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Extravagance
et simplicité.
Il peut paraître
présomptueux d’écrire à 39 ans son autobiographie
ou, comme le dit Peter Utz dans sa postface « Une vie
en 25 mouvements », de tirer le « bilan poétique
d’une vie ». La présomption est sans doute
celle du jeune homme qui se promet une « vie de poète
», mais non celle de l’écrivain dont la préoccupation
n’est pas ici de se raconter en long et en large, mais de
tirer la substance poétique d’expériences diverses.
Robert Walser (1878-1956) a rassemblé les proses de ce volume
en 1917, après ses « années berlinoises
», et c’est pour lui comme un retour aux sources de
sa vocation.
Une répartition
symbolique et significative : le premier texte s’intitule
« Voyage à pied », – comme un départ,
une inauguration, et le dernier « Vie de poète »,
– comme une récapitulation, une signature. Entre les
deux, des cheminements, des découvertes, des rencontres,
des illusions, des déboires, des révoltes, des projets,
de l’humour, et la nature. Comme l’indique l’un
des leitmotive, le poète en herbe est un itinérant
: « Je ne suis rien encore. Mon métier m’oblige
à parcourir le monde, et ce que je vais devenir, le ciel
le sait mieux que moi-même » ; et à l’instar
de son compatriote Rousseau, il ne se déplace qu’à
pied de village en village, parfois au petit bonheur la chance :
« Un jeune dadais agile et sans expérience galopant
à perdre haleine, voilà ce que j’étais
».
Ce qui le caractérise,
c’est aussi l’impertinence (« Notre jeune
talent n’était pas du tout sage, poli et reconnaissant
») et l’extravagance (« Je n’ai
pas à craindre de montrer ma singularité et d’afficher
mes bizarreries »). Toutes ces considérations
relèvent d’une vision au second degré du jeune
poète, non dénuée d’ironie et d’un
humour dans lequel se glisse subrepticement la caricature : «
La minceur sied au poète ; […] Un poète
replet est une chose impossible ».
Plus profondément,
dans l’ordre de l’existentiel et du littéraire,
ces vingt-cinq textes construisent poétiquement une destinée
passée, présente et future. La prose narrative et
descriptive est évidemment poétique, dans sa forme
et dans sa portée ; une prose qui tente de mener la plume
« dans des régions où vivent les bienheureux
et les insoucieux, qui jouissent de joies infinies »,
comme il est dit dans l’un des textes les plus importants,
« Marie ». Une prose riante et colorée, qui rappelle
le goût de Robert Walser pour la peinture. En même temps
que Vie de poète, les éditions
Zoé publient, du même auteur, Histoires
d’images, où de belles reproductions
de tableaux s’insèrent dans des textes en vers et en
prose sur le Titien, Bruegel, Fragonard, Daumier, Renoir, Van Gogh
et quelques autres. « Aquarelle », dans les dernières
lignes de l’ouvrage, le proclame : « Le peintre
n’est-il pas également un joueur, comme le poète
? ».
Jean-Pierre
Longre
(août 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.editionszoe.ch/
du
même auteur
L’homme
qui ne remarquait rien
traduit par Marion Graf - La Joie de lire, 2004
http://www.culturactif.ch/ecrivains/walser.htm
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