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Un
chef-d’œuvre d’humour froid
Willem Elsschott
(1882 – 1860) est longtemps resté Alfons de Ridder,
brillant directeur d’une agence de publicité, qui rédigeait
des romans à ses heures perdues et ce n’est qu’avec
Fromage (1932) – achevé
en 2 semaines – que l’écrivain a atteint une
certaine notoriété, spécialement aux Etats-Unis.
Le livre s’ouvre comme une lettre à un correspondant
inconnu : Frans Laarmans, la cinquantaine, vient de perdre sa mère
mais l’enterrement lui donne l’occasion de rencontrer
un des patients de son frère médecin, Monsieur Van
Schoonbake. Ce dernier, qui fait partie d’un milieu plutôt
aisé, anime à son domicile un cercle d’hommes
d’affaires qui viennent parler des derniers potins mondains
ou des restaurants où il est de bon ton d’aller manger.
Laarmans, invité à ces réunions, ne se sent
pas à l’aise en tant que simple employé de bureau
qui n’a pas grand chose à dire que les autres participants
jugeront intéressant ou amusant : « En douce, il
regardèrent mon costume qui, par chance, était presque
neuf et, bien que de coupe modeste, pouvait passer l'examen. Après
quoi ils m’ignorèrent ». Un jour, Van Schoonbake
lui propose de le recommander auprès d’une grande entreprise
des Pays-Bas qui vend du fromage, commerce qui ne peut être
que lucratif : « Le fromage, dit mon ami, ça marche
toujours. Il faut bien que les gens mangent. ». Bien
que réticent vis à vis du produit – le fromage
lui répugne – Laarmans est rapidement nommé
« représentant général pour la Belgique
et le Grand Duché du Luxembourg » et ce sont 20
tonnes d’édam double crème qui lui sont expédiées.
Dans le cercle de Van Schoonbake, le nouveau « grossiste
en denrées alimentaires » – comme il se
rebaptise lui-même – obtient enfin l’attention
des autres membres. Sur les conseils de sa femme, Laarmans obtient
de son frère un certificat médical qui lui permet,
pour trois mois, de se mettre en retrait de son travail actuel pour
se consacrer à la vente des 10 000 boules de fromage. «
Pour un homme d’affaires, installer son bureau c’est
comme, pour une future mère, préparer le berceau de
l’enfant à naître », Laarmans prend
donc tout son temps pour s’organiser et c’est plusieurs
semaines qu’il passe à l’achat d’un bureau,
à trouver le nom de sa société ou à
commander son papier à lettres : tout est bon pour reculer
le moment où il devra commencer les démarches pour
vendre son fromage…
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Dès
le début du livre, au moment où la mère
agonise, Elschott nous présente Laarmans comme quelqu’un
d’hésitant, mal à l’aise en société,
voire angoissé : « Pleurer eût été
le mieux, mais par où commencer ? Soudain, sans crier
gare, lâcher un sanglot ? Ou saisir mon mouchoir et
me tamponner les yeux, humides ou non ? » Plus
tard, on n’est pas surpris de voir son frère
lui délivrer un certificat médical « pour
les nerfs » pas plus qu’on ne l’est de savoir
que la vente de l’édam se révèle
un véritable fiasco. Petit chef-d’œuvre
d’humour froid, satire du monde des affaires, Fromage
est également une bonne évocation du monde des
années 30. Willem Elsschott est nécessairement
un auteur à (re)découvrir.
Anne
Weber
(mars 2003)
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du
même auteur : Le
feu follet (Castor Astral, 2005)
http://www.librairie-compagnie.fr/pays_bas/auteurs/e/elsschot.htm
http://www.geocities.com/mihxil/elsschot/eng.html
http://www.nlpvf.nl/20thcent/elsschot.htm
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