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Huit nouvelles,
huit évocations poético-réalistes composent
ce recueil, de la plume d’un des plus importants auteurs taiwanais
contemporains. Des textes qui se lisent avec aisance, un sentiment
qui naît de la beauté emplissant certains passages
lyriques – de l’analyse de sentiments comme l’amour
ou la honte à la description de la nature environnante. De
l’enfance à l’âge adulte, les protagonistes
que Wang Wenxing met en scène ont en commun un besoin d’absolu
qui peut parfois les mener à commettre l’irréparable
et un caractère entêté, accompagné d’un
penchant obsessionnel que les textes mettent en relief.
Dès
l’enfance, on retrouve ces traits distinctifs chez le petit
écolier vagabond amoureux de la couturière qui a installé
son atelier dans l’immeuble en face de chez lui - et qui nous
conte sa première déception (Premier amour),
ou chez un autre enfant, à qui un camarade a prédit
une vie très courte (après avoir examiné sa
ligne de vie), et qui n’hésitera pas à se taillader
la paume de sa main pour conjurer le sort (Ligne de vie).
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Puis
viennent de jeunes hommes habités par de terribles
angoisses : celui « qui ne connaît pas la
tristesse » mais qui prend soudainement conscience
de la brièveté de son existence et s’abandonne
au chagrin (Le calendrier), ou encore cet autre,
qui vient de faire l’amour pour la première fois
et s’abandonne à son désespoir en comprenant
que ce que l’on désigne comme étant «le
plus grand bonheur» (titre de cette nouvelle de
moins d’une page) n’est rien d’autre qu’une
mascarade qui intensifie son sentiment d’entropie, admirablement
reflété dans le paysage qu’il contemple
: «La route goudronnée, déserte et
glacée, ressemble à une jeune fille anémique.
(…) Les immeubles sont figés dans une sorte de
paralysie complète ». |
Le
désespoir existentiel qui émane de ces textes se ressent
aussi dans Le pistolet d’enfant, une glaçante
mésaventure de la solitude qui frappe un jeune étudiant
que ses pairs humilient sans vergogne ou dans Mère,
où le jeune garçon dont il est question tente d’échapper
à l’amour maternel, étouffant et névrotique.
Les personnages ne sont pas sans failles et leur vanité est
parfois une explication à leur isolement comme dans Le
serment, qui s’apparente à une étude psychanalytique
des relations au sein d’une famille moyenne et des comportements
névrosés d’un jeune homme oppressé par
la sollicitude de sa mère. La dernière des nouvelles,
La fête de la déesse Matsu, que célèbrent
les habitants d’un village de pêcheurs, est davantage
ancrée dans une réalité socio-traditionnelle
mais n’en est pas moins tragique : même si Sa Keluo,
le jeune homme qui a décidé de remercier la déesse
à sa façon, n’est qu’un simple pêcheur
(contrairement aux protagonistes précédents, qui appartiennent
à des milieux intellectuellement plus avancés), il
paiera lui aussi le prix de son obsession… Cet ensemble doux-amer
capte quelques pensées secrètes, intimes et moroses,
et met à nu le caractère éphémère
et futile de l’existence, tout en soulignant combien l’angoisse
peut être un puissant moteur humain…
B.
Longre
(avril 2004)

Chine,
du côté des livres
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