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Huit ans de silence, des
livres à foison
La liste des
ouvrages « du même auteur », face à la
page de titre, l’atteste : depuis Franz
et François (Grasset, 1997), et mis à part
Salomé, roman de jeunesse inédit
écrit en 1968-1969, qui vient de paraître aux éditions
Léo Scheer, François Weyergans n’avait rien
publié ; chaque rentrée littéraire laissait
un espoir, aussi bien à l’éditeur qui avait
versé des à-valoir qu’au lecteur qui attendait
la suite des tâtonnements autobiographiques et fantasmatiques
de François Weyergraf. Il est donc là, bien là,
et qui plus est décoré d’un Prix Goncourt…
Comme quoi, dira-t-on, point n’est besoin de pondre annuellement
des centaines ou des milliers de pages pour être reconnu et
consacré.
Après
le père, relations aimantes et conflictuelles mêlées,
la mère, que le narrateur, lui-même écrivain
(« C’est loin de la première fois que je
choisis un écrivain comme narrateur »), voudrait
bien trouver le temps d’aller voir dans sa retraite de Haute
Provence, comme il voudrait trouver le moyen de terminer au moins
l’un de ses livres, ne serait-ce que pour échapper
momentanément aux pressions du fisc. « Trois jours
chez ma mère », c’est aussi pour Weyergraf
« Comment aller au bout de mon livre », ce
à quoi elle l’encourage ; et la chute de la vieille
femme dans son jardin, qui entraînera finalement la visite
du fils, éliminera du même coup les prétextes
d’inachèvement.
Auparavant,
il y aura eu toutes les tentatives, les bouts d’essai livresques
: « Il faudrait que je termine au moins un des livres
que mes éditeurs attendent ». Il y en a un sur
la danse, un «sur Husserl et Descartes », un «
roman d’amour », « un essai sur les quatuors de
Beethoven », un livre sur les volcans (Volcano),
un sur les pierres, quelques autres encore, et ce fameux Coucheries
– dont un certain nombre sont au moins amorcées dans
le présent roman, comme autant d’essais plus ou moins
transformés, d’expériences plus ou moins abouties,
avec en arrière-plan la double présence constante
de Delphine, la compagne de trente années, et de la mère,
le giron de tout temps.
Fiction ou réalité,
François Weyergans emboîte les unes dans les autres
les activités superposées de plusieurs écrivains
: il invente, comme auparavant, François Weyergraf, qui se
donne un narrateur, François Graffenberg, qui lui-même
imagine François Weyerstein (il y a même la suggestion
d’un François Weyerbite)… Chacun y va de son
Trois jours chez ma mère, ou en tout cas en fait
la tentative. « Je ne sais plus si je pensais à
mes romans ou à mon amour pour les personnes que j’aime
dans la vie réelle, mais il y a des moments où je
crois que le réel, c’est ce que j’invente au
fur et à mesure que j’écris ».
Trois
jours chez ma mère, d’un côté,
répond à ce que le public attend d’un «
vrai » roman, avec des aventures amoureuses, des souvenirs
de voyages, de jeunesse etc. Mais d’un autre côté
c’est aussi un roman qui en met d’autres, à foison,
à la disposition de l’imaginaire du lecteur, «
œuvre ouverte » s’il en est. Il faut bien rattraper
le temps perdu. « Le temps file, il me faudrait mille
vies », écrit François Weyer/Graffen-gans/graf/stein.
Il faut bien, en outre, assumer ses rêves ; pour y parvenir,
quel meilleur moyen que, de temps en temps, en faire un livre ?
Jean-Pierre
Longre
(novembre 2005)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages, dont
Queneau en scènes
(PULIM, 2005), ou
articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison
des langages littéraire et musical. Il a participé
à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade
", et effectue des recherches sur les littératures francophones
(Roumanie, Belgique, Québec).
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du
même auteur Franz et François (Grasset,
1997)
Grasset
http://www.edition-grasset.fr/textes/accueil.htm
Prix
littéraires
http://prix-litteraires.net/
éditions
Léo Scheer
http://www.leoscheer.com/livre.php3?id_article=281
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