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"Et
cet homme sera moi."
C'est en 1923
que commence véritablement le journal intime de Logan Mountstuart,
né en 1906 d'un père anglais et d'une mère
uruguayenne. Le jeune homme a 17 ans et partage son temps entre
ses amis de pension, Scabius et Leeping, et ses professeurs, dont
certains lui promettent une brillante carrière universitaire
; il ressent aussi ses premiers émois amoureux (sa cousine
Lucy a bien voulu lui donner un baiser
). Vient ensuite le
Journal d'Oxford (1925), un lieu qu'il décrit comme "
étouffant et décevant ", alors qu'il lui
semble que les études d'histoire qu'il entreprend ne le mènent
pas au rêve littéraire qu'il s'est fixé ; il
tente néanmoins de devenir écrivain en composant une
biographie du poète Shelley (qu'il parviendra à faire
publier en mars 1930). Suivent des séjours à Paris
(son ami Scabius y est galeriste), une vie londonienne oisive (si
l'on excepte sa fréquentation des cercles littéraires
et ses tentatives de roman) durant laquelle il tente de se faire
aimer de Land, une jeune fille engagée et dynamique. Mais
ses déboires amoureux le poussent à contracter un
mariage qui ne sied guère à son âme bohémienne
et la vie rurale et paisible au fin fond du Norfolk que lui propose
sa jeune épouse Lady Laetitia Edgefield lui ôte toute
envie d'écrire
Il échappe à cet univers
étriqué et conventionnel pour se retrouver correspondant
de guerre en Espagne, où il rencontre Hemingway, et se rend
sur le front républicain ; c'est à Lisbonne qu'il
fait une autre rencontre, moins prestigieuse mais tout aussi décisive
: sa future femme Freya ; le point de départ d'une double
vie entre le Norfolk aristocratique et sa garçonnière
londonienne
| De
journal en journal, l'on retrouve notre écrivain (en
définitive peu prolixe) s'improvisant espion pour la
Royal Navy (un poste proposé par le futur géniteur
de James Bond, Ian Fleming !), prisonnier durant la deuxième
guerre mondiale, puis galeriste à New-York pour le compte
de son ami Scabius, professeur en Afrique, retraité miséreux
dans un petit appartement en sous-sol, mêlé aux
actions troubles d'un groupe d'extrême gauche, puis malgré
lui à une étrange vendetta dans un petit village
français
Les intrigues et les imbroglios financiers,
professionnels et sentimentaux se suivent et s'enchevêtrent,
Logan Mountstuart apprend, survit, subit et vieillit, et l'ensemble
possède un réel charme désuet associé
à une touche picaresque réussie ; le résultat
: une errance existentielle passionnante. |
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Car Mountstuart
est un vagabond dans l'âme, un écrivain errant qui
se crée des ports d'attaches toujours provisoires (l'Uruguay,
Londres, Paris, New York
) et des "amitiés"
plutôt spéciales (Hemingway, bien sûr, mais aussi
Picasso, James Joyce, Virginia Woolf - qu'il ne peut supporter -
ou encore le Duc de Windsor, dont Boyd/Mounstuart fait un portrait
peu flatteur
)
Après
The New Confessions (roman-autobiographie forgé
de toutes pièces) et Nat Tate (la biographie
d'un artiste new-yorkais oublié
pour la bonne raison
qu'il n'a jamais existé, mais qui fait plusieurs apparitions
dans Any Human Heart !), William Boyd complète
ici son triptyque de " biofiction " avec un roman intime,
qui dépeint au jour le jour, ou presque, une existence à
la fois " ordinaire et extraordinaire ", l'histoire
d'un être unique (au sens où l'entendait Rousseau lorsqu'il
écrit : "Je veux montrer à mes semblables
un homme dans toute la vérité de la nature; et cet
homme ce sera moi."). Le mode du journal intime (en dépit
d'un préambule rédigé a posteriori et de quelques
annotations rétrospectives qui tendent, fictivement, à
apporter de la cohérence à l'éparpillement
des notes de Mountstuart) a bien des avantages ; nulle crainte de
se fier à une mémoire faillible ou d'embellir les
réminiscences (ce que l'autobiographie fait invariablement)
; ici, aucun souvenir ne peut être corrigé avec le
recul, tout est dit sur le moment ou presque ; Mountstuart nous
assure de sa sincérité dès le préambule
et il est vrai qu'il semble atteindre, tout au long de ses journaux,
une transparence touchante : " Nous tenons un journal pour
capturer cette collection d'êtres qui nous forment, l'être
humain individuel ". La quasi-simultanéité
de l'expérience et la transposition sur le papier permet
ainsi à William Boyd de construire un ensemble émouvant
et pittoresque, éclectique et fragmenté, montrant
que le passé n'éclaire pas nécessairement le
présent, et que l'existence humaine est aussi une entreprise
indubitablement malmenée par le hasard et les circonstances.
Le travail de
faussaire de William Boyd est parfait et l'auteur parvient à
recréer plusieurs époques à travers la vision
subjective de son héros, explorant l'histoire du XXe siècle
par le biais du cur et de la conscience d'un seul homme, en
faisant de lui un personnage attachant mais souvent pathétique,
un effet subtilement contrebalancé par l'intelligence et
la clairvoyance de Mounstuart, un personnage qui mérite décidément
son existence fictive...
Blandine
Longre
(juin 2002)
du
même auteur
Armadillo, Feb 1999, Penguin (Armadillo)
The Blue Afternoon, Aug 1994, Penguin (l'Après-midi
bleu)
Brazzaville Beach, Oct 1991, Penguin (Brazzaville
plage)
The Destiny of Nathalie X. And Other Stories, Apr
1996, Penguin (le Destin de Nathalie)
A Good Man in Africa, Mar 1982, Penguin (Un Anglais
sous les tropiques)
An Ice-cream War, Oct 1983, Penguin
The New Confessions, Oct 1988, Penguin (Les Nouvelles
confessions)
On the Yankee Station, May 1988, Penguin (La chasse
au lézard)
School Ties, Good and Bad at Games; Dutch Girls, Oct
1985, Penguin
Stars and Bars, Oct 1985, Penguin (Comme
Neige au Soleil)

L'Editeur
http://www.penguin.co.uk/
http://ebc.chez.tiscali.fr/ebc72.html
Le
Seuil
http://www.seuil.com
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