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Méprises
La nouvelle
éponyme de ce recueil place le lecteur face à un écrivain
conscient du « prix à payer » quand
on décide d’écrire : « le manque de
temps. » Vincent, le narrateur, évoque ainsi la
dure condition de l’écrivain que ses publications,
même nombreuses, ne parviennent pas à faire vivre :
« Le temps est dévoré. Il faut à
la fois subvenir à ses besoins – quand il n’y
a pas à rechercher un emploi – et exercer son art.
C’est tout. C’est comme ça. » Le constat
résigné mais sans amertume d’une situation qui
ne l’empêche pas d’être heureux de vivre
et d’écrire (d’où la devise qui tient
lieu de titre à ce texte), et de le proclamer.
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Quand il est rattrapé par son passé, qui s’incarne
dans une femme, Lise, qui l’a quitté trente ans
plus tôt, il en est d’abord heureux ; puis il saisit
très vite que toute tentative pour reprendre là
où ils s’étaient arrêtés est
vaine, que leurs vies ont pris des routes trop différentes.
Alors, pour tâcher de comprendre, il cède la parole
à Lise, désireuse de renouer un fil qu’elle
a pourtant brisé des années en arrière…
A lire les messages un peu fantasques de cette femme, dans lesquels
elle se livre et semble appeler à l’aide, se raccrochant
à cet homme qu’elle ne reconnaît plus (et
qui se livre peu au lecteur), on a le sentiment d’être
confronté à une solitude extrême qui s’adresse
au vide et au silence. |
Entre passé
et présent, jeunesse et vieillesse, ces quelques textes composés
d’une plume fluide mettent en perspective le temps qui fuit
et le présent qui s’accumule, l’impossibilité
de ces retours en arrière – annulant toute justification
du regret – que l’on se surprend parfois à espérer,
la difficile communication avec nos semblables, qui toujours nous
échappent ou que souvent on prend pour ce qu’ils ne
sont pas. Hormis le dernier texte, un bel hommage à Louise
Michel (que l’on découvre sur les barricades face aux
Versaillais, durant le siège de la Commune), d’autres
nouvelles s’articulent autour du passé qui interfère
avec le présent et le déstabilise – un passé
entêtant, inéluctable, qui refait surface chaque nuit
pour Ginette (La commande), et laisse cette rescapée
de l’univers concentrationnaire hantée par des scènes
cauchemardesques – des parallèles avec la situation
yougoslave s’échafaudant peu à peu, par le biais
de quelques discussions entre le narrateur et des amis. Là
aussi, le narrateur est écrivain, en mal d’imagination
: en résidence dans le centre de vacances où travaille
Ginette, il ne parvient pas à écrire la nouvelle noire
qu’on lui a commandée ; ironie du sort, c’est
en entendant des cris, plusieurs nuits de suite, qu’il se
dit que, peut-être, ce mystère pourrait l’inspirer…
sans savoir qu’ils sont l’écho des rêves
de Ginette… : « Quelle aubaine prononçai-je
alors à haute voix ! Un assassinat au centre de vacances
! Rien à inventer ! » Dans L’anniversaire,
une autre méprise attend le personnage : un vieil homme qui
vit paisiblement sa routine, entouré de ses chats, sans se
douter que l’attend au tournant le passé... qui prend
la forme d’une belle et jeune infirmière dont il attend
chaque matin la visite.
C’est un autre vieillard (musicien, cette fois), qui reste
en retrait mais dont le rôle est pourtant essentiel dans Les
barricades mystérieuses (titre emprunté à
Couperin) – un récit à la limite du fantastique,
dans lequel une jeune femme (plutôt seule elle aussi), s’installe
dans une nouvelle ville, cherche du travail, en trouve (un poste
de caissière en supérette en attendant mieux) et fait
peu à peu la connaissance de quelques personnes de son nouvel
environnement, même si, discrète, elle préfère
rester sur son quant-à-soi ; elle se refuse aussi à
côtoyer le monsieur âgé qu’elle croise
parfois, éprouvant à son égard une répugnance
épidermique, quasi inexplicable – simplement parce
qu’il est vieux (« la vieillesse est un reniement
total », pense-t-elle, portant haut sa jeunesse). Là
encore, il y aura méprise, ce dont elle ne prendra conscience
qu’après la mort de cet homme. Trop tard.
Blandine
Longre
(décembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://espacepandora.free.fr/
du
même auteur
Une histoire française - Paris,
janvier 1789
Le cherche midi éditeur, 2006
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