de Jules Massenet

du 16 mai au 1er juin 2003
Opéra national de Lyon

Direction musicale Christian Badea
Mise en scène Willy Decker
réalisée par
Jean-Louis Cabané

 

Durée approximative du spectacle : 2h30

Goethe, s’inspirant de deux épisodes de sa vie sentimentale et d’un fait divers dramatique survenu dans son entourage, avait écrit, sous la forme distanciée d’un roman épistolaire, Les Souffrances du jeune Werther. Le succès en fut tel que ses héros devinrent les archétypes de ce que le sens commun nomme encore “romantisme”, qu’il soit exacerbation mortifère de la sensibilité ou larme à l’œil de la sensiblerie.
Willy Decker a opté pour une stylisation qui prévient toute mièvrerie et joue des contrastes entre la vaste et libre nature qu’invoque Werther et les contraintes sociales sous lesquelles Charlotte se laisse étouffer : dans le décor s’opposent la boîte rigide d’un intérieur rêche, sévère et la respiration lumineuse d’un extérieur quasi solaire, non sans que le premier ne parasite peu à peu le second.

Opéra national de Lyon
place de la comédie 69001 Lyon
location 04 72 00 45 45

Drame lyrique en quatre actes, 1887
Livret d'Edouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d'après le roman de Goethe Les Souffrances du jeune Werther
En français, surtitré

Orchestre et maîtrise de l'Opéra
interprètes
Gwyn Hugues Jones, Béatrice Uria-Monzon, Philippe Georges, Hélène Le Corre, Paul Gay, Bruno Comparetti, Pierre-Yves Pruvot, Sophie Lou, Brian Bruce

Décors et costumes Wolfgang Gussmann
Eclairages Yves Bernard
Coproduction Nerderlandse Opera Amsterdam

Un romantisme qui nous transporte

L'oeuvre de Goethe Les souffrances du jeune Werther a déjà plus d'un siècle lors de la création de l'opéra de Massenet.
Le grand héros romantique, symbole de l’exaltation et du mal de vivre, apparaît désormais comme un amoureux à la passion impossible, ce qui donne une place plus importante au personnage de Charlotte. Celle-ci a élevé ses jeunes frères et sœurs à la mort de sa mère, à qui elle a juré d’épouser Albert. Le mariage est imminent, on annonce le retour du fiancé, lorsque Werther et Charlotte se rencontrent. Coup de foudre. Mais la jeune femme reste fidèle à sa parole et conjure Werther de s’éloigner. Il ne reviendra, comme promis, qu’à la Noël, pour se suicider et expirer dans les bras de sa bien-aimée, qui lui donne enfin ce baiser tant attendu.
La passion impossible, le serment sacré fait à la mère mourante, le sacrifice de Charlotte, tout cela est très dix-neuvième, sulpicien. La mise en scène, fort belle, le traite avec austérité. La présence d’un portrait de la mère, vers lequel Charlotte se tourne obstinément, insiste, parfois un peu trop, sur la promesse qui la lie, l’entrave. Les deux compères Schmitt et Johan, dans leur habit noir et leur silhouette de pingouins, apportent une note comique. Le chœur d’enfants, très sollicité dans Werther, répétant les chants de Noël et entourant Charlotte, est un élément de gaieté et de fraîcheur, fort bien dirigé. Sophie, sœur cadette, jeune fille pleine de joie et de gentillesse, est interprétée par Hélène Le Corre, pleine de grâce et de délicatesse, sachant aussi donner une certaine gravité à ses entretiens avec Charlotte.
Les deux rôles principaux ont fait honneur à cette scène. Béatrice Uria-Monzon est une superbe Charlotte : la voix est belle, la diction impeccable, la ligne de chant élégante et maîtrisée, aussi à l’aise dans la violence mêlée à un orchestre parfois wagnérien que dans les pianissimi. Sa grande scène des lettres est époustouflante, leçon de chant et d’expressivité. Son personnage est pris dans cette tourmente amoureuse imprévue, elle a le sérieux obstiné d’une jeune femme qui a trop tôt eu la responsabilité d’une famille, et qui lutte contre son amour en se jetant dans le devoir. Le rôle de Werther, très exigeant vocalement, est magistralement tenu par Bryn Hugues Jones. Si l’on a pu craindre au premier acte un excès d’héroïsme, ou un manque de nuance, on est rassuré ensuite. Il nous donne un Werther solide, remarquable dans la romance d’Ossian. Et qu’il est agréable d’entendre l’opéra français aussi soigneusement articulé !
L’orchestre n’est pas en reste. Bien dirigé, capable de l’énergie et du souffle nécessaires aux moments de grande intensité, et de la clarté et du phrasé qui soulignent de merveilleuses mélodies. C’est un spectacle de premier ordre, où tous les interprètes sont de qualité ; hormis quelques fâcheux détails (à quoi bon exiger d’un ténor corpulent qu’il se roule par terre ? et pourquoi cette tenue banale pour Werther, genre velours côtelé moutarde, quand les autres dans des tons noirs et bleu sombre, s’harmonisent avec le décor ?), la mise en scène, le décor et les costumes forment une unité élégante, avec un jeu de perspective raffiné mettant en valeur la position dramatique des personnages.

Laurence Tourniaire
(mai 2003)

l'Opéra de Lyon
http://www.opera-lyon.org

http://www.dno.nl/leaderfrmen.html

http://www.jules-massenet.com/