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Résonances
théâtrales
Ce recueil rassemble
quatre pièces des années 1990, la première
traduite du roumain par Virgil Tanase, les trois
autres directement écrites en français. Un ensemble
qui pourrait paraître de prime abord artificiel, mais dont
la lecture permet de déceler l’unité, une unité
qui résulte de caractéristiques tenant à la
fois de la sobriété dramaturgique (décors discrets,
petit nombre de personnages), des résonances intertextuelles
(Beckett au premier plan, mais pas seulement), des jeux de miroirs,
de doubles, de mise en abîme du théâtre, et des
leçons de dérision, voire de désespoir que
dispense cette lecture.
Du
pain plein les poches met en scène deux hommes
dont l’esquisse nominale se réduit à un accessoire
(« chapeau » et « canne »), et un chien
invisible (mais parfois audible), puisqu’il est tombé
au fond d’un puits. Le dialogue autour du puits (faut-il secourir
la bête, et si oui comment et avec qui, sinon pourquoi et
qu’en résultera-t-il ?), tour à tour amical,
vindicatif, absurde, argumentatif, rassurant… tourne à
la fable politique, sociale, humaine. La richesse symbolique de
la pièce multiplie les possibilités de lecture, de
l’histoire ancienne à l’actualité, et
sa portée est celle d’une véritable tragi-comédie,
dont la trame s’adapte à toute situation.
Le titre suivant,
Le dernier Godot, est transparent, mais
la pièce a l’épaisseur et la complexité
du théâtre dit « de l’absurde ».
Le postulat de départ repose sur une double anomalie (ou
une double audace) : Godot est enfin arrivé, on n’a
plus à l’attendre, et Beckett est devenu un personnage
fictif ; tous deux se mettent à ressembler à Vladimir
et Estragon, cherchent des preuves de l’existence, des traces
d’identité, constatant la mort du théâtre
(et ainsi de l’homme, toujours en représentation).
Pourrait-on qualifier Le dernier Godot
de suite d’En attendant Godot ?
Réponse ambiguë, ou non-réponse, puisque la pièce
de Visniec finit comme celle de Beckett débute…
Plus audacieusement
encore, L’araignée dans la plaie
renvoie au Nouveau Testament, précisément aux derniers
instants du Christ en croix, entouré des deux larrons. Ceux-ci,
effrayés par une araignée qui menace de monter vers
eux, sollicitent les interventions miraculeuses de leur illustre
compagnon d’agonie. Il ne peut que manifester son impuissance,
et lancer son fameux « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu
abandonné ? ». Dérision absolue et pathétique,
ce sont les deux larrons qui, dans un geste trivial et désespéré,
tout simplement humain, tenteront de protéger de l’araignée
de la mort le « minable bavard » en qui ils
auraient voulu croire.
Avec Le
Deuxième Tilleul à gauche, triomphe
le « théâtre dans le théâtre »,
démontant les mécanismes de l’illusion. En deux
actes rigoureusement parallèles et complémentaires,
un homme et une femme font croire à un compagnon-spectateur
(et par la même occasion se font croire à eux-mêmes)
qu’ils sont maîtres des faits et gestes de leur vis-à-vis.
Marionnettistes manipulés, ils mettent en avant les renversements
cause-effet / effet-cause, que l’on peut appliquer aussi bien
au spectacle théâtral qu’à celui de la
vie.
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Car
c’est bien là l’un des mérites
importants de l’art de Matéi Visniec : son
écriture traduit à coup sûr une parfaite
maîtrise du théâtre, qui plus est du
théâtre moderne, utilisant les acquis du passé
pour mieux en démonter les procédés,
faisant intervenir des personnages en quête d’eux-mêmes,
ne se berçant pas d’illusions et ne se privant
pas de faire « réfléchir » le
langage scénique sur lui-même, et ainsi de
faire réfléchir le spectateur sur ce qu’il
voit et entend. Mais surtout, c’est de la littérature,
celle qui met l’homme devant lui-même, devant
ses mensonges et ses vérités : de la littérature
de tous les temps.
Jean-Pierre
Longre
(juillet 2004)
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Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Page
thématique : Ecrits franco-roumains
du
même auteur
Richard
III n’aura pas lieu, La machine Tchekhov, La femme-cible et
ses dix amants Lansman, 2005
Petit
boulot pour vieux clown, Cie de l'Oeil Nu (2005)
Attention aux vieilles dames rongées
par la solitude,
Lansman, 2004
http://www.actes-sud.fr
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