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16 novembre au 31 décembre 2004
représentations mar, mer, ven, sam à 20h30
jeu 19h30 – dim 15h
relâches les lundis et les 8, 24, 25, 26, décembre
sous
chapiteau,
sur le site du Château de Gerland
186 rue de Gerland, Lyon 7ème |
Théâtre
des Célestins
Clocher de la Charité
place Antonin Poncet
Lyon 2ème.
Renseignements
04 72 77 40 00
mardi - samedi : 12h - 18h |
Pari
audacieux que cette cuisine, qui mélange savamment
et goulûment danse et théâtre.
Une
grande pièce ; au sol un grand damier bleu/blanc, des tables
en fer, des ustensiles de cuisine. On est tout à la fois
dans un réfectoire, une cuisine...
La sonnerie retentit, les employés défilent et commencent
des gestes de professionnels, chacun à sa place tout en se
livrant à des commentaires sur les petites histoires personnelles.
La vie interne du petit peuple de la cuisine, affublé de
tabliers, de toges, de vestes blanches, est en marche et chacun
y va de son couplet : « je suis passé à
2 chiffres près du loto, 2, tu te rends compte »…
explique le boucher.
L a symphonie de la cuisine commence. Les gestes sont mimés,
sans ingrédients et semblent tellement réels que le
spectateur visualise le plat. Nous assistons au travail souterrain
dans les entrailles du monstre. Au fil de la pièce, défilent
les animosités, les rancœurs, les sous-entendus (nombreux
sont les propos racistes), les messes basses, autant de visions
calquées de nous-mêmes dans notre quotidien.
Dés que le patron arrive, l’effervescence cesse, les
acteurs sont au ralenti. La chorégraphie est plus lente,
puis dès le départ de leur employeur, la folie reprend
son cours. Avec un léger fond sonore de musique orientale.
Les danseurs sont debout sur les balustrades, virevoltant sur les
fourneaux, effectuant des roulades… Les histoires de cœur
et de peines se mêlent au reste, les origines de chacun sont
au centre de désaccords, de querelles intestines. Puis le
fameux «coup de bourre» du repas arrive, les
plats cités, commandés : « 2 soles à
la 11 » « 3 entrecôtes à la 12 »
scandés comme un refrain sur lequel valsent les serveuses
et les cuisiniers. Dans l’agitation, les couverts volent,
les tensions montent. La soupe « aigre » finit sur la
tête de son créateur ! Une trêve, la nuit, la
pause, où l’on « écoute le silence
», le temps est suspendu pour quelques échanges
de paroles, « dis, toi, c’est quoi ton rêve
? » et l’on touche à l’intime de chaque
être.
Une succession de danses hip-hop s’enchaîne dans la
cuisine, comme cette action de football au ralenti, afin de marquer
un but avec le panier à salade, les pieds dans le lavabo.
Un clochard arrive dans cet antre, et c’est la débâcle.
Dans cette euphorie, Peter, le poissonnier, arrache le tuyau de
gaz dans un moment de renoncement, alors tout est stoppé
net. Le petit peuple de la cuisine s’arrête. Le patron
demande alors au fautif, semeur de troubles à ses heures,
« qu’est ce qu’il y a de plus, maintenant
? »…
Sous couvert d’une comédie, la pièce d’Arnold
Wesker nous délivre surtout une tranche de vie,
dans un microcosme bien particulier. A travers la mise en scène
de Claudia Stavisky et la chorégraphie de Mourad Merzouki,
la pièce traduit un message de paix, de tolérance
et de regard sur l’autre comme on en voit peu dans la danse,
chacun a une place bien définie en tant qu’être
humain, dans sa complexité mais aussi sa variété,
et cette apologie de la liberté et de l’antiracisme
est aujourd’hui suffisamment rare et engagée pour qu’on
la fête comme il sied, avec déférence.
Cendrine
Genin
(novembre 2004)

http://www.celestins-lyon.org/
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