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avec
Romen Avinian, Lala Sarkissian et Ivan Franek.
Meilleur film de la sélection «Controcorrente
» du Festival de Venise 2003.
Au
Kurdistan, l’abus de santé est dangereux pour la vodka
Du fin fond de l’Arménie enneigée, une
chronique digne, édifiante bien qu’inachevée.
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D’un
blanc éclatant, amoncelée à perte de vue,
des montagnes jusqu’au bord de la (seule) route principale,
la neige tient la vedette tout au long de Vodka
Lemon. La caméra ne semble retenir qu’elle
ou presque, souvent luisante au soleil, parfois rugueuse en
bourrasques. Aux esprits français tempérés,
il faut donc un temps raisonnable d’acclimatation pour
pénétrer une saison, un pays et une ambiance…
kurdes, en un mot.
Accueilli dans le désert par quelques personnages emmitouflés,
raidis par le grand froid et davantage encore par le désœuvrement
total, le regard veut d’abord bousculer les images de
paysages splendides si calmes et reculés. Toute aussi
dépaysée, l’oreille peut très bien
se lasser de la lente prononciation de l’arménien,
du russe et du kurde, une langue tout juste introduite à
l’écran par le pionnier Hiner Saleem
(trois œuvres en six ans). |
Mais heureusement,
à la blancheur envoûtante des décors répond
celle des cheveux et de la barbe d’Hamo, repère visuel
essentiel plutôt que personnage principal. De fait, au «Vodka
Lemon», bicoque irréelle de planches et de bouteilles
(le «Bagdad Café» arménien),
le récit, compliqué, fait la part belle aux visions,
des figures limpides jusqu’au symbolique. Ainsi du vieux Hamo
se dégagent la droiture et l’honnêteté
profonde des Kurdes arméniens. Ces qualités semblent
chères à Hiner Saleem. Très motivé,
le réalisateur invite le cinéma dans la région
de son enfance, ou plutôt sa jumelle (impossible de filmer
en Irak à la fin de l’hiver dernier !).
Derrière
une histoire complexe à l’intrigue à peu près
nulle (avec notamment la lecture, sur la tombe de la mère,
des lettres du fils exilé en France,
un mariage arrangé en porte-à-faux, à l’opposé
d’un amour cousu de fil blanc et noué à la fermeture
du bar éponyme du film), bref sans queue ni tête précises,
Saleem envoie, tout de même, tant de signes clairs ! Par la
chronique, le vécu sublime des plans habiles, séparés
par de belles transitions.
Bonheur
de cinéma coupé en tranches de vie
Fumer en plein
air — par moins vingt ! — seul sur sa chaise, devant
la maison aux fenêtres ouvertes, boire à la mémoire
de l’Union soviétique dans une flasque marquée
de l’étoile rouge, porter jusqu’au marché
en ville ses ultimes meubles, un à un, sur le dos —
au risque de se renverser comme une tortue ! — pour une poignée
de dollars et un bouquet de fleurs fluo, monter dans un bus limite
carrossé, apparemment froissable comme une cannette, avec
le sourire du quotidien comme passager… Vodka
Lemon le donne à voir, et bien plus encore.
Sans le prétendu réalisme documentaire archi-connu,
sans le style carnet de route abonnement des reporters, mais plutôt
dans un bonheur de cinéma, Saleem met le pays en scène
dans son bon fond comme dans ses plus gros paradoxes, tels que ces
amoureux au cœur tendre, intraitables avec les femmes.
Alors bienvenue
au Kurdistan ! La restitution régionale relève du
grand art, celui de représenter la vie en général.
Vodka Lemon offre l’impression
délicieuse de sentir le film en train de se faire. Au plaisir
de partager l’aventure humaine du tournage épique s’ajoute
celui de regarder les traits d’une société se
préciser, fidèles à la réalité
ou au goût de l’artiste. Ancien portraitiste, Hiner
Saleem s’applique à bien connaître son sujet,
à le dessiner avec le plus d’exactitude possible, pour
ensuite s’amuser avec les images obtenues, les animer, et
enfin y accoler des voix, des violons, des tambours et autres balalaïkas…
Et une «Vodka Lemon», une !
François
Cavaillès
(mars 2004)
François
Cavaillès
est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter
en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada),
il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est
et étudie le thaï à l'Institut National des Langues
et Civilisations Orientales de Paris.

http://www.memento-films.com
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