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Faire
toute la lumière sur la différence…
Cela faisait
un bout de temps que François David souhaitait publier cet
ouvrage volontairement déroutant ; Voir,
derrière une sobriété graphique qui rappelle
la collection Mouchoir de poche (du
même éditeur), réserve en effet quelques surprises
au lecteur. Sur la première de couverture, il est d'abord
difficile de distinguer le titre (« Voir », se lit aussi
« noir », par association d’idées et de
signes) inscrit en noir et en relief, sur fond noir, justement…
Mais quand on l’ouvre, les mots blancs éclatent sur
la page – on s’aperçoit pourtant que la typographie,
peu à peu, se fait de plus en plus petite… Il faut
alors plisser les yeux si l’on veut connaître la fin
de l’histoire…
L’auteur se joue-t-il de nous ? Assurément ! Il le
fait exprès, oui… et on comprend ses raisons une fois
l’histoire achevée : celle d’une petite fille
et de ses deux amies Manon et Jessy (elles « ne sont pas
comme moi », nous prévient l'enfant) qui s’amusent
à se déplacer dans le noir à travers l’appartement
– un parcours d’obstacles bien préparé
par la narratrice, qui remporte la course.
Mieux vaut se taire et ne rien dévoiler de la chute de ce
récit très ingénieux, par crainte de gâcher
le plaisir à venir des lecteurs. Cet ouvrage simple et pourtant
exemplaire remplit sa mission : provoquer une prise de conscience,
et évoquer le thème de la différence en mettant
le lecteur dans la position de l’aveugle… Mais Voir
n’est pas réservé aux seuls voyants et une autre
initiative originale permet aux enfants malvoyants de lire à
leur tour cette histoire amusante : il leur suffit déjà
de sentir sous leurs doigts la douceur légèrement
veloutée du papier choisi pour la couverture, puis de tourner
le livre dans l’autre sens et de découvrir sa retranscription
en braille... Justement, tout n’est que question de point
de vue et d’inversion de ce même point de vue ; l’histoire
le montre à merveille : être aveugle peut parfois être
une «chance», mais celui qui voit ne doit pas
non plus oublier d'être lucide et de « voir »
vraiment, même «quand il ne fait pas noir».
Il existe quelques ouvrages semi-documentaires de bonne facture
qui permettent aux enfants de mieux comprendre les "différences"
(comme par exemple Le Handicap,
Autrement Junior), mais ce bref récit va bien au-delà,
en mettant l'enfant lecteur en situation. François David
est décidément un auteur que, de livre en livre, l'on
est tenté de suivre aveuglément...
B.
Longre
(novembre 2005)

du
même auteur
Oh ! Les Amoureux
avec Isabelle Simon, Sarbacane, 2006
Un éléphant
peut en cacher un autre, Sarbacane, 2005
Pommes
de pin illustrations d’Eric Battut, Lo Pais d’enfance,
Le Rocher, 2005
Je suis un ange coll. mouchoir
de poche, Motus, 2005
Poèmes sans queue ni tête d’après
Edward Lear, ill. Henri Galeron, Motus, 2004
La petite sœur de Kafka,
dessins Anne Herbauts, Esperluète, 2004
Chat qui vole, Editions du jasmin,
2003
L'oiseau bonheur, ill. L. Corvaisier,
Albin Michel jeunesse, 2003
Est-elle Estelle ? ill. Alain
Gauthier, Motus, 2002
Les enfants de la lune et
du soleil, ill. Henri Galeron, Motus, 2002
La tête dans les nuages,
phot. Marc Solal, Motus, 1998
Ecrivain
en littérature de jeunesse, François David est aussi
directeur littéraire des éditions Motus
depuis 1988.
http://www.editions-motus.com
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