We feed the world (Le marché de la faim)
d’Erwin Wagenhoefer
Autriche, 2005
Sortie le 25 avril 2007

 

 

 

La faim, ses travailleurs et ses exploitants

Toute la nourriture que nous jetons, toute la nourriture que nous produisons en grande quantité et en basse qualité, toute la nourriture que nous cultivons, génétiquement modifiée, sous des serres ou dans des usines, toute la nourriture que nous vendons pas cher aux pays pauvres pour acheter encore moins cher leurs produits de meilleure qualité, toute la nourriture qui nous permet de dominer le marché de la faim comme la situation économique globale… La question de la faim, de son économie, de son marché, et de sa production, est au centre du documentaire autrichien We feed the world (le titre est le slogan de l’une des plus grosses multinationales du marché de la faim, Pioneer), réalisé en 2005 par Erwin Wagenhoefer. Un sujet ambitieux, qui nous plonge au cœur du scandale économico-politique qu’est notre planète.

Le règne du profit n’épargne ni notre culture ancestrale du bon goût, qui s’évanouit dans des produits tout beaux, tout propres, tout fades ; ni nos humbles paysans et encore moins tous les autres maigres travailleurs du tiers-monde. Avec une série d’aperçus à travers l’Europe (Autriche, France, Espagne, Roumanie) et une excursion sur la misère et la déforestation au Brésil, le film récolte complaintes, contestations, et images inédites (les tonnes de pain jetées chaque jour dans toute grande ville occidentale, les poissons laids de la pêche industrielle, la dure vie des poules d’usine), tout cela étant saupoudré de phrases particulièrement « chocs », venant s’imprimant sur l’écran : « En Amérique Latine, environ 350 000 hectares de terres agricoles sont dédiés à la culture de soja pour nourrir le cheptel d’Autriche, tandis qu’un quart de la population locale meurt de faim »…

Les chiffres parlent, les faits sont là, et la simplicité de leur présentation dans We feed the world a le mérite de ne pas tourner autour de la cruauté du système.
Dans le flot de documentaires actuel, celui-ci offre son principal intérêt dans son thème, et dans certaines images de description de travail. We feed the world n’est pas très bien filmé (pas assez bien pour le grand écran), manque de cohérence, de réflexion, et d’approfondissement ; Erwin Wagenhoefer donne des réponses rapides à des questions vastes et complexes. Mais on ne peut qu’approuver, dans leur visée, les grosses attaques du film contre la loi du profit, contre l’organisation internationale du marché, contre l’Europe et les pays riches, et contre les multinationales – parmi lesquelles Nestlé, dont le Président, Peter Brabeck, répugnant gérant d’entreprise suisse, est ici interviewé. Enfin, comme toutes ces questions méritent ô combien d’être approfondies, We feed the world donne aussi la parole au spécialiste Jean Ziegler, conseiller aux Nations Unies, qui vient rappeler quelles réalités dramatiques se cachent, loin de nous, derrière des phrases comme : « Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim ».

Nicolas Cavaillès
(mai 2007)

www.we-feed-the-world.at