Zéphira. Les pieds dans la poussière / V.I.P. (Testament)
Lansman Editeur, 2002


Médée l'Africaine

Deux textes de Virginie Thirion, comédienne, metteur en scène et dramaturge, paraissent aux éditions Lansman, deux textes que l'on pourrait définir comme expérimentaux tant l'auteur semble vouloir déstructurer la forme théâtrale narrative conventionnelle. Dans Zéphira. Les pieds dans la poussière, il y a pourtant bien une histoire, construite, élaborée et jouée par trois femmes désignées par des numéros, qui endossent chacune à leur tour le rôle de "la femme Zéphira" ; Zéphira est une exilée volontaire, qui a quitté son pays de sécheresse et de pauvreté pour "une ville au coeur électrique", en Europe. Elle a rêvé d'une autre vie, celle d'une femme aux "cheveux longs lisses comme des algues", qui porte des chaussures jaunes à talons pointus, emblème de cette existence imaginée.

En Europe, Zéphira rencontre l'homme, qui reconnaît en elle son pays à lui... Un amour naît, puis des enfants et la vie de Zéphira est un paradis, même sans papiers. Mais quand l'homme la quitte et qu'il veut les enfants, c'est un peu comme si la magie de sa nouvelle existence retombait en poussière, et Zéphira n'a d'autre choix que de "défaire" ce qu'elle a fait, incapable de désirer autre chose que le néant.

Mise en scène Virginie Thirion et Dominique Duszynski

Cette fable tragique (inspirée d'un fait divers) ne manque pas d'entrain et est rythmée par de nombreuses métaphores, par l'Afrique que Zéphira a gardée au fond du coeur, par des litanies parfois douces, parfois violentes.
Même si le personnage paraît construit, l'alternance du jeu des trois comédiennes donne à Zéphira un aspect générique qui apporte à l'ensemble un effet parabolique plutôt intéressant. La brièveté du bonheur de la jeune femme est tout particulièrement poignante et l'insistance qu'elle met à vivre ses rêves lui vaut peut-être cette fin tragique : une histoire qui repose sur un autre récit théâtral, celui de Médée ; une intertextualité qui ajoute à la profondeur des effets d'écriture de l'auteur.

La deuxième pièce de ce recueil est un monologue déroutant et souvent brutal : celui de la comédienne s'adressant à un public qui attend que le spectacle commence. Mais le spectacle, c'est elle, uniquement elle : elle fait le bilan du théâtre, le dépouille de l'illusion qu'il porte habituellement en lui, en se mettant d'elle-même à nu devant le public, dévoilant ses objectifs un peu confus, tout en leur promettant de tout jouer, son "testament", sa catharsis... D'emblée elle les met en garde, leur demande de s'installer confortablement, car forcément ils s'ennuieront... Elle explique aussi qu'elle est à leur service, quelle sera "le prophète de vos pensées. Votre Messie. Je vous ferai plein de «il était une fois» partout."
V.I.P. fait penser à une répétition générale qui tourne mal, un grand déballage de sentiments et de pensées contradictoires, graves et cocasses, une drôle de déclaration d'amour, en définitive assez touchante, adressée au théâtre et au public...

Blandine Longre
(décembre 2002)



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