Trois jours chez ma mère
Grasset, 2005

parution Folio, 2007

 

 

Huit ans de silence, des livres à foison

La liste des ouvrages « du même auteur », face à la page de titre, l’atteste : depuis Franz et François (Grasset, 1997), et mis à part Salomé, roman de jeunesse inédit écrit en 1968-1969, qui vient de paraître aux éditions Léo Scheer, François Weyergans n’avait rien publié ; chaque rentrée littéraire laissait un espoir, aussi bien à l’éditeur qui avait versé des à-valoir qu’au lecteur qui attendait la suite des tâtonnements autobiographiques et fantasmatiques de François Weyergraf. Il est donc là, bien là, et qui plus est décoré d’un Prix Goncourt… Comme quoi, dira-t-on, point n’est besoin de pondre annuellement des centaines ou des milliers de pages pour être reconnu et consacré.

Après le père, relations aimantes et conflictuelles mêlées, la mère, que le narrateur, lui-même écrivain (« C’est loin de la première fois que je choisis un écrivain comme narrateur »), voudrait bien trouver le temps d’aller voir dans sa retraite de Haute Provence, comme il voudrait trouver le moyen de terminer au moins l’un de ses livres, ne serait-ce que pour échapper momentanément aux pressions du fisc. « Trois jours chez ma mère », c’est aussi pour Weyergraf « Comment aller au bout de mon livre », ce à quoi elle l’encourage ; et la chute de la vieille femme dans son jardin, qui entraînera finalement la visite du fils, éliminera du même coup les prétextes d’inachèvement.

Auparavant, il y aura eu toutes les tentatives, les bouts d’essai livresques : « Il faudrait que je termine au moins un des livres que mes éditeurs attendent ». Il y en a un sur la danse, un «sur Husserl et Descartes », un « roman d’amour », « un essai sur les quatuors de Beethoven », un livre sur les volcans (Volcano), un sur les pierres, quelques autres encore, et ce fameux Coucheries – dont un certain nombre sont au moins amorcées dans le présent roman, comme autant d’essais plus ou moins transformés, d’expériences plus ou moins abouties, avec en arrière-plan la double présence constante de Delphine, la compagne de trente années, et de la mère, le giron de tout temps.

Fiction ou réalité, François Weyergans emboîte les unes dans les autres les activités superposées de plusieurs écrivains : il invente, comme auparavant, François Weyergraf, qui se donne un narrateur, François Graffenberg, qui lui-même imagine François Weyerstein (il y a même la suggestion d’un François Weyerbite)… Chacun y va de son Trois jours chez ma mère, ou en tout cas en fait la tentative. « Je ne sais plus si je pensais à mes romans ou à mon amour pour les personnes que j’aime dans la vie réelle, mais il y a des moments où je crois que le réel, c’est ce que j’invente au fur et à mesure que j’écris ».

Trois jours chez ma mère, d’un côté, répond à ce que le public attend d’un « vrai » roman, avec des aventures amoureuses, des souvenirs de voyages, de jeunesse etc. Mais d’un autre côté c’est aussi un roman qui en met d’autres, à foison, à la disposition de l’imaginaire du lecteur, « œuvre ouverte » s’il en est. Il faut bien rattraper le temps perdu. « Le temps file, il me faudrait mille vies », écrit François Weyer/Graffen-gans/graf/stein. Il faut bien, en outre, assumer ses rêves ; pour y parvenir, quel meilleur moyen que, de temps en temps, en faire un livre ?

Jean-Pierre Longre
(novembre 2005)

Jean-Pierre Longre, enseignant en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages, dont Queneau en scènes (PULIM, 2005), ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

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du même auteur Franz et François (Grasset, 1997)

Grasset
http://www.edition-grasset.fr/textes/accueil.htm

Prix littéraires
http://prix-litteraires.net/

éditions Léo Scheer
http://www.leoscheer.com/livre.php3?id_article=281