Vincent Cuvellier est né à Brest en 1969. Depuis, il a beaucoup vécu et beaucoup voyagé en France et en Belgique. Il a fait toute sorte de métiers avant d’être écrivain. Mais ce métier là lui plaît vraiment. Il écrit depuis ses dix-sept ans et a publié huit livres, la plupart aux éditions du Rouergue. Présent à de nombreuses manifestations autour du livre, il intervient dans les classes pour rencontrer son public. Récemment, il s’est installé à Nantes, tout près de la Loire où il aime écrire.

 

 

Petits propos...

Selon vous, la littérature jeunesse s’oriente-t-elle trop vers des sujets sociaux difficiles?

Vincent Cuvellier : Il y a beaucoup de livres pour enfants sur des thèmes difficiles c’est sûr. C’est le gros défaut de la littérature jeunesse actuellement. Je trouve que le livre et l’écrivain ne doivent pas suppléer les parents, les médecins, les instits, ou les bibliothécaires. On est des écrivains, on doit s’attacher à travailler les formes littéraires, à inventer des histoires, des personnages. On ne doit pas avoir la prétention de régler les problèmes des enfants avec des livres. Si un livre peut aider des gens, c’est du bonus. Le faire intentionnellement ce serait prétentieux et dangereux pour les enfants et notre métier.

questionnaire

Le bonheur parfait ?
Ecrire, avec des enfants à côté et une femme.

Ce qui vous fait lever le matin?
Le fait que je suis vivant alors je ne vais pas passer ma journée au lit

La dernière fois que vous avez ri?
Cet après-midi, enfin tous les jours

La dernière fois que vous avez pleuré ?
Il y a deux jours, je pleure autant que je ris.

Votre principal trait de caractère?
C’est dur de me résumer, j’en ai beaucoup, alors j’en dis plusieurs, tant pis, l’obstination, la curiosité, l’hésitation et … y’en a d’autres.

Quel talent voudriez-vous avoir ?
Etre chanteur.

Quand vous n’écrivez pas, quelle est votre occupation favorite ?
La marche.

Votre meilleur souvenir d’enfant ?
Quand je chantais des chansons avec ma sœur sur Brel, Branduardi…

Votre héros de fiction ?
Tintin

Vos héros d’aujourd’hui ?
Les personnes qui détruisent les systèmes par exemple Gorbatchev, Frederik De Klerk parce qu’ils sont très courageux

Le lieu que vous aimez le plus?
Une question que j’aime bien, le bord d’une rivière ou d’un canal, le bord de mer mais n’importe où !

Votre voyage préféré ?
Dans n’importe quelle ville en France ou à l’étranger et de marcher au hasard sans but.

Votre plus grande réussite ?
Réussir à devenir écrivain, sachant d’où je viens ce n’était pas gagné d’avance…

Votre plus grand regret ?
Actuellement c’est de ne pas avoir d’enfants.

Que détestez-vous par-dessus tout ?
La mesquinerie des sentiments, les gens pas humains, la radinerie des sentiments, faire ce que je ne veux pas faire, j’aime pas qu’on parle mal aux gens.

Si vous pouviez changer une chose dans votre vie ?
Rien de spécial, si je devais refaire, je referais pareil avec toutes les erreurs aussi, parce que si j’en suis là c’est grâce à elles aussi.

Votre écrivain préféré ?
J’en ai pas, plus jeune j’aurai répondu Gheorghiu (la 25ème heure) et De Ghelderode (Barabas)… les livres qui racontent des histoires très individuelles dans un contexte historique très très fort.

Votre livre de chevet ?
J’en n’ai pas, je lis beaucoup de biographies.

Votre film culte ?
La nuit de San Lorenzo, Laurence d’Arabie, les films de Billy Wilder.

Le dernier film vu ?
Mensonges et trahisons

La musique que vous écoutez?
La chanson française, la musique classique, en fait j’aime bien tous les styles.

Votre cd préféré ?
Trop infidèle en musique, j’aime trop de choses.

Quelle chanson sifflez vous sous la douche ?
Je chante tout le temps… A tes souhaits (M)

Qu’il y a-t-il sur vos murs ?
Beaucoup de