de Matèi Visniec
Mise en scène
Christiane Gatt-Brozille et Serge Brozille

10-18 mars 2005 à 20h45
Théâtre de la Presle, Romans (26)

DU 15 AU 26 novembre 2005
théâtre de l'Iris, Villeurbanne (69)

 

autres dates
• reprise à Romans au Théâtre de la Presle les 4, 5, 8 , 9 et 10 novembre, 20h45.
• à la Faïencerie, La Tronche (38) le 2 décembre
• à l'Espace Baudelaire à Rillieux-la-Pape (69) le 2 février 2006

avec
Jean-Pierre Yvars : Nicollo
Serge Brozille : Filippo
Alain Gandy : Peppino

Scénographie : Serge Brozille
Lumières : Joël Bonnet
Son : Marc Favre
Construction décors : Xavier Larat
Peinture décors : Pierre Marie Millet
Affiche : Bruno Théry

« Petit boulot pour vieux clown est une pièce qui m’a accompagné dans mon errance à travers l’Europe, de l’est à l’ouest, durant mon passage d’un monde à l’autre, de ma langue maternelle vers la langue française, dans ma recherche d’une nouvelle identité. J’ai commencé à l’écrire à Bucarest en 1986 et je l’ai terminé à Paris en 1987. (...) J’ai écrit donc cette pièce parce que pour moi le clown est un personnage qui rit en pleurant et pleure en riant ; il est en même temps le bouffon du Roi qui se moque de son Maître, et le fou qui dit la vérité ; il est le miroir impitoyable de son temps et l’écho enfantin du temps qui passe…» Matèi Visniec

Cie de l’œil Nu
théâtre de la Presle 26100 Romans
Tél : 04 75 70 55 96

La compagnie de l'Oeil Nu
Créée à Lyon en 1973, la compagnie est dirigée par Serge Brozille et Christiane Gatt-Brozille, tous deux metteurs en scène et comédiens. En 1977, l'Oeil Nu s'installe à Romans, et pendant une dizaine d'années se consacre à un public jeune ; après une dizaine d'années de nomadisme à l'intérieur de la ville, la compagnie s'installe au théâtre de la Presle pour se consacrer essentiellement à un public adulte et présenter ses créations. En 1998, l'Oeil Nu est chargée de la programmation théâtre pour l'ensemble de la ville.

La pièce est disponible aux Editions Actes Sud-Papiers

 

Attente

Assez sombre à la première lecture, la pièce de Matei Visniec est presque une réécriture de Samuel Beckett. La mise en scène, la mise en lumière de Christiane Gatt-Brozille et de Serge Brozille surprend le spectateur de Petit boulot pour vieux clown qui connaît le texte de la pièce. Le défilé clownesque. Les trois portes peintes en bleu, comme les trois personnages arrivés l'un après l'autre sont mis sous une lumière tendre et gaie. Pendant que la lumière se répand et les couleurs surgissent, les personnages Filippo, Nicollo et Peppino s'abritent de leur solitude, se réincarnent et remettent leurs costumes inactuels pour réapparaître ensuite dans leurs vieux rôles de clowns qu'ils étaient à l'époque de leur gloire et de leur jeunesse.

Un peu comme dans L'Opéra Panique d'Alejandro Jodorowsky, la tragédie se dissout systématiquement dans le grotesque. Le rire contraste ici et, en même temps s'accorde absurdement avec l'angoisse, le rêve nostalgique ou plutôt le souvenir avec la réalité, la pénombre de la salle sans fenêtre avec les "étincelles" d'humour. Le rire est inévitable. Néanmoins, les vieux clowns fixés d'un "oeil nu", les vieillards, en mouvement constant sur la scène, en costumes de location et avec une valise démodée, qui dépoussièrent leurs mémoires et leurs songes inédits, sont saisis sur le plateau en flagrant délit dans un échec social et éthique.

La rencontre de trois vieux clowns a lieu sur la scène d'"attente". La rencontre devient un voyage rétrospectif, un voyage dans le passé et un espoir de l'avenir. L'attente comme chez Beckett, une attente vaine, inaboutie et en même temps inévitable, apparaît ici comme une façon de vivre. Elle symbolise la vie et l'espoir mais aussi l'inconnu et l'inflexibilité du temps. Le temps, comme s'il était plus "épais", se manifeste dans toute sa cruauté et devient très concret. Dans ce théâtre de l'absurde existentiel c'est le temps en effet qui traduit le réel. Le metteur en scène rend avec subtilité ce face-à-face entre l'homme et le temps. Dans un espace parfaitement clos qui est d'abord le plateau de théâtre, puis la salle d'attente, l'homme essaye de résister à l'oubli jusqu'au point de devenir ridicule dans sa rivalité avec l'autre, dans l'affrontement du soi et dans la peur de ce qui adviendra.

La dramaturgie de Beckett a beaucoup marqué l'oeuvre de Visniec. Le metteur en scène veut éloigner cette influence beckettienne sans pourtant la nier. Cette influence pourrait en effet devenir un stéréotype théâtral auquel on échappe ici en éliminant la sobriété mais en gardant en même temps l'aspect de suspens. Les personnages attendent pendant de longues heures l'arrivée d'un "Godot", ils écoutent avec impatience et excitation les pas lointains dans l'escalier, derrière l'une des trois portes, et les fanfares d'un cirque qui passe quelque part à l'extérieur, dans un univers extra-scénique qui n'est plus accessible aux trois vieux personnages tragi-clownesques.

Agata Mozolewska
(mars 2005)

Page thématique : Ecrits franco-roumains

du même auteur
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