L’Ile rose
de Charles Vildrac

Thierry Magnier / La Joie par les livres, 2006

 

 

Une utopie pour les enfants des années vingt

Publié en 1924, ce livre a été sélectionné par La Joie par les livres et réédité aujourd’hui pour notre plus grand plaisir. Plaisir d’adultes, tout d’abord, de pouvoir lire ce premier livre de Charles Vildrac écrit pour les enfants et de retrouver le style de l’auteur et celui de son époque : les dialogues entre enfants sont savoureux et rappellent certains films réalistes. Mais un autre plaisir de lecture sera partagé sans doute plus largement : à travers L’Ile rose, on découvre une belle utopie.
Le héros de l’histoire, Fernand (appelé Tifernand), échappe à la misère, à la quotidienneté, à une école austère et à un maître haï en accompagnant l’homme qu’il appelle “ l’enchanteur ” sur une île où vivent de nombreux autres jeunes garçons, tous amenés là par cet homme mystérieux. Ce pourrait être une version moderne du joueur de flûte de Hamelin, ou pire, une histoire sordide de “ voleur d’enfants ”. Ici, c’est un beau rêve, une utopie, qui se réalise : les adultes ne veulent que le bonheur des enfants, l’école est un plaisir et est faite pour l’épanouissement ; on écrit des mots “ avec plaisir et avec soin sur son cahier parce qu’ils rappellent des bons moments ”, “on fait “ une dictée sans s’en apercevoir, presque en jouant ”. La nature est accueillante et offre des plaisirs variés, des découvertes infinies pour le petit citadin…

Mais tout ce rose qui risquerait de virer à la guimauve est troublé par le souci de l’enfant pour sa famille et ses amis restés à Paris. Peut-on être heureux sans ceux qu’on aime, et peut-on profiter de ce qu’on nous offre en sachant que les autres en sont privés ? L’aventure dangereuse de Tifernand à la fin de l’histoire met un peu de vagues dans cet univers trop lisse et offre une profondeur à une histoire qui sans cela n’aurait que le charme d’un rêve réalisé.
Reste une interrogation : les enfants plus choyés d’aujourd’hui sauront-ils goûter ce rêve qui pourra leur sembler un peu simple ? Pourront-ils partager l’émerveillement de Tifernand revêtant le costume de l’île (pantalon blanc et espadrilles) et se gavant de petits pâtés et fruits confits à la crème ? Le merveilleux d’hier résistera-t-il aux tentations d’aujourd’hui ?

Anne-Marie Mercier-Faivre
(octobre 2006)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

dans la même collection
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Thierry Magnier / La Joie par les livres, 2006

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