La première fois que je suis née
De Vincent Cuvellier et Charles Dutertre

Gallimard jeunesse (Giboulées), 2006
à partir de 6 ans

 

 

Fausse simplicité

Sous des allures très sages et convenues, ce petit album carré mais épais nous emmène bien loin. On commence avec des « premières fois » de naissance et d’amour, presque mièvres («la première fois que j’ai ouvert les yeux », « la première fois que j’ai vu papa »…) , de premières fois qui feront sourire les enfants («la première fois que j’ai fait pipi, la première fois que j’ai craché mon petit pot sur papa. »…), mais bien vite, cela décolle d’un quotidien simple et lisse : la première fois qu’on rêve, que se passe-t-il ? et lorsqu’on tombe ? et combien a-t-on mangé de petits pois la première fois ? Parfois, on va vers le grave, avec des premières fois uniques et qui inaugurent pourtant une longue liste (« la première fois que grand-père est mort », « la première fois que j’ai eu treize ans ».)

Très progressivement, ce qui dans les premières pages apparaissait comme un album pour petits évoquant les premières découvertes et apprentissages, à la manière de nombreux ouvrages, devient tout autre : les limites tombent et l’on sort du cadre d’un âge précis. La vie de cette enfant se poursuit jusqu’au moment où elle-même a un enfant (« la première fois que tu es née, c’est la deuxième fois que je suis née »), bouclant la boucle du récit. Entre-temps, elle sera passée par bien des étapes, gaies ou tristes, qui font la vie des filles.
Le « Je » de l’enfant qui devient le « Je » de la mère face au « tu » du nouvel enfant s’illustrent ainsi en miroir, mimant le retour des générations. Une fausse simplicité caractérise aussi bien les textes que les dessins, pleins d’humour et de poésie.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(février 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

Entretien avec l'auteur (2005)

http://www.20six.fr/vincentcuvellier

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