< été 2005 >

 

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dernières brèves

rentrée littéraire - septembre 2005 & derniers articles

 

L'éditeur

L'auteur

Les Saônes de Catherine Zambon Lansman, coll. « Nocturnes théâtre », 2005

Plusieurs Saônes couleraient-elles aux abords des vignobles qui s’étendent jusqu’à la plaine ? L’une d’entre elles remonterait-elle jusque derrière la maison de Georgie et de sa tante Denna, transportant le fantôme menaçant du Queyron, le grand-père mort noyé il y a dix ans ?
En une nuit de tragédie mystérieuse, une famille et son entourage, à l’occasion de la disparition de l’un des membres, va faire surgir le passé.

Dans le respect des unités classiques (temps, lieu, action), en dialogues vifs et en monologues poétiques, les personnages lèvent peu à peu les secrets qui les oppressent et qu’ils n’osaient s’avouer. Les Saônes n’en feront finalement plus qu’une, laissant émerger, peut-être, la vie qui continue – et c’est bien le rôle du théâtre que de faire émerger la vie.
J-P.L. (août 2005)

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L'éditeur

Quand la viande parle de Bruno Allain, Les Impressions Nouvelles, Théâtre, 2005 - Courtes pièces crues ou saignantes à dévorer au choix mais sans modération.

Sang, sexe et scène…
La « viande » serait-elle douée de parole ? Dans cet excellent recueil de vingt-six saynètes (de A à Z) l’auteur ne cesse effectivement de mêler langage du corps et langage tout court : et quand la chair prend la parole, fait taire l’esprit ou le coeur, et que l’instinct (passions, frustrations, désespoir…) l’emporte sur la raison, ce qu’il peut s’ensuivre est imprévisible. Les duos ou trios qui défilent sous nos yeux ne sont pas nécessairement des désaxés irrécupérables et les déséquilibres que dépeint Bruno Allain peuvent s’abattre, semble-t-il dire, sur chacun d’entre nous ; attachements et séparations, lâchetés et solitude, illusions sentimentales et relations de pouvoir, l’auteur décline tout cela avec habileté et propose un échantillonnage non exhaustif des travers et des dysfonctionnements inhérents à la condition humaine, entre réalisme cru, grotesque et cynisme, y ajoutant une critique acide du consumérisme ambiant… de quoi se régaler. B.L. (août 2005)

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Jean Louvet
L'éditeur

Pierre Harmignie, Numéro 17 – Prêtre de Jean Louvet, Armand J. Deltendre, Lansman, 2005

En août 1944, les rexistes (pro-nazis belges), en représailles d’un attentat contre l’un d’entre eux, assassinèrent vingt otages pris dans la population de la région de Charleroi. Ce massacre a déjà été évoqué en 1994 dans une pièce de Deltendre et Louvet, La Nuit de Courcelles.
Au nombre des victimes, le doyen Pierre Harmignie, prêtre au charisme et à la piété exemplaires, est ici la figure centrale. Fidèle à ses convictions pacifiques et à sa foi sans faille, il reste jusqu’au bout un modèle proche de la sainteté. C’est ce que met en valeur cette pièce, où les dialogues alternent, à l’antique, avec les prières poétiques, les chants du choeur et les invocations du récitant, donnant à l’ensemble la structure et la gravité d’une véritable tragédie moderne. J-P.L. (août 2005)

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L'éditeur

Dictionnaire illustré du rock (sous la direction de C. Goffette), Larousse, 2005

Ce dictionnaire au format souple et pratique, ponctué de dizaines de photographies en couleur, propose plus de 1000 entrées : musiciens, interprètes et groupes, avec encarts spéciaux réservés aux mouvements musicaux – du Glitter rock à la Fusion, en passant par le grunge et la new wave… Prudence, donc : l’appellation « rock » est à prendre ici dans son sens générique, Christophe Goffette expliquant qu’il ne peut en être autrement : «un terme complètement galvaudé (…) par extension, quoi ou qui que ce soit peut être rock. » Les choix ont donc été effectués à la fois « scientifiquement » mais reposent aussi sur des critères affectifs difficiles à écarter, l’un des objectifs avoués des rédacteurs étant de transmettre leur passions musicales ; de même, il est nécessaire d'éveiller la curiosité des plus jeunes et cet ouvrage, outil transgénérationnel de qualité, s’attache à l’idée qu’il faut « comprendre les pionniers pour mieux appréhender ses contemporains. » tout en conservant une certaine ouverture d’esprit face aux descendants des premiers « rockers ». B.L. (août 2005)

