< littérature - février mars 2004>

 

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dernières brèves

avril-mai 2004

 

L'éditeur
L'auteur

Élisa de Jacques Chauviré, Lettres sur cour, Le temps qu’il fait, 2003

Élisa est un livre précieux. Objet soigné, dont on a un plaisir charnel à toucher et à feuilleter les pages après avoir observé la belle illustration de couverture où le peintre Truphémus suggère, dans la délicatesse des formes, des mouvements et des couleurs, les tremblements quasiment sensuels de l’émotion. Émotion qui baigne l’histoire, aux allures nettement autobiographiques (mais est-ce le plus important ?), d’un petit garçon de 5 ans – dont le père est mort à la guerre de 14 – en quête d’amour auprès d’une douce jeune fille de 18 ans. Émotion délicate que suscitent les souvenirs d’un vieil homme restituant dans la lucidité des mots l’atmosphère, les sentiments, les gestes, les paroles et les silences d’un lieu et d’une époque dont une rencontre tardive pourra profiler le retour éphémère. La lecture d’Élisa ne s’arrête pas au dernier mot du texte : entre attachement et bouleversement – c’est selon – ce récit bref et apparemment simple sollicite forcément quelque chose dans les mystères de la mémoire.
J-P. L. (mars 2004)

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le site de la revue

SEINE ET DANUBE n° 2, mars 2004, L’esprit des Péninsules.

La revue qui, dans le domaine de la littérature, se veut lieu d’échange entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest, publiée avec le concours du Centre culturel roumain de Paris, semble maintenant sur ses rails. Sur le même principe et avec la même qualité (dans la forme et dans le contenu) que le premier numéro, ce deuxième est consacré pour sa majeure partie à un dossier, portant ici sur Benjamin Fondane qui, comme Cioran (voir le n° 1), est de ces écrivains qui sont passés volontairement de la langue roumaine à la langue française. Venu de Iasi (Jassy), mort à Auschwitz en 1944, Fondane fut l’un des grands poètes, critiques, hommes de théâtre et philosophes de langue française dans l’entre-deux-guerres. Quelques spécialistes, parmi lesquels Mircea Martin, Ion Pop, Nicolae Bârna… apportent leur contribution à sa connaissance. Ce numéro, comme le précédent, se termine par quelques pages de « critiques » sur des parutions récentes, couronnées par les « Frappes chirurgicales » de Dumitru Tsepeneag, toujours percutantes. J-P. L. (mars 2004)

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Trois figures du malin de Christian Cottet-Emard (Orage-Lagune-Express, 2004)
L'éditeur

Poète, essayiste, romancier, Christian Cottet-Emard coule aisément son écriture dans le récit bref et mystérieux. Ces incarnations du diable (et aussi de sa malignité), sous la forme de trois nouvelles, illustrent trois étapes de l’existence : le changement d’identité pour « L’auteur », le « démon du retour » pour un invétéré fumeur de cigares, la mort et la destruction pour « Le pire ennemi »…
Un beau fantastique, qui dans son opacité jette une lumière noire et envoûtante sur la vie humaine.
J-P. L. (mars 2004)

du même auteur : Le Grand Variable (EditInter, 2002)

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L'éditeur

Les Nègres du traducteur de Claude Bleton (Métailié, 2004)

Les bons et loyaux services rendus par Claude Bleton, traducteur de renom, aux écrivains espagnols, valaient bien une vengeance : c’est chose faite, et drôlement bien faite, avec Les Nègres du traducteur, son premier roman, dans lequel un poivrot loquace raconte sa vie de traducteur “post-moderne” ambitieux, bientôt convaincu que “les auteurs sont les faire-valoir des traducteurs”... Sous l’effet de la dive bouteille, sa verve se déploie et épingle tour à tour écrivains paresseux, éditeurs véreux, critiques littéraires prétentieux et lecteurs trop attentifs (!), dans un récit piquant où s’entremêlent dialogues désopilants et retournements de situation ingénieux. Le coup de génie (traduire avant d’écrire) s’appuie sur un style léger et subtil qui fait de ce court texte une lecture intelligente et fort plaisante. On rit !
N. C. (février 2004)

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voir aussi Chet, d'Alain Gerber

