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Durée
approximative du spectacle : 2h30
Goethe,
s’inspirant de deux épisodes de sa vie sentimentale
et d’un fait divers dramatique survenu dans son entourage,
avait écrit, sous la forme distanciée d’un
roman épistolaire, Les Souffrances du
jeune Werther. Le succès en fut tel
que ses héros devinrent les archétypes de
ce que le sens commun nomme encore “romantisme”,
qu’il soit exacerbation mortifère de la sensibilité
ou larme à l’œil de la sensiblerie.
Willy Decker a opté pour une stylisation
qui prévient toute mièvrerie et joue des contrastes
entre la vaste et libre nature qu’invoque Werther
et les contraintes sociales sous lesquelles Charlotte se
laisse étouffer : dans le décor s’opposent
la boîte rigide d’un intérieur rêche,
sévère et la respiration lumineuse d’un
extérieur quasi solaire, non sans que le premier
ne parasite peu à peu le second.
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Opéra
national de Lyon
place de la comédie 69001
Lyon
location 04 72 00 45 45
Drame
lyrique en quatre actes, 1887
Livret d'Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann
d'après le roman de Goethe Les Souffrances
du jeune Werther
En français, surtitré
Orchestre
et maîtrise de l'Opéra
interprètes
Gwyn Hugues Jones, Béatrice Uria-Monzon, Philippe
Georges, Hélène Le Corre, Paul Gay, Bruno
Comparetti, Pierre-Yves Pruvot, Sophie Lou, Brian Bruce
Décors
et costumes Wolfgang Gussmann
Eclairages Yves Bernard
Coproduction
Nerderlandse Opera Amsterdam
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Un romantisme
qui nous transporte
L'oeuvre de
Goethe Les souffrances du jeune Werther
a déjà plus d'un siècle lors de la création
de l'opéra de Massenet.
Le grand héros romantique, symbole de l’exaltation
et du mal de vivre, apparaît désormais comme un amoureux
à la passion impossible, ce qui donne une place plus importante
au personnage de Charlotte. Celle-ci a élevé ses jeunes
frères et sœurs à la mort de sa mère,
à qui elle a juré d’épouser Albert. Le
mariage est imminent, on annonce le retour du fiancé, lorsque
Werther et Charlotte se rencontrent. Coup de foudre. Mais la jeune
femme reste fidèle à sa parole et conjure Werther
de s’éloigner. Il ne reviendra, comme promis, qu’à
la Noël, pour se suicider et expirer dans les bras de sa bien-aimée,
qui lui donne enfin ce baiser tant attendu.
La passion impossible, le serment sacré fait à la
mère mourante, le sacrifice de Charlotte, tout cela est très
dix-neuvième, sulpicien. La mise en scène, fort belle,
le traite avec austérité. La présence d’un
portrait de la mère, vers lequel Charlotte se tourne obstinément,
insiste, parfois un peu trop, sur la promesse qui la lie, l’entrave.
Les deux compères Schmitt et Johan, dans leur habit noir
et leur silhouette de pingouins, apportent une note comique. Le
chœur d’enfants, très sollicité dans Werther,
répétant les chants de Noël et entourant Charlotte,
est un élément de gaieté et de fraîcheur,
fort bien dirigé. Sophie, sœur cadette, jeune fille
pleine de joie et de gentillesse, est interprétée
par Hélène Le Corre, pleine de grâce et de délicatesse,
sachant aussi donner une certaine gravité à ses entretiens
avec Charlotte.
Les deux rôles principaux ont fait honneur à cette
scène. Béatrice Uria-Monzon est une superbe Charlotte
: la voix est belle, la diction impeccable, la ligne de chant élégante
et maîtrisée, aussi à l’aise dans la violence
mêlée à un orchestre parfois wagnérien
que dans les pianissimi. Sa grande scène des lettres est
époustouflante, leçon de chant et d’expressivité.
Son personnage est pris dans cette tourmente amoureuse imprévue,
elle a le sérieux obstiné d’une jeune femme
qui a trop tôt eu la responsabilité d’une famille,
et qui lutte contre son amour en se jetant dans le devoir. Le rôle
de Werther, très exigeant vocalement, est magistralement
tenu par Bryn Hugues Jones. Si l’on a pu craindre au premier
acte un excès d’héroïsme, ou un manque
de nuance, on est rassuré ensuite. Il nous donne un Werther
solide, remarquable dans la romance d’Ossian. Et qu’il
est agréable d’entendre l’opéra français
aussi soigneusement articulé !
L’orchestre n’est pas en reste. Bien dirigé,
capable de l’énergie et du souffle nécessaires
aux moments de grande intensité, et de la clarté et
du phrasé qui soulignent de merveilleuses mélodies.
C’est un spectacle de premier ordre, où tous les interprètes
sont de qualité ; hormis quelques fâcheux détails
(à quoi bon exiger d’un ténor corpulent qu’il
se roule par terre ? et pourquoi cette tenue banale pour Werther,
genre velours côtelé moutarde, quand les autres dans
des tons noirs et bleu sombre, s’harmonisent avec le décor
?), la mise en scène, le décor et les costumes forment
une unité élégante, avec un jeu de perspective
raffiné mettant en valeur la position dramatique des personnages.
Laurence
Tourniaire
(mai 2003)

l'Opéra
de Lyon
http://www.opera-lyon.org
http://www.dno.nl/leaderfrmen.html
http://www.jules-massenet.com/
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