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L'éditeur

L'auteure

The River House de Margaret Leroy, Little, Brown, 2005

La quatrième de couverture (annonçant « Une aventure. Un secret. Une cachette parfaite. Un meurtre. ») incite à penser que l’on entre dans un roman noir. En réalité, l’affaire criminelle en question ne constitue pas la trame essentielle de ce roman sans surprises : l’on suit le parcours semé d’embûches émotionnelles de Ginnie, psychologue pour enfants, délaissée par un conjoint universitaire plongé dans ses travaux ; c’est ce qui l’incite, entre autres, à entamer une histoire d’amour (avant qu’il ne soit trop tard…) avec un policier, un homme dont elle ne sait quasiment rien et dont la présence lui est pourtant nécessaire. Ils se rencontrent régulièrement mais cette vie parallèle, censée demeurer dans l’ombre, prend bientôt le pas sur l’existence jusque là paisible de Ginnie, l’obligeant à faire face, seule, à son devoir.
Le ton légèrement moralisateur du roman n’ôte en rien les tensions multiples qui s’accumulent, mais c’est surtout un troisième personnage inattendu, au flux imprévisible et toujours métaphorique - la Tamise - que le lecteur suivra avec le plus d’attention.
B.L. (août 2005)

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L'éditeur

Correspondance de Sylvaine Rodrigues, Ed. Bénévent, 2004

La polysémie du titre autorise la mise en place de multiples liens entre ces nouvelles – un recueil qui se lit aussi comme un roman, chaque récit se focalisant sur un personnage, pour le laisser à l’arrière plan dans le récit suivant… C’est ainsi que se créent d’improbables croisements, à la façon, dans un tout autre registre, d’un petit Short Cuts aigre-doux, oscillant entre nostalgie (Un bout de chemin ensemble), absurde (Un train d’enfer) ou cocasserie (Pigeon Vole !)… Des rencontres fortuites ou planifiées qui ne durent souvent que quelques instants, une manière de rappeler l’éphémérité des liens entre les êtres. Certaines histoires ont parfois un petit goût d’inachevé, mais l’ensemble comporte une fraîcheur candide et un optimisme lucide assez rares pour être signalés… B.L. (août 2005)

La nouvelle Correspondances a été publiée dans l’ouvrage ‘Prix Philippe Delerm Adultes 2003’ aux éditons du Valhermeil.

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L'éditeur

voir aussi : Anna K. de Martí Rosselló

Le saut de l’ombre de Mercè Ibarz, traduit du catalan par Annie Bats, Tintablava, 2005

Irene, journaliste, voit son retour à Sarajevo retardé : son grand-père Andreu vient de mourir et, dans son village natal, elle s’efforce de découvrir « le jardin secret et sauvage des derniers jours du vieil Andreu », revenant sur le passé de sa famille d’agriculteurs, sur la mort du cousin Daniel et d’un oncle, tous deux victimes des tracteurs, machines de progrès et de mort… Mais malgré les évolutions techniques (que certains subissent, désespérément), les modifications sociétales (l’exode de la jeunesse) et l’absurdité du système économique (de la pénurie à la surabondance), la vie paysanne, vécue au fil harmonieux des saisons, contraste avec ce qu’elle a vu de la guerre qui détruit la Yougoslavie ; en surface, seulement, car : « Un paysan ne peut pas s’en aller ailleurs avec la terre, une Musulmane de Bosnie non plus. » Ce séjour bref mais intense, Irene en fait un pèlerinage, un retour initiatique aux sources de sa terre, et Mercè Ibarz en fait un roman poignant, nostalgique mais lucide, oeuvre dont la belle cadence est en phase avec le lent déroulement des pensées d’Irene. B.L. (août 2005)