Sur les Traces de Chet Baker de Bill Moody (Rivages/Noir, 2004)

Rares sont les bons livres sur le jazz ou sur les musiciens, écrits par des jazzmen. Ici, l’auteur (batteur) raconte brillamment l’enquête d’un pianiste détective sur les derniers jours - et les raisons de la mort - du génial trompettiste. Roman policier passionnant, sans violence gratuite mais au suspense prégnant, qui donne une vision intimiste du jazz et du caractère de Chet. Les personnages sont attachants, notamment un saxophoniste exilé à Amsterdam (on pense à Ben Webster) et l’atmosphère de la ville est bien restituée.
Bill Moody a publié trois autres ouvrages dans la même veine mais non traduits : Death of a Tenor Man (1995), enquête sur la disparition de Wardell Gray, Sound of the Trumpet (1997), enquête sur un disque de Clifford Brown et BirdLivest (1999) sur Charlie Parker. On espère des traductions prochaines.
J.C. (février 2004)

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160 pages, 15 euros le numéro
(Actes Sud / La pensée de Midi)
Le site de la revue

La Pensée de Midi - numéro 11 - Hiver 2003-2004

Après un numéro estival consacré aux « Frontières », cette belle revue éclaire notre hiver : un parcours culturel, historique et philosophique à travers une cité éternelle, Athènes, « puissance imaginaire défiant l’histoire », aux multiples facettes ; un voyage dans le passé pourtant tourné vers l’avenir et les mutations urbaines. On trouvera dans cet ouvrage, kaléidoscope plutôt qu’étude exhaustive, un portrait d’Athéna, une promenade dans les quartiers de la cité, un échange gastronomique, un article portant sur le théatraki ; mais il est aussi question d’art contemporain, de musique, de cinéma, de sport (les prochains jeux se dérouleront à Athènes) et bien sûr de littérature, avec un portrait de Mania Karaïditis, « sorte de Gaston Gallimard grec au féminin ».
De même, l’éditorial de Thierry Fabre se doit être lu : le rédacteur en chef s’insurge contre le vide culturel et la culture du vide qu’entretiennent certains media et politiques… Il voit La pensée de Midi comme « une utopie, une coalition d’imaginaires qui refuse de se soumettre à l’uniformisation culturelle et au populisme télévisuel. » et on lui sait gré de cet engagement. B.L. (février 2004)

voir aussi : n° 13 (été 2004) La cuisine, un gai savoir

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L'éditeur

Caza

Scènes de la vie de banlieue, intégrale - de Caza
les Humanoïdes Associés, 2003

Les planches regroupées ici ont été créées entre 1972 et 78 par un révolutionnaire de la BD, Caza (auquel on doit aussi Gandahar et Les Enfants de la Pluie) : une oeuvre visuelle essentielle, sous-tendue par un imaginaire psychédélique, qui ne recule devant aucune insolence, subversion ou détournement. L'auteur y exploite sa propre personne pour refaire le monde, dénoncer les dysfonctionnements de la vie moderne et un consumérisme dévorant ; il rêve tout haut d'un univers débarrassé de ses HLM et de ses occupants (dont Marcel Miquelon, esquisse du Bidochon à venir), ne cesse de proposer des contes oniriques dont l'absurdité ou la violence ne sont que le reflet de la triste réalité, et se pose parfois en justicier moderne... Sans que l'on puisse l'accuser de narcissisme, tant la parodie et l'autodérision sont omniprésentes. La force de l'engagement va de pair avec le foisonnement des textes, les superbes mises en couleurs et la beauté graphique de chaque planche : un excellent parcours à travers les années 70, une lecture d'une drôlerie imbattable, bref, un classique. B.L. (mars 2004)

