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Médée
l'Africaine
Deux textes
de Virginie Thirion, comédienne, metteur en scène
et dramaturge, paraissent aux éditions Lansman, deux textes
que l'on pourrait définir comme expérimentaux tant
l'auteur semble vouloir déstructurer la forme théâtrale
narrative conventionnelle. Dans Zéphira. Les pieds
dans la poussière, il y a pourtant bien une histoire,
construite, élaborée et jouée par trois femmes
désignées par des numéros, qui endossent chacune
à leur tour le rôle de "la femme Zéphira"
; Zéphira est une exilée volontaire, qui a quitté
son pays de sécheresse et de pauvreté pour "une
ville au coeur électrique", en Europe. Elle a rêvé
d'une autre vie, celle d'une femme aux "cheveux longs lisses
comme des algues", qui porte des chaussures jaunes à
talons pointus, emblème de cette existence imaginée.
| En
Europe, Zéphira rencontre l'homme, qui reconnaît
en elle son pays à lui... Un amour naît, puis des
enfants et la vie de Zéphira est un paradis, même
sans papiers. Mais quand l'homme la quitte et qu'il veut les
enfants, c'est un peu comme si la magie de sa nouvelle existence
retombait en poussière, et Zéphira n'a d'autre
choix que de "défaire" ce qu'elle a fait, incapable
de désirer autre chose que le néant. |
Mise
en scène Virginie Thirion et Dominique Duszynski
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Cette fable
tragique (inspirée d'un fait divers) ne manque pas d'entrain
et est rythmée par de nombreuses métaphores, par l'Afrique
que Zéphira a gardée au fond du coeur, par des litanies
parfois douces, parfois violentes.
Même si
le personnage paraît construit, l'alternance du jeu des trois
comédiennes donne à Zéphira un aspect générique
qui apporte à l'ensemble un effet parabolique plutôt
intéressant. La brièveté du bonheur de la jeune
femme est tout particulièrement poignante et l'insistance
qu'elle met à vivre ses rêves lui vaut peut-être
cette fin tragique : une histoire qui repose sur un autre récit
théâtral, celui de Médée ; une intertextualité
qui ajoute à la profondeur des effets d'écriture de
l'auteur.
La deuxième
pièce de ce recueil est un monologue déroutant et
souvent brutal : celui de la comédienne s'adressant à
un public qui attend que le spectacle commence. Mais le spectacle,
c'est elle, uniquement elle : elle fait le bilan du théâtre,
le dépouille de l'illusion qu'il porte habituellement en
lui, en se mettant d'elle-même à nu devant le public,
dévoilant ses objectifs un peu confus, tout en leur promettant
de tout jouer, son "testament", sa catharsis...
D'emblée elle les met en garde, leur demande de s'installer
confortablement, car forcément ils s'ennuieront... Elle explique
aussi qu'elle est à leur service, quelle sera "le
prophète de vos pensées. Votre Messie. Je vous ferai
plein de «il était une fois» partout."
V.I.P. fait penser à une répétition
générale qui tourne mal, un grand déballage
de sentiments et de pensées contradictoires, graves et cocasses,
une drôle de déclaration d'amour, en définitive
assez touchante, adressée au théâtre et au public...
Blandine
Longre
(décembre 2002)

http://www.lansman.org/
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