Voir/Noir
de François David

Motus, 2005

PRIX DE LA NUIT DU LIVRE 2006

 

 

Faire toute la lumière sur la différence…

Cela faisait un bout de temps que François David souhaitait publier cet ouvrage volontairement déroutant ; Voir, derrière une sobriété graphique qui rappelle la collection Mouchoir de poche (du même éditeur), réserve en effet quelques surprises au lecteur. Sur la première de couverture, il est d'abord difficile de distinguer le titre (« Voir », se lit aussi « noir », par association d’idées et de signes) inscrit en noir et en relief, sur fond noir, justement… Mais quand on l’ouvre, les mots blancs éclatent sur la page – on s’aperçoit pourtant que la typographie, peu à peu, se fait de plus en plus petite… Il faut alors plisser les yeux si l’on veut connaître la fin de l’histoire…
L’auteur se joue-t-il de nous ? Assurément ! Il le fait exprès, oui… et on comprend ses raisons une fois l’histoire achevée : celle d’une petite fille et de ses deux amies Manon et Jessy (elles « ne sont pas comme moi », nous prévient l'enfant) qui s’amusent à se déplacer dans le noir à travers l’appartement – un parcours d’obstacles bien préparé par la narratrice, qui remporte la course.
Mieux vaut se taire et ne rien dévoiler de la chute de ce récit très ingénieux, par crainte de gâcher le plaisir à venir des lecteurs. Cet ouvrage simple et pourtant exemplaire remplit sa mission : provoquer une prise de conscience, et évoquer le thème de la différence en mettant le lecteur dans la position de l’aveugle… Mais Voir n’est pas réservé aux seuls voyants et une autre initiative originale permet aux enfants malvoyants de lire à leur tour cette histoire amusante : il leur suffit déjà de sentir sous leurs doigts la douceur légèrement veloutée du papier choisi pour la couverture, puis de tourner le livre dans l’autre sens et de découvrir sa retranscription en braille... Justement, tout n’est que question de point de vue et d’inversion de ce même point de vue ; l’histoire le montre à merveille : être aveugle peut parfois être une «chance», mais celui qui voit ne doit pas non plus oublier d'être lucide et de « voir » vraiment, même «quand il ne fait pas noir».
Il existe quelques ouvrages semi-documentaires de bonne facture qui permettent aux enfants de mieux comprendre les "différences" (comme par exemple Le Handicap, Autrement Junior), mais ce bref récit va bien au-delà, en mettant l'enfant lecteur en situation. François David est décidément un auteur que, de livre en livre, l'on est tenté de suivre aveuglément...

B. Longre
(novembre 2005)

du même auteur
Oh ! Les Amoureux avec Isabelle Simon, Sarbacane, 2006
Un éléphant peut en cacher un autre, Sarbacane, 2005
Pommes de pin illustrations d’Eric Battut, Lo Pais d’enfance, Le Rocher, 2005
Je suis un ange coll. mouchoir de poche, Motus, 2005
Poèmes sans queue ni tête d’après Edward Lear, ill. Henri Galeron, Motus, 2004
La petite sœur de Kafka, dessins Anne Herbauts, Esperluète, 2004
Chat qui vole, Editions du jasmin, 2003
L'oiseau bonheur, ill. L. Corvaisier, Albin Michel jeunesse, 2003
Est-elle Estelle ? ill. Alain Gauthier, Motus, 2002
Les enfants de la lune et du soleil, ill. Henri Galeron, Motus, 2002
La tête dans les nuages, phot. Marc Solal, Motus, 1998

Ecrivain en littérature de jeunesse, François David est aussi directeur littéraire des éditions Motus depuis 1988.

http://www.editions-motus.com