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le site de l'éditeur

L’été dernier, la direction de la collection Théâtre des Impressions Nouvelles (lancée en 2003) a été confiée à Christian Rullier, (lui-même auteur et scénariste) qui définit ainsi l’objectif de cette entreprise : « redonner au texte théâtral son statut de littérature à part entière (…) Une renaissance du théâtre peut et doit venir de l’écrivain, de l’auteur, du poète. » Le passage par le texte est une démarche incontournable pour qui veut vraiment comprendre et apprécier l’art dramatique ; une initiative que nous soutenons, en continuant à chroniquer des mises en scène mais aussi des textes dramaturgiques hors du contexte de la représentation (voir Signé Dumas de C. Gély et E. Rouquette, entre autres).
La collection s’enrichit ce mois de nouveaux titres, trois textes contemporains francophones : un recueil de pièces signées Natacha de Pontcharra (Mickey-la-torche, Dancing et L’enfer c’est un paradis qui brûle), Diogène le cynique, une comédie en alexandrins de Jacques Rampal et Au beau milieu de la forêt de Katja Hunsinger, jeune dramaturge d’origine allemande. Des chroniques en perspective sur Sitartmag… (février 2004)

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L'éditeur

Les hommes en général me plaisent beaucoup
de Véronique Ovaldé (Actes Sud, 2003)
Lili, cette nuit-là, voit les animaux sortir du zoo. Le problème, c’est qu’elle est la seule à les voir déambuler dans la rue. Alors forcément, quand elle nous parle des mystérieuses apparitions de ce Yoïm qui l’aurait initiée à la vie, on se dit que rien ne va plus pour elle. Surtout quand elle raconte son enfance, ce père méchant et abruti par les diatribes d’un parti nazi qu’il fréquente, cette mère impuissante et décédée brutalement, son petit frère, fragile, qui ne comprend à cette vie sans queue ni tête, et finalement Yoïm, le sauveur, celui qui va tout lui apprendre : le sexe, la dope, l’amour, la dépendance. Véronique Ovaldé mélange les genres jusqu’à ne plus distinguer l’hallucination des choses réelles. Elle parle du désir de liberté qui consume la petite Lili, de ce désir qui l’emmènera donc dans les bras de Yoïm, le libérateur, mais qui en même temps la perdra. Avec cette histoire, Véronique Ovaldé renoue ainsi avec les conflits intérieurs des héros de la tragédie et propose une histoire déchirante qui ne peut laisser insensible par la poésie qu’elle dégage. D.P. (février 2004)

L’auteur était présente à la 18ème Fête du Livre de Bron le dimanche 7 mars 2004 http://www.ville-bron.fr


L'éditeur

Mémoires d'un ours de Françoise carré (Arléa, 2004)

En dépit des apparences, ce petit livre de souvenirs imaginés par Françoise Carré n’est pas destiné à de jeunes lecteurs – même s’ils pourront apprécier la drôlerie de quelques passages – mais bien à des adultes, qui retrouveront là une part perdue d’eux-mêmes, admirablement capturée par l’auteure.
Ces mémoires toutes particulières sont celles d’un ours en peluche, d’un «doudou» irremplaçable dans le cœur du petit Nathan. L’ours parle de lui, de ses tendres échanges avec l’enfant, raconte comment Nathan s’est attaché à lui puis se détachera nécessairement. De belles réminiscences nostalgiques qui se lisent avec plaisir, empreintes d’une philosophie sereine, celle de l’acceptation ; accepter son destin de peluche, en sachant que l’on sera abandonné un jour, relégué dans les profondeurs de la mémoire : « Je ne serai plus que l’image, charmante, désuète, de sa petite enfance (…) Et parmi ses souvenirs, je m’appliquerai, ardemment, à devenir Son souvenir. »
B.L. (février 2004)

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Espace Pandora

Bérénice

Citoyen Robespierre de Thierry Renard (Ed. Bérénice, 2004)

En 1989, Thierry Renard (poète, écrivain, fondateur de la revue Aube avec Patrick Vighetti et créateur de l'Espace Pandora) proposait 150 chroniques révolutionnaires sur une radio locale lyonnaise ; les bandes sonores ont été perdues mais l'auteur a repris ses notes et les a rassemblées ici. Cet ouvrage, qui participe d'un mouvement de réhabilitation de celui que l'on surnommait l'Incorruptible, se présente à la fois comme une biographie, un assemblage de dates et de réflexions personnelles, de poèmes et de citations "rêvées" par T. Renard. Démocrate avant l'heure, la "voix des pauvres" et du peuple, Robespierre écrivait déjà : "C'est à l'opinion de juger les hommes qui gouvernent, et non à ceux-ci de maîtriser et de créer l'opinion publique", des propos qui ont traversé les siècles, sans rien perdre de leur vérité... Ce n'est pas un hasard si les Editions Bérénice (dont la devise est empruntée à Andrée Chedid - "Ensemble, tout sera possible. Ensemble, nous mettrons ce peuple debout.") publient ce texte profondément engagé, politiquement et poétiquement, un ouvrage que les avant-propos de J.-M. Platier et V. Staraselski complètent intelligemment. A lire en contrepoint de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges... B.L. (février 2004)

