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Roman
graphique, bande dessinée, album jeunesse...
On a découvert
Arnaud Quéré avec une histoire très différente
de celle qu’il nous raconte aujourd’hui dans ce bel
album. C’était dans Echec & automates,
une série de trois albums publiés chez Carabas entre
2005 et 2006, entraînant les lecteurs dans un univers étrange,
onirique, poétique mais profondément humain.
Dans Un air de paradis,
il est essentiellement question de l’humain aussi, même
si paradoxalement, peu d’humains apparaissent dans les cases
au début de cet album intimiste, tout en noir et blanc, qui
montre les lieux et les objets qui l’ont marqué à
jamais. Il repose sur le souvenir : « Je me souviens du
jour où mon grand-père avait demandé à
mon oncle Lucien de lui fabriquer une pancarte pour poser sur le
portail de sa ferme. » C’est la première
case de l’album sur laquelle est dessiné un portail
fermé de part et d’autre d’un mur de pierre et
une pancarte accrochée « Chien méchant.
Ne pas entrer. Appeler SVP. »
Avec Arnaud qui se souvient et qui appelle les moments de son enfance,
on entre dans la ferme, on fait la connaissance du berger allemand,
Gaston, toujours à la chaîne, au pied de l’escalier
qui monte aux appartements. Puis, on part à trois kilomètres
de là, dans la maison où habitaient ses grands-parents,
et où avec ses deux frères, Cédric et Grégory,
il passait toutes les vacances d’été. Cela se
passait dans les années 1980, dans la campagne lyonnaise
« à une époque où les routes n’étaient
pas encore goudronnées. »

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Il
y avait le café-restaurant que les grands-parents tenaient
et leur clientèle d’habitués, dont certains
ne crachaient pas sur leur canon de rouge ; l’odeur
des confitures ; le terrain de boules où l’on
jouait à la lyonnaise (parce que « la lyonnaise
est à la pétanque ce que le bridge est à
la belote ») ; la cour ombragée par le tilleul
; la cabane à étage construite par le grand-père
; la vieille Juva4 dans laquelle les trois frères ont
parcouru en jeu des milliers de kilomètres, et la table
de ping-pong. Et puis, un peu plus loin, les champs, les bois,
le ruisseau avec ses têtards, les animaux : «
le plus grand terrain de jeu qu’un enfant puisse
rêver.». |
Et puis bien
sûr, il y avait les humains, dont Arnaud parle avec infiniment
de tendresse et de respect : son grand-père qui s’occupait
de la ferme, qui avait un taureau qu’il promenait en laisse
et deux magnifiques tracteurs où se juchaient les gamins,
sa grand-mère Jeanne, la grand-mère idéale,
son père Lucien, le libraire qui lui a communiqué
son amour des livres, sa mère Madeleine, l’infirmière,
ses frères avec lesquels il partait en voyage imaginaire
et se livrait à de gigantesques batailles d’eau au
plus chaud de l’été, les oncles, les tantes
…
Cet album est
beau, parce que qu’il raconte des émotions simples
et authentiques, dans lesquelles beaucoup de lecteurs peuvent s’immerger
et se reconnaître. Il y est question de l’enfance, qu’Arnaud
Quéré évoque en utilisant le regard de l’enfant
qu’il a été, un enfant aimé, un enfant
qui a eu un lieu magique pour jouer, pour rêver et pour grandir.
Un lieu qui a peut-être disparu physiquement comme les gens
qui le peuplaient, mais qui reste très présent en
lui, grâce auquel, sans aucun doute, il s’est construit
et où il a pu ancrer une partie de sa vie d’adulte.
Alors forcément chacun peut y retrouver sa propre enfance
et se rappeler son propre «air de paradis ».
Le récit est enrichi d’une jolie préface d’Edmond
Baudoin et d’un carnet de photos et de commentaires.
Echec & automates, tome 1,
de Philippe Ségard pour le scénario et de Arnaud Quéré
pour le dessin, Carabas, 2005
Dans une cité
imaginaire tout entière dédiée aux horloges,
les habitants, bien moins nombreux que les pendules, se nourrissent
d'oiseaux qu’ils pêchent sur des barques amarrées
dans le ciel. Les racines des arbres envahissent les bâtiments
et l'eau a déserté les canaux. C’est dans ce
monde étrange que vivent Nonnette et son mari, préparant
durant la morte saison l'arrivée des touristes : elle peint
des masques tandis que l’homme, aux allures de vieux loup
de mer, inlassablement règle chaque pendule à automates.
Mais, un jour, l’équilibre se rompt et la mécanique
fragile de la vie se dérègle : Nonnette meurt et laisse
à son homme éploré un bébé doté
d’une tête énorme. Le père et le fils
apprennent à se connaître et vont finir par s’apprivoiser...

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Segard
et Quéré parviennent à créer dans
ce premier album un univers extrêmement poétique,
qui laisse aux lecteurs la part belle à la rêverie.
Les relations entre le père et le fils sont aussi très
joliment racontées, avec une économie de mots
mais avec énormément de tendresse. Ces deux
personnages sont attachants et touchants. Quant au décor
dans lequel se déroule cette histoire onirique, il
est magnifique et toujours surprenant. Une vraie réussite
!
Le tome 2 s’intitule Ailleurs n’existe
pas (2005) et le tome 3 : Si les
mots ont une âme (2006)
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Arnaud Quéré
est aussi l’auteur d’un petit album carré pour
enfants, qui vient de paraître chez Carabas, dans la collection
Les Petits chats carrés. L’album cartonné au
format 17x17, qui s’intitule Le Manchot,
s’adresse aux enfants à partir de 5, 6 ans. Il s’agit
d’une bande dessinée animalière, sans texte
aucun hormis les onomatopées qui forment la bande son. Le
héros est un manchot, clown de son état, qui travaille
dans un cirque en compagnie d’autres animaux : rhinocéros,
éléphant, pieuvre, lapin, vache et autre souris.

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Notre
manchot est clown et jongleur et son emploi n’est guère
facile : il reçoit des tartes à la crème
en plein bec, que lui assène avec une belle énergie
son partenaire, le rhinocéros au melon vert. Le manchot
n’aime plus les pâtisseries et trouve le monde
du cirque bien cruel, qui rit tant à ses dépens.
Pourtant, le clown encaisse parce qu’il est là
pour cela et qu’il doit faire son métier de clown
avec amour et respect. Il sait qu’il n’est pas
la vedette. Pourtant lorsque le feu se déclare sous
le chapiteau, mettant le cirque entier en danger, le manchot
réagit vite, son adresse à manier les tartes
si détestées ne sera pas inutile alors …
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Voici une jolie
fable, à la fois tendre et cruelle, sur la condition de l’artiste,
sur la manière aussi de provoquer le rire, parfois au dépens
des autres, sur le respect que l’on accorde aux autres et
à soi même. Arnaud Quéré raconte cette
histoire sans paroles de manière très dynamique, vivante,
avec des cases carrées très colorées, très
gaies, et un découpage dynamique qui privilégie le
mouvement.
Une histoire que même les jeunes enfants, qui se savent pas
encore lire, peuvent apprécier, lire et relire.
Catherine
Gentile
(décembre 2007)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

http://www.editions-carabas.com/
http://arnaudquere.club.fr/topic/index.html
http://www.desrondsdanslo.com/
Bande
dessinée - articles
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