Woody Allen de John Baxter, Flammarion, 2000

Biographie traduite de l'anglais par
Myriam Anderson
(Titre original : Woody Allen , a biography
HarperCollins Publishers, Londres, 1998)

 

La biographie de Woody Allen par John Baxter possède d'indéniables qualités en ceci que la fluidité de l'écriture permet une lecture quasi romanesque et que, dans le même temps, l'ouvrage se présente comme un outil de référence détaillé pour tout cinéphile amateur du cinéaste. L'auteur commente et analyse en effet chronologiquement la vie et l'oeuvre de Woody Allen, tout en effectuant de nombreux aller et retour sur l'ensemble de sa carrière, nous permettant ainsi de la percevoir dans sa globalité, tout en nous évitant d'être lassé par la linéarité d'une étude, soit minutieuse, mais qui ne varie guère dans sa forme, chacun des films y étant scrupuleusement analysé (genèse, synopsis variés, déboires et réussites techniques et financiers, le tournage ...).

Cette étude, on le perçoit rapidement, est principalement axée sur la vie professionnelle de Woody Allen qui, malgré tout, est indissociable de sa vie plus intime ; quelques incartades dans l'existence privée du cinéaste sont donc rendues nécessaires par la spécificité même de l'oeuvre, mais ne servent qu'à éclairer certains aspects de l'artiste qui se reflètent, dans son cas propre, dans ses films.
Pourtant, l'auteur tente essentiellement de répondre à une question : comment Allan Stewart Konigsberg, juif New-Yorkais né dans le Bronx en 1935 et élevé par des parents intellectuellement médiocres, au physique peu flatteur, considéré comme un introverti chronique et timoré, a pu devenir Woody Allen, auteur, réalisateur, et acteur, dont la popularité a peu d'égal dans certains cercles dits "cultivés" (en particulier en Europe). Son succès actuel n'est pas vraiment dû au récent scandale (médiatisé à outrance) de sa liaison avec Soon-Yi, fille adoptive de Mia Farrow, son ex-compagne. Sa renommée remonte à beaucoup plus loin, à ce qui a été appelé 'le premier vrai film de Woody Allen', Sleeper (1973, Woody et les robots), farce futuriste que le cinéaste qualifie aujourd'hui de "stupide enfantillage". Mais Woody est réellement devenu "Woody", le personnage urbain complexé, inhibé, dont la maladresse et la cocasserie frisent la tragédie, dans Play it again, Sam (1972, Tombe les filles et tais-toi).
Au-delà du Woody cinématographique, se dissimule un être tout en contradictions, dont l'auteur révèle peu à peu l'évolution professionnelle et les tourments (en psychanalyse depuis 1959, soit dit en passant) : l'adolescent rédacteur de 'gags' pour les journaux (dès 1952, déjà signés Woody Allen), l'auteur comique (écrivant pour de nombreuses vedettes du petit écran, alors en pleine expansion), puis le comique se produisant en one-man-show, qui entre enfin dans l'univers du cinéma en 1964 (scénario de What's New pussycat ? / Quoi de neuf pussycat ?, 1965).
Progressivement et en filigrane, le portrait élaboré par Baxter se révèle être celui d'un homme mu par une forte ambition et un besoin d'être aimé ("pourvu qu'ils m'aiment" se répétait-il avant chacun de ses spectacles) et paradoxalement asocial à l'excès, dans un mouvement constant de repli sur soi. C'est aussi le portrait parfois pathétique d'un homme entre deux univers, perturbé au point de ne jamais pouvoir choisir entre le monde de la célébrité et de l'argent facile et celui de ses angoisses existentielles (issues d'une histoire émotionnelle lourde de culpabilité, en particulier dans son rapport à la sexualité) qui le poussent à se fondre dans la foule anonyme.

L'ensemble est loin d'être dithyrambique mais l'auteur ne verse pas dans l'excès contraire : une objectivité sérieuse et sincère semble de mise (malgré quelques remarques peu flatteuses et une critique ouverte à l'encontre de Erix Lax, auteur de la biographie "officielle" de Woody Allen, parue en 1991) et aucun jugement moral déplacé n'apparaît ici. Mais ce qui réjouira tout particulièrement le cinéphile, c'est la place laissée aux analyses méthodiques des films et de leur construction, à la découverte d'un homme passionné de musique, à l'évolution d'un grand cinéaste, de Annie Hall (1977) à Sweet and Lowdown (1999), qui, faute d'être Bergman ou Fellini (à son grand regret) , se contente de faire du mieux qu'il peut, un travail qui est plus celui d'un 'artisan' que d'un artiste.

B.L.

Voir aussi la chronique portant sur
Accords et Désaccords

bio, filmographie etc ... (en français)

http://wallen.ctw.cc/
http://www.mygale.org/allen/html/woody.html

plus austère mais plus complet (et en anglais) http://www.ngc.peachnet.edu/Academic/Arts_Let/LangLit/dproyal/allen.htm

Woody Allen en real-Audio (interview)
http://www.europe2.fr/itv/woody.htm

John Baxter et Stanley Kubrick
http://www.liberation.fr/chapitre/baxter.html