pièce en trois actes, augmentée d’une préface éclairante d’Antonia Bernard, est une métaphore multiple (et la présence de deux « experts en métaphores », un vieux et un jeune, n’est évidemment pas un hasard). La transformation de Simon Veber, historien bon vivant enfermé dans un asile psychiatrique, symbolise non seulement la pression du totalitarisme, mais aussi celle de tout pouvoir, qui tente de modeler les individus malgré eux et, à tous les niveaux, la contrainte inhérente à la vie sociale. Rien ne peut y remédier, aucun retour en arrière possible : « Comment vas-tu le faire repartir en arrière maintenant, docteur, hein ? ». La musique de Chopin soi-même y pourrait-elle quelque chose ? A lire La grande valse brillante, on reconnaît l’art des grands dramaturges, ceux dont Drago Jancar, le plus notoire des écrivains slovènes contemporains, fait assurément partie. J.-P. Longre (mai 2007)

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du même auteur
La mémoire neuve
L'Olivier, 2003

Finn Prescott, de Jérôme Lambert, L’Olivier, 2007

Le narrateur, qui se retrouve un peu malgré lui à l’enterrement d’un cousin fort éloigné, décide de s’intéresser au mort et de reconstruire, à partir de bribes de conversations, l’histoire de Finn Prescott et de ses tâtonnements, des ses enthousiasmes d’un instant, de ses errances intellectuelles et de ses multiples personnalités… grand naïf, idéaliste, écrivain éphémère, médecin généraliste… et époux de Nina, une peintre en quête de perfection, qui finira par le quitter.
En dépit de ce que le narrateur (dont on ne saura pas grand-chose…) parvient à glaner, le héros éponyme reste un personnage de papier, nébuleux et morcelé, et des zones d’ombre subsistent, des non-dits qui fragilisent la véracité du récit lui-même. En s’emparant du genre de la «fausse biographie» (cher à William Boyd) et du roman d’apprentissage (qu’il détourne habilement), l’auteur compose un récit inclassable, presque hors du temps, où l’élégance de l’écriture, en symbiose avec le protagoniste, n’a d’égal que sa délicieuse ironie.
B. Longre (mai 2007)

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L’anglais, It is not the joy ! de Christiane Courbey, Chiflet & Cie, 2007

Personne n’a oublié Sky ! My husband ! le célèbre ouvrage de Jean-Loup Chiflet (ou John-Wolf Whistle pour les anglicistes…), où l’auteur s’amusait à traduire mot à mot proverbes, expressions figées et autres idiotismes, du français à l’anglais. Le répertoire que Christiane Courbey, professeure d’anglais en lycée, propose aujourd’hui, est né de cette rencontre avec Sky ! My husband ! et de l’usage qu’elle en a fait dans ses classes, en instaurant une « méthode ludique pour apprendre l’anglais » (selon Jean-Loup Chiflet, qui signe l’introduction) – méthode que d’aucuns jugeront fantaisiste, mais qui s’appuie pourtant sur l’idée efficace (et qui a fait ses preuves) qu’il faut exploiter les erreurs (ou les « perles ») des élèves pour les amener à progresser. Aussi, sous ses dehors humoristiques et inventifs, c’est un recueil très sérieux (et fort utile pour travailler lexique, syntaxe, etc.) que nous livre cette enseignante – on aurait malgré tout aimé qu’elle nous en dise davantage sur la manière dont elle procède au quotidien. A feuilleter sans restriction. B. Longre (mai 2007)

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Alain Gerber

Balades en Jazz d’Alain Gerber, Gallimard, Folio/Senso, 2007.

