| Anne
Sexton, Weston, MA, 1973
D'un
langage à l'autre
Des années
durant, Nancy Crampton a photographié des écrivains
(anglophones pour la plupart) et cet ouvrage retrace quasi chronologiquement
les étapes de ce parcours mû par une détermination
sans failles ; l’artiste, aujourd’hui photographe officielle
du Unterberg Poetry Center de New York, a capté en noir et
blanc la surface de visages plus ou moins connus (selon le degré
de médiatisation de chaque auteur et sa volonté de
s’effacer ou non derrière ses écrits...) Plus
d’une centaine de clichés grand format recouvrent les
pages de droite tandis que sur la gauche, en regard, figurent quelques
écrits soigneusement sélectionnés par la photographe
(extraits d’essais, de conférences, d'entretiens ou
de réflexions personnelles de l’auteur photographié),
qui permettent de confronter (souvent indirectement) le textuel
au visuel, de donner une « image » - justement –
textuelle de chacun, laissant sur la page une trace linguistique
leur appartenant en propre, contrairement à leur portrait.
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| Conjointement
à la parution de l'ouvrage, trois expositions
à Boston, Los Angeles et New York :
Boston
/ jusqu'au 3 décembre 2005
Boston
Athenaeum
10 1/2 Beacon Street, Boston, MA 02108
Los
Angeles / jusqu'au 2 avril 2006
Los
Angeles Public Library
630 W. 5th Street, Los Angeles, CA 90071
New
York / jusqu'au 10 déc. 2005
Leica Gallery
670 Broadway, New York, NY 10012 |
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Panorama
éclectique, certes, mais que sous-tendent les fils
conducteurs entrelacés de l’écriture
et de la lecture (d’images ou de mots). Impossible
de s’étendre ici sur chaque portrait, de les
décrire tous, mais derrière les façades
de ces visages et de ces regards, pour la plupart fixant
sans détours l’objectif, on lit nécessairement
autre chose, une substance qui émane en partie de
ce que l’on sait (ou devine parfois implicitement)
de la profondeur de leur travail. Le sourire presque gêné
de Nelson Algren (qui raconte que devenir écrivain
fut pour lui presque accidentel), celui plus chaleureux
de Paul Theroux (dont il faut retenir l’humilité
des propos : «Je suis l’ombre. Ma fiction
est la substance.») ; la grâce naturelle
et très posée d’Alice Walker, le regard
profond, questionneur, de Doris Lessing, celui plus pensif
et détaché de Jumpha
Lahiri ; ailleurs, on découvre un John Cheever
plongé dans ses pensées, comme en train d’échafauder
sa prochaine histoire, la tranquille assurance de James
Baldwin (pour qui la littérature, acte politique,
peut changer le monde). Ian McEwan,
Chinua Achebe, Robert Lowell, Gunter Grass, Truman Capote
(figé pour l'éternité trois mois avant
de mourir), Maya Angelou, Margaret
Atwood, Philip Roth… romanciers, poètes,
dramaturges se succèdent et chacun de revenir sur
ses débuts, la genèse de son travail, son
expérience de l’acte d’écriture,
le processus de création (qui souvent précède
l’écriture, comme l’explique très
simplement Edward Albee) quelques anecdotes ou encore sa
vision du monde, ses influences littéraires, le regard
porté sur la fiction en général.
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Les
portraits révèlent de nouvelles facette de ces artistes
appartenant à plusieurs générations (Nancy
Crampton photographie depuis le début des années 1970),
à différentes cultures, mais pourtant tous liés
par leur langage commun, le littéraire, un et multiple, comme
en témoignent explicitement les deux photographies choisies
pour ouvrir l'ouvrage (le profil d'Isaac Bashevis Singer dans l'acte
d'écrire) et le clore (douze clichés rectangulaires
d'un Studs Terkel dans le feu de l'action, en train de raconter
une histoire que l'on ne peut qu'imaginer). Il émane de cette
rétrospective plurielle un classicisme certain, une formalité
(celle du cadre, de la prise de vue et du noir et blanc) qui rejoint
un désir évident de canonisation et d'historicité,
sans pour autant que l'artiste ne cède à la tentation
de la sophistication ou de l'artifice - peu ou pas de "mise
en scène" ici ou de préméditation (ou
alors volontairement déguisée) de la part de Nancy
Crampton : les portraits, en grande majorité, ont été
réalisés dans l'environnement immédiat des
écrivains et très rarement en studio ; le parti pris
du in situ confère à l'ensemble une spontanéité
paradoxale, de même qu'une sérénité générale
qui inspire ces mots au poète Mark Strand : "Nous
regardons peut-être un visage photographié mais ce
que nous ressentons, c'est la présence attentive de Crampton."
B.
Longre
(octobre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

The
Quantuck Lane Press (maison
d'édition - spécialisée dans les beaux livres,
la photographie, les arts visuels et les arts su spectacle - créée
en 2000 par James L. Mairs, longtemps directeur littéraire
chez Norton.)
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Lane Press
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