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Attention aux vieilles dames rongées par
la solitude
au Théâtre le Ring, Avignon Festival Off
Du 8 au 31 juillet 2004 à 15h
Mise en scène : Marie Pagès, compagnie Saliéri-Pagès
Chez Matéi
Visniec, écrivain d’origine roumaine, la dramaturgie
passe d’abord par le goût de la langue d’adoption,
cette langue française qui lui fournit des titres sonores
et percutants (voir Petit boulot pour vieux clown, L’histoire
des ours panda racontée par un saxophoniste qui a une petite
amie à Francfort, L’histoire du communisme racontée
aux malades mentaux etc.). Attention aux vieilles
dames rongées par la solitude (titre du volume
et de l’un des textes qui le composent) est un recueil de
15 pièces brèves groupées autour de trois thèmes
spatiaux : « Frontières », « Agoraphobies
», « Désert ». Structure ferme, laissant
pourtant aux metteurs en scène « le soin de choisir
et organiser les scènes en fonction de leurs propres options
dramaturgiques ».
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Ce compromis
entre la rigueur et la liberté, entre l’unité
et la pluralité se retrouve dans la conduite de ces
mini-pièces, dont la brièveté pourrait
faire penser au Théâtre de chambre de Jean
Tardieu, mais qui abordent une grande diversité
de sujets dans des tonalités non moins variées
: la guerre et ses drames, la mort et ses cas de figure,
le désespoir et sa violence, le désir de bonheur
et ses déceptions, la vie et ses fantômes,
la destinée et son absurdité… Les personnages
et les situations dans lesquelles ils se laissent surprendre
représentent un panel à la fois surprenant
et familier, attendrissant et repoussant, de l’humanité
(le sous-titre précise : « Théâtre
de la tendresse et de la folie ordinaire ») :
serveuses et clients, vieil indien et son fils, photographe
des « grandes marées », petits
et grands chefs, morts au champ d’honneur en quête
de reconnaissance, snipers, victimes des hommes ou de la
fatalité, conseiller en mendicité, auto-stoppeuse
indifférente, amoureuse déçue, mère-porteuse
virginale, homme blessé et passant curieux, aveugle
et son chien etc.
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Mais ce n’est
pas un « théâtre de situation ». Il y a
de la satire, de la revendication, de l’humour (noir le plus
souvent), de la tragédie, de l’absurde (généralement
point de départ des intrigues), de la provocation, des crises,
du mystère aussi… Au théâtre, tout est
signe, comme on le sait (ou « tout est langage »,
selon Ionesco). Ici, Visniec fait naviguer le lecteur (le spectateur
potentiel) entre « engagement » et « absurde »,
mais aussi et finalement déborde cet apparent dilemme ; l’essentiel
est la création, une création d’une profonde
humanité, qui passe avant tout par les mots. On a affaire
à de vrais textes théâtraux, riches, ambigus,
poétiques, et ainsi à une véritable mise en
scène du langage.
Jean-Pierre
Longre
(juin 2004)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Page
thématique : Ecrits franco-roumains
Du
même auteur
Richard III n’aura pas lieu, La machine
Tchekhov, La femme-cible et ses dix amants Lansman, 2005
Petit boulot pour vieux clown,
Cie de l'Oeil Nu (2005)
Du pain plein les poches
et autres pièces courtes, Actes Sud – Papiers,
2004
http://www.lansman.org/
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