« Le jazz, pour peu que je n’aie pas raté ma vie, j’aurai vécu dedans. Les milliers de pages que je lui ai consacrées auront toutes été des lettres persanes. Les messages d’un candide qui, faute d’avoir les yeux en face des trous, voit trouble, voit du trouble partout, et, le cœur ému en permanence, n’a plus que des prodiges à contempler ». Juste avant cela, Alain Gerber dit avoir toujours voulu s’abstenir de « comprendre » le jazz. C’est pourquoi, après les sommes bio-romanesques auxquelles il nous a trop habitués pour qu’on n’en attende pas d’autres, il nous offre ces « balades », évocations impressionnistes de quelques-unes des grandes figures jalonnant les itinéraires d’une musique par laquelle « l’enfant qui rêvait d’être vieux », le jeune Alain soi-même, fut délivré de ses illusions. Promenons-nous avec lui le long des ces chemins forestiers et sinueux, guidés par les mélodies et les rythmes des mots et des sens.
J.-P. Longre (mai 2007)

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Che Guevara, fils prodigue de la révolution, Philippe Godard, Syros, 2007

Après Marcos sous le passe-montagne, Philippe Godard (auteur engagé, qui dirige aussi la collection J’Accuse ! chez le même éditeur) fait le portrait d’un personnage universel, « véritable mythe du XXe siècle », dans un documentaire qui alterne discours (dont celui que le Che fit en 1964 devant les Nations Unies, jamais traduit dans son intégralité en français jusqu’alors), récits, explications contextuelles, historiques et biographiques. L’auteur revient aussi sur certaines idées reçues, en refusant de s’arrêter à la légende (qui « simplifie à l’extrême une vie et une pensée politique touffues. ») et met l’accent sur les actes, les paroles et les aspirations pragmatiques d’un humaniste souvent obstiné, jusqu’au-boutiste et malgré tout militariste, loin de l’image idéalisée du héros argentin naturalisé cubain en 1959. Un ouvrage qui séduit par la clarté du propos et la démarche volontairement objective et nuancée de Philippe Godard. B. Longre (mai 2007)

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du même auteur

Losing You de Nicci French, Penguin, M. Joseph, 2007

Le dernier thriller du couple Nicci (Gerrard) et (Sean) French, qui se déroule sur moins de vingt-quatre heures, dans un lieu clos (une île), tient presque de l’exercice de style – en dépit d’une intrigue un peu faiblarde, qui ne possède pas l’ambiguïté des précédents romans et se révèle finalement décevante. Losing You se résume simplement : quelques heures avant son départ en vacances, Nina s’inquiète de l’absence imprévue de sa fille de 15 ans, Charlie – une adolescente pas plus perturbée qu’une autre et dont sa mère croit tout savoir. Personne ne prenant sa disparition au sérieux, Nina, désespérée, mène une enquête solitaire, découvre des zones d’ombre inattendues, tandis que tout semble se liguer contre elle – le classique procédé de l’engrenage, là encore efficace. L’étude de cas psychologique est réussie, le sentiment d’oppression bien construit, et le suspense est maintenu de bout en bout, mais certaines scènes particulièrement émotives manquent de subtilité et sont pétries de bons sentiments (des clichés qui ne pardonnent pas, comme celui l’amour maternel plus fort que tout…). Les amateurs du genre passeront néanmoins quelques bons moments palpitants, en attendant le suivant… B. Longre (mai 2007)

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L'ange au gilet rouge de Pierre Autin-Grenier, Gallimard, L’arpenteur, 2007

Huit nouvelles, dont deux publiées antérieurement en volumes propres. Huit textes aux confins du fantastique. Du réel naît l’énigme, de l’énigme l’étrange, de l’étrange l’étonnement devant les dénouements qui abandonnent le lecteur à son imaginaire. Un ange, un nain, une statue géante, un double assassin de soi-même, des fuites éperdues vers on ne sait quoi depuis on ne sait où, des crimes familiaux… Peuplés d’êtres et d’événements hors normes et pourtant bien là, présents dans l’ici-bas, ces récits sont aussi – et surtout – portés par une écriture prenante, qui nous met individuellement en présence des faits, qui nous les impose. Et plus on avance, plus on se dit que sans cette écriture, ils ne seraient pas nôtres, ces êtres et ces événements. Nous aurions tout manqué.
J.-P. Longre (mai 2007)

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