Un film de Tim Roth
scénario de Alexander Stuart

Grande-Bretagne, 1999
, 1h39
Quinzaine des réalisateurs, Cannes 99.
.
Sortie le 26 janvier 2000

 

avec Lara Belmont, Freddie Cunliffe, Tilda Swinton, Ray Winstone

Pour la première fois, Tim Roth passe de l'autre côté de la caméra et c'est un coup de maître, digne d'un Ken Loach pour l'intrigue et d'un Jane Campion pour l'esthétisme de la photographie. Nous sommes dans le Devon, la mer grise est déchaînée et le ciel pèse sur des paysages verdoyants. C'est là que s'installe une famille londonienne de classe moyenne : le père antiquaire, la mère enceinte et leurs deux grands enfants, Jessie, 16ans et Tom, 15 ans. Tom, introverti et désoeuvré, fait office de pivot et tout au long du film, c'est par le biais de son regard que les événements sont perçus. La naissance pourtant mouvementée de la petite soeur est vécue avec bonheur et tout nous évoque une famille conventionnelle et unie.
Peu à peu, le malaise s'installe lorsque Tom fait une découverte qui le bouleverse et qui annonce un effondrement du cocon familial, transformé en champ de bataille : un secret longtemps dissimulé lie son père et sa soeur Jessie, et Tom, unique témoin, se met à les épier rageusement, ne sachant pas comment crier la vérité au monde.
Le scénario est basé sur le roman d'Alexander Stuart (1989) qui suscita à la fois des louanges et une controverse : l'audace des thèmes abordés, inceste et violences familiales, valut à l'auteur de se voir refuser le Grand Prix des Whitbread Awards au tout dernier moment. Tim Roth fait donc preuve de témérité en choisissant de traiter, dans son premier film, un sujet qui, selon lui, est "grave (et) qui n'est ... pas toujours traité avec intégrité au cinéma." Le regard de l'adolescent, témoin / protagoniste, renforce la violence des actes et des sentiments, pour atteindre un paroxysme de souffrance, à un niveau au moins égal à celui de Ladybird ; l'aspect documentaire en moins, en dépit d'images crues, brutes, mais léchées.
Il est bon de noter que le jeu des adolescents sonne juste, chose rare lorsque des enfants non-professionnels sont employés au cinéma, et on ne saurait mieux apprécier l'excellence de la direction de Tim Roth.
Un film terrifiant qui dérange, dénonce, sans longs discours, au contraire à travers le mutisme d'enfants victimes et meurtris.

Reynald

critiques
http://www.sfgate.com/cgi-bin/article.cgi?file=/chronicle/archive/1999/12/17/DD9664.DTL
http://www.britmovie.co.uk/genres/drama/filmography/028.html
http://movie-reviews.colossus.net/movies/w/war_zone.html