Opéra en trois actes et quinze scènes
d’Alban Berg

du 14 au 30 octobre 2003
Opéra national de Lyon

Direction musicale Lothar Koenigs

 

Contemporain de la Grande Guerre, par quoi s’inaugure le XXème siècle, Wozzeck en est la créature hallucinée, sans-grade promis à toutes les servitudes.
Domestique de son capitaine, Wozzeck sert aussi la Science, livré aux expériences du Médecin, esprit fort qui œuvre pour ces Temps Nouveaux. Mais Wozzeck n’est pas un bon petit soldat. Il pense ; donc il est idiot. Il est père ; mais sans avoir épousé la mère, il est immoral. Quant à la trahison de Marie, ne relève-t-elle pas du sort de tous les pauvres gens ? A ce siècle si mal commencé Alban Berg donne sa couleur, après Büchner, en un chef-d’œuvre noir.

Opéra national de Lyon
place de la comédie
69001 Lyon
location 04 72 00 45 45

Opéra en trois actes et quinze scène
d’Alban Berg
Livret du compositeur d'après le drame de Georg Büchner

Mise en scène et scénographie
Stéphane BRAUNSCHWEIG

Ensemble : Choeur, Maîtrise et Orchestre de l'Opéra de Lyon
Interprètes : Dietrich HENSCHEL, Wozzeck ; Kim BEGLEY, Tambour-major ; Christer BLADIN, Andrès ; Pierre LEFEBVRE, Capitaine ; Walter FINK, Docteur ; Nina STEMME, Marie ; Hélène JOSSOUD, Margret ; Eberhard Francesco LORENZ, Fou

Propre et sec

Wozzeck, de Brückner, est une pièce très noire, sans espoir. Le héros – l’anti-héros – Wozzeck, humble soldat, a un enfant illégitime avec sa maîtresse Marie. Il est sans cesse persécuté et ridiculisé, se voit reprocher son immoralité, notamment par son capitaine, un vrai petit chef, et par le Docteur qui se sert de lui comme cobaye pour sa notoriété, moyennant quelques sous que le pauvre homme accepte pour nourrir sa famille. Il a des visions, des voix, il est hanté par le rouge, l’idée du sang. Par ailleurs, Marie le trompe avec un avantageux tambour-major, image d’une masculinité bornée et satisfaite, à l’opposé du personnage torturé de Wozzeck. Il finit par la poignarder, et se noie. L’enfant reste seul.
Les interprètes manquent parfois de chair. Marie (Nina Stemme, qui possède un timbre de voix très riche), reste un peu en dehors, manquant d’engagement dans ses atermoiements entre désir charnel et tentatives de rédemption. L’élégant Dietrich Henschel joue un Wozzeck désenchanté du début à la fin mais, par son allure et sa ligne de chant, plus raffiné que le pauvre type qu’il doit incarner. Le capitaine et le Docteur (Pierre Lefebvre et Walter Fink) ont tout à fait, l’un le côté doucereux et méchant, l’autre l’insensibilité et l’ambition démesurée, requis par leurs rôles. Ce sont eux les plus présents, comiques et odieux à la fois. Mentionnons aussi Hélène Jossoud en Margret, chanteuse et comédienne toujours très sûre.


© Elisabeth Carrechio
festival Aix en provence 2003
L’orchestre est remarquable, avec notamment beaucoup d’envergure dans les fortissimi. C’est lui qui apporte toute l’intensité dramatique. Car pour la mise en scène, on s’ennuie. On écoute comme au concert. Le texte d’introduction du metteur en scène, Stéphane Brauschweig, souhaite que « cette dimension sociale, si importante dans l’interprétation de Berg (…) puisse rester, comme la musique, rigoureusement mentalisée ». De ce point de vue, c’est réussi. On fait minimaliste – pas de décor, sauf une chaise –, net, propre, mais sans énergie ni invention. Beaux éclairages, mais toujours lugubres. Rien n’évoque le côté charnel qui provoque la rage de Wozzeck, ni le contraste grinçant entre la fête d’auberge et sa folie.

Seule concession, curieusement lourde : une lune rouge projetée en fond de scène quand les personnages disent que la lune est rouge. Dommage que l’on se soit contenté de régler les déplacements des chanteurs (et encore, les couples qui tournent au bal, quelle impression de déjà vu), sans conviction (Wozzeck tue Marie sans effrayer personne) et sans chercher à donner à voir.

Laurence Tourniaire
(octobre 2003)

l'Opéra de Lyon
http://www.opera-lyon.org

http://perso.wanadoo.fr/jean.stephan/pages/compositeurs/B/berg.htm

http://www.theatre-odeon.fr/public/document/biograph/buchner.htm