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L'éditeur

Le Lait d'Ivan Kataïev, L'âge d'homme, 2004

Chef d'œuvre de subtilité et de plurivocité, Le Lait est un court récit raconté dans un style haut en couleurs par un instructeur simplet, dans la Russie communiste des années 1930. Ivan Kataïev, disparu en 1937 du fait des répressions staliniennes, évoque dans cette nouvelle située dans un kolkhoze la fin de la paysannerie sage et heureuse : seuls demeurent des paysans grossiers et insensibles. Plus encore, c'est le XIXème siècle révolu, et par là tout le destin de la Russie moderne, qu'exprime ce drame romantique écrasé par la collectivisation socialiste : aux très belles images d'un lyrisme en phase avec la nature se mêle une langue de bois politicienne, laborieuse jusqu'à l'absurde, et le lait, magnifié tantôt comme symbole de vie et de pureté, n'est déjà plus source que d'argent et d'ascension administrative...
N.C. (août 2005)

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L'éditeur

Transgressions de Sarah Dunant / Virago Press 1997 - Paperback edition 2005

Qui pourrait vouloir du mal à Elizabeth Skorvecky, séduisante traductrice londonienne d’origine tchèque, célibataire depuis peu ? De la disparition incompréhensible de son CD préféré au saccage de son bureau, symboliquement barbouillé de ketchup, les incidents étranges se succèdent à un rythme inquiétant. Sont-ils le fruit d’une angoissante réalité – la présence d’un violeur en série dans le quartier, - ou d’une imagination déréglée par ce polar gore sur lequel elle travaille jusqu’à l’obsession ?
Sarah Dunant, journaliste mais également spécialiste de thrillers féministes haletants fournit assez rapidement la réponse au cours d’une scène de viol mémorable où la peur se mêle à l’érotisme.
Les rôles s’inversent alors, la victime menant la danse et l’intrigue s’engage dans une voie inattendue. Quelle sera l’issue de ce jeu dangereux ?
Regrettons simplement que sur la fin, l’ambiguïté morale qui fait tout l’intérêt du roman se dissolve dans des réactions plus convenues.
F.C. (août 2005)

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Un droit fixe et garanti pour tous

Un collectif de professionnels du livre constate que « l’essor de l’économie du livre ne profite pas à tous», mais seulement à quelques écrivains et illustrateurs ; ainsi, dans un système qui ne « permet plus la juste rétribution de la création », le collectif demande la mise en place d'une loi visant à établir un droit d'auteur fixe et garanti : 0,50 centimes s’ajoutant « au droit d'auteur proportionnel et qui assurera un seuil de rémunération correct pour tout exemplaire vendu. » Une façon équitable de reconnaître le travail des créateurs, qui posent la question : « qu’est-ce que le prix du livre s’il ne permet pas la rémunération de la création ? ».

Pour soutenir cette action ou tout simplement s'informer : http://droitfixe.free.fr/

Le Collectif est animé par Marc Cantin, Sarah Cohen-Scali, Stéphane Girel, Olivier Latyk, Thierry Lenain, Catherine Louis, Frédérick Mansot, Yves Pinguilly, Bernadette Pourquié.
Formé à l'initiative d'auteurs jeunesse, le collectif est ouvert à tous les professionnels du livre.

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L'éditeur

Homme du Sud, Femme du Nord de Wang Chao, traduit du chinois et annoté par Françoise Naour, Ed. Bleu de Chine (Chine en poche), 2005

Ce « petit roman », touchante histoire d’amour, se lit d’une traite tant paraît incertaine la destinée des protagonistes ; mais au-delà de l’évocation des sentiments naissants entre Zhao Jie (travailleur migrant exploité sur un chantier de la capitale) et la « femme du Nord » (une jeune veuve qui vend à la sauvette des cigarettes sur un étal improvisé), c’est un portrait d’une Chine «d’en bas» que fait l’auteur, d’une frange (importante) de la population, écartée du grand rêve capitaliste (et de ses tentations bien volatiles) et pourtant déterminée à survivre. Fresque poético-sociale d’un monde de transitions, où c’est à travers l’amour partagé que les personnages accèdent à une stabilité que le nouvel ordre (ou chaos ?) social leur refuse, Homme du Sud, Femme du Nord met implicitement en parallèle le macrocosme et le microcosme, inséparables - tout comme les deux personnages éponymes, dont la sincérité lucide, la vaillance et l’espérance apportent au roman une indéniable légèreté.
B.L. (juillet 2005)

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