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La femme dans le frigo de Gunnar Staalesen (Gaia, Polar, 2003)

La Scandinavie, quand on n'y pense pas sérieusement, si l’on devait la résumer, comme ça, on dirait : des peuplades nordiques, une vaste terre où le froid envahit les longues vallées tortueuses, une contrée lointaine qui tourne au ralenti. Au mieux, on y est allé en touriste, et on a vraiment vu, ou bien on a lu le Suédois Henning Mankell, l'un des rares Européens à rivaliser avec les grands Américains dans le rayon polar. C’est un autre visage de la Scandinavie que donne à voir la maison d’édition Gaia. Deux productions récentes jouent avec les invariants du polar en mettant en scène la Scandinavie profonde. A lire donc : La femme dans le frigo, de Gunnar Staalesen, enquête de Varg Veum, héros de l’auteur, détective privé de son état, indépendant dans l’âme, et surtout doté d’un flair qui lui permet régulièrement de se sortir du pétrin dans lequel il se fourre, dans la lignée des grands classiques. Dans la même collection Les cafards, de Jo Nesbø. .D.P. (février 2004)

Le mardi 2 mars 2004, à partir de 18h
Rencontre et signature avec Jo Nesbø et Gunnar Staalesen à la librairie L'écume des Pages, 174, bd Saint Germain, 75006 Paris. L'éditeur

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Le site de l'éditeur

Le Sol de Mars et autres photographies de Bruno Gibert (Ed. Stock, 2003)

Si vous croyez qu’à l’heure de mourir vous verrez toute votre vie défiler, et si vous voulez vous entraîner pour cette vertigineuse débauche d’images, Le Sol de Mars et autres photographies vous attend. 580 photographies y sont suggérées en autant de “petits clichés en prose” ; photos d’un peu partout (Cartier-Bresson, Xstars magazine, Artpress, Le Monde, Doisneau, Paris-Match...), puis photos de famille, se relaient au hasard, instants figés, anonymes, hors contexte, voire sans vie (mystérieuses phrases affirmatives ; ni exclamation, ni interrogation, ni suspension...). Sans ordre ni unité, aplatis dans un style à deux dimensions, ces clichés évoquent avec très peu de mots et sans émotion l’intime, l’historique, le vulgaire, le dramatique, le quotidien... L’Idolâtrie ambiante (culte de l’image) impose ses maigres lois à l’écrit. Un livre qui s’adresse à l’inconscient de chacun ou, comme une présentation encyclopédique-pointilliste de la vie humaine moderne... à des Martiens. N. C. (février 2004)

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L'éditeur

Danseur de Colum McCann (Belfond, 2003)

Nouréïev, pour de vrai, dans un roman.
C’est le pari qu’a réussi l’américain Column MacCann qui n’en est pas à premier coup. Déjà remarqué avec Les saisons de la nuit (1998), l’auteur nous plonge cette fois dans la vie de Rudolf Noureïev. Outre la construction originale du livre, porté par une succession de regards qui se croisent, c’est par son humanité que ce livre se remarque. Parce qu’il nous donne accès à ce qu’il y a de plus vrai dans la vie de Noureïev, cette ambition dévorante pour la danse, cette flamme qui le portera jusqu’aux sommets, qui le poussera à quitter la Russie communiste et sa famille, au risque d’être traîné dans la boue. Tout cela pourquoi ? Danser. Mais c’est aussi aux coulisses de cette vie d’artiste que MacCann s’intéresse, cette vie souterraine, faite de blessures, de désespoir, de tumultes, d’excès, de sexe, de fêtes, d’abondance. Une vie baroque, où chaque moment de plaisir est un moment volé à la mort. Et nous entrons alors avec Noureïev dans ce tourbillon d’énergie, dans cette danse. D.P. (février 2004)

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