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La biographie
de Woody Allen par John Baxter possède d'indéniables
qualités en ceci que la fluidité de l'écriture
permet une lecture quasi romanesque et que, dans le même temps,
l'ouvrage se présente comme un outil de référence
détaillé pour tout cinéphile amateur du cinéaste.
L'auteur commente et analyse en effet chronologiquement la vie et
l'oeuvre de Woody Allen, tout en effectuant de nombreux aller et
retour sur l'ensemble de sa carrière, nous permettant ainsi
de la percevoir dans sa globalité, tout en nous évitant
d'être lassé par la linéarité d'une étude,
soit minutieuse, mais qui ne varie guère dans sa forme, chacun
des films y étant scrupuleusement analysé (genèse,
synopsis variés, déboires et réussites techniques
et financiers, le tournage ...).
Cette étude,
on le perçoit rapidement, est principalement axée
sur la vie professionnelle de Woody Allen qui, malgré tout,
est indissociable de sa vie plus intime ; quelques incartades dans
l'existence privée du cinéaste sont donc rendues nécessaires
par la spécificité même de l'oeuvre, mais ne
servent qu'à éclairer certains aspects de l'artiste
qui se reflètent, dans son cas propre, dans ses films.
Pourtant, l'auteur tente essentiellement de répondre à
une question : comment Allan Stewart Konigsberg, juif New-Yorkais
né dans le Bronx en 1935 et élevé par des parents
intellectuellement médiocres, au physique peu flatteur, considéré
comme un introverti chronique et timoré, a pu devenir Woody
Allen, auteur, réalisateur, et acteur, dont la popularité
a peu d'égal dans certains cercles dits "cultivés"
(en particulier en Europe). Son succès actuel n'est pas vraiment
dû au récent scandale (médiatisé à
outrance) de sa liaison avec Soon-Yi, fille adoptive de Mia Farrow,
son ex-compagne. Sa renommée remonte à beaucoup plus
loin, à ce qui a été appelé 'le premier
vrai film de Woody Allen', Sleeper (1973, Woody
et les robots), farce futuriste que le cinéaste qualifie
aujourd'hui de "stupide enfantillage". Mais Woody est
réellement devenu "Woody", le personnage urbain
complexé, inhibé, dont la maladresse et la cocasserie
frisent la tragédie, dans Play it again, Sam
(1972, Tombe les filles et tais-toi).
Au-delà du Woody cinématographique, se dissimule un
être tout en contradictions, dont l'auteur révèle
peu à peu l'évolution professionnelle et les tourments
(en psychanalyse depuis 1959, soit dit en passant) : l'adolescent
rédacteur de 'gags' pour les journaux (dès 1952, déjà
signés Woody Allen), l'auteur comique (écrivant pour
de nombreuses vedettes du petit écran, alors en pleine expansion),
puis le comique se produisant en one-man-show, qui entre enfin dans
l'univers du cinéma en 1964 (scénario de What's
New pussycat ? / Quoi de neuf pussycat ?, 1965).
Progressivement et en filigrane, le portrait élaboré
par Baxter se révèle être celui d'un homme mu
par une forte ambition et un besoin d'être aimé ("pourvu
qu'ils m'aiment" se répétait-il avant chacun
de ses spectacles) et paradoxalement asocial à l'excès,
dans un mouvement constant de repli sur soi. C'est aussi le portrait
parfois pathétique d'un homme entre deux univers, perturbé
au point de ne jamais pouvoir choisir entre le monde de la célébrité
et de l'argent facile et celui de ses angoisses existentielles (issues
d'une histoire émotionnelle lourde de culpabilité,
en particulier dans son rapport à la sexualité) qui
le poussent à se fondre dans la foule anonyme.
L'ensemble est
loin d'être dithyrambique mais l'auteur ne verse pas dans
l'excès contraire : une objectivité sérieuse
et sincère semble de mise (malgré quelques remarques
peu flatteuses et une critique ouverte à l'encontre de Erix
Lax, auteur de la biographie "officielle" de Woody Allen,
parue en 1991) et aucun jugement moral déplacé n'apparaît
ici. Mais ce qui réjouira tout particulièrement le
cinéphile, c'est la place laissée aux analyses méthodiques
des films et de leur construction, à la découverte
d'un homme passionné de musique, à l'évolution
d'un grand cinéaste, de Annie Hall (1977) à
Sweet and Lowdown (1999),
qui, faute d'être Bergman ou Fellini (à son grand regret)
, se contente de faire du mieux qu'il peut, un travail qui est plus
celui d'un 'artisan' que d'un artiste.
B.L.

Voir
aussi la
chronique portant sur
Accords et Désaccords
bio, filmographie etc ... (en français)
http://wallen.ctw.cc/
http://www.mygale.org/allen/html/woody.html
plus austère mais plus complet (et en anglais) http://www.ngc.peachnet.edu/Academic/Arts_Let/LangLit/dproyal/allen.htm
Woody
Allen en real-Audio (interview)
http://www.europe2.fr/itv/woody.htm
John
Baxter et Stanley Kubrick
http://www.liberation.fr/chapitre/baxter.html
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