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«
On ne peut pas retenir celui qui veut sauter. »
Dolorès,
dite Dole, héroïne de ce roman, s’apprête
à célébrer ses 12 ans. C’est déjà
un « âge de réflexion », mais
là, dans cette famille un peu spéciale, c’est
en plus le moment où «l’apprentissage»
terminé, on devient un adulte et on est « introduit
dans la confrérie » !… Oui, mais Dole est
« gémeaux », et sa mère assure que les
personnes nées sous ce signe peuvent générer
le chaos en raison d’un perpétuel conflit intérieur…
Et la jeune fille déclenche en effet un grand chambardement
familial : Monika Feth en propose ici le récit,
avec une bonne dose d’humour habilement traduite par Bernard
Friot.
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«
La famille, c’est le plus important », et
celle-là, c’en est une plutôt originale
: une véritable association corporative dont tous les
membres sont réunis sous le même toit, tous obéissant
aux mêmes lois. Le grand-père paternel Léo,
la grand-mère Genoneva, le père Poldi, la mère
Isadora, le fils aîné Freddie, 16 ans, les 2
filles Dole, 12 ans et Henri ( ! ) 7ans, le petit dernier
Tris, 5 ans, l’oncle Kunibert, la tante Arabell, et
aussi Ludmilla venue d’on ne sait où : tous forment
une tribu très fermée. Le secret qui les lie,
c’est leur « métier » de
« pickpocket », une tradition ancestrale.
Mais attention ! ce ne sont pas des « voleurs
», ça c’est un mot « tabou
», pas chapardeurs, pas filous, non ! Plutôt brigands
du style Robin des Bois, sauf que, comme dit Freddie, sa famille,
elle, ne redistribue pas l’argent dérobé… |
Freddie justement,
se rebelle ; il veut gagner honnêtement sa vie, il décide
d’entrer en apprentissage chez le coiffeur local. Quel affront
! devenir « coupeur de cheveux » ! Léopold
1er et Léopold 2 (Léo et Poldi) le jettent dehors
: qu’il se débrouille, c’est un renégat…
Dole, tendrement attachée à son grand frère,
se retrouve tiraillée entre lui et sa famille ; et Freddie
tente de la convertir : « Tu es ligotée par cette
vie ! »… Pourtant, elle a plutôt du talent
dans le « métier » ! Elle sait observer, attendre,
elle excelle à faire le leurre, elle respecte scrupuleusement
les « commandements » essentiels.C’est
alors qu’apparaît Jonas : il va semer « une
belle pagaille ». Dole le rencontre par hasard, avant
son anniversaire ; elle l’invite même, mais il ne vient
pas… et Dole est très malheureuse. Jusqu’à
présent son « épuisante » famille ne lui
a pas laissé le temps d’avoir des amis, et elle s’aperçoit
seulement maintenant qu’il lui manquait quelque chose. Pour
lui, elle aurait bien envie d’être « honnête
», elle aimerait lui parler des « affaires
» de sa maison. Seulement voilà, au regard des préceptes
familiaux, la profession du père de Jonas le rend infréquentable.
De là naît le conflit intérieur de Dole : comment
faire pour concilier l’attachement à sa famille, l’amitié
pour Freddie, l’amour naissant pour Jonas ? Elle aime les
secrets, mais elle étouffe, elle doute, elle commence à
transgresser les règles de la tribu, elle devient maladroite,
et voilà qu’elle perd le don de « voler »…
Parallèlement, elle développe une énergie prodigieuse
à rechercher ce qu’elle veut vraiment : c’est
sûr, elle aime sa famille mais elle aspire aussi à
se débrouiller seule, à « s’envoler »
: « On ne peut pas retenir celui qui veut sauter. Et c’est
à lui de décider où il veut sauter ».
Le jeune lecteur
adolescent suit la réflexion de Dole, s’interroge et
doute avec elle. Vol, envol est un récit
alerte ; Monika Feth parvient à traiter le conflit des générations
avec légèreté et drôlerie. Elle donne
aux femmes de la famille un rôle important dans l’évolution
et l’issue de l’histoire. L’illustration de couverture,
signée Antoine Guilloppé, donne la
couleur du roman : le vert, comme la mèche de cheveux que
Dole finit par arborer pour affirmer sa transformation, c’est
l’espérance, le renouvellement, et c’est aussi
la paix. Dole espère devenir honnête, elle espère
avoir des amis, elle trouve le moyen de se libérer des contraintes
ancestrales, elle gagne une ouverture sur le monde et elle réconcilie
son entourage. Finalement ça vaut la peine de bousculer un
peu les traditions !
Martine
Falgayrac
(janvier 2004)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

http://www.editions-thierry-magnier.com/
http://www.monika-feth.de/
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