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Contemporain
de la Grande Guerre, par quoi s’inaugure le XXème
siècle, Wozzeck en est la créature
hallucinée, sans-grade promis à toutes les
servitudes.
Domestique de son capitaine, Wozzeck sert aussi la Science,
livré aux expériences du Médecin, esprit
fort qui œuvre pour ces Temps Nouveaux. Mais Wozzeck
n’est pas un bon petit soldat. Il pense ; donc il
est idiot. Il est père ; mais sans avoir épousé
la mère, il est immoral. Quant à la trahison
de Marie, ne relève-t-elle pas du sort de tous les
pauvres gens ? A ce siècle si mal commencé
Alban Berg donne sa couleur, après Büchner,
en un chef-d’œuvre noir.
Opéra
national de Lyon
place de la comédie
69001 Lyon
location 04 72 00 45 45
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Opéra
en trois actes et quinze scène
d’Alban Berg
Livret du compositeur d'après le drame de Georg
Büchner
Mise
en scène et scénographie
Stéphane BRAUNSCHWEIG
Ensemble : Choeur, Maîtrise et Orchestre de l'Opéra
de Lyon
Interprètes : Dietrich HENSCHEL, Wozzeck ; Kim BEGLEY,
Tambour-major ; Christer BLADIN, Andrès ; Pierre
LEFEBVRE, Capitaine ; Walter FINK, Docteur ; Nina STEMME,
Marie ; Hélène JOSSOUD, Margret ; Eberhard
Francesco LORENZ, Fou
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Propre
et sec
Wozzeck,
de Brückner, est une pièce très noire, sans espoir.
Le héros – l’anti-héros – Wozzeck,
humble soldat, a un enfant illégitime avec sa maîtresse
Marie. Il est sans cesse persécuté et ridiculisé,
se voit reprocher son immoralité, notamment par son capitaine,
un vrai petit chef, et par le Docteur qui se sert de lui comme cobaye
pour sa notoriété, moyennant quelques sous que le
pauvre homme accepte pour nourrir sa famille. Il a des visions,
des voix, il est hanté par le rouge, l’idée
du sang. Par ailleurs, Marie le trompe avec un avantageux tambour-major,
image d’une masculinité bornée et satisfaite,
à l’opposé du personnage torturé de Wozzeck.
Il finit par la poignarder, et se noie. L’enfant reste seul.
Les interprètes manquent parfois de chair. Marie (Nina Stemme,
qui possède un timbre de voix très riche), reste un
peu en dehors, manquant d’engagement dans ses atermoiements
entre désir charnel et tentatives de rédemption. L’élégant
Dietrich Henschel joue un Wozzeck désenchanté du début
à la fin mais, par son allure et sa ligne de chant, plus
raffiné que le pauvre type qu’il doit incarner. Le
capitaine et le Docteur (Pierre Lefebvre et Walter Fink) ont tout
à fait, l’un le côté doucereux et méchant,
l’autre l’insensibilité et l’ambition démesurée,
requis par leurs rôles. Ce sont eux les plus présents,
comiques et odieux à la fois. Mentionnons aussi Hélène
Jossoud en Margret, chanteuse et comédienne toujours très
sûre.

© Elisabeth Carrechio
festival Aix en provence 2003 |
L’orchestre
est remarquable, avec notamment beaucoup d’envergure dans
les fortissimi. C’est lui qui apporte toute l’intensité
dramatique. Car pour la mise en scène, on s’ennuie.
On écoute comme au concert. Le texte d’introduction
du metteur en scène, Stéphane Brauschweig, souhaite
que « cette dimension sociale, si importante dans
l’interprétation de Berg (…) puisse rester,
comme la musique, rigoureusement mentalisée ».
De ce point de vue, c’est réussi. On fait minimaliste
– pas de décor, sauf une chaise –, net, propre,
mais sans énergie ni invention. Beaux éclairages,
mais toujours lugubres. Rien n’évoque le côté
charnel qui provoque la rage de Wozzeck, ni le contraste grinçant
entre la fête d’auberge et sa folie. |
Seule concession,
curieusement lourde : une lune rouge projetée en fond de
scène quand les personnages disent que la lune est rouge.
Dommage que l’on se soit contenté de régler
les déplacements des chanteurs (et encore, les couples qui
tournent au bal, quelle impression de déjà vu), sans
conviction (Wozzeck tue Marie sans effrayer personne) et sans chercher
à donner à voir.
Laurence
Tourniaire
(octobre 2003)

l'Opéra
de Lyon
http://www.opera-lyon.org
http://perso.wanadoo.fr/jean.stephan/pages/compositeurs/B/berg.htm
http://www.theatre-odeon.fr/public/document/biograph/buchner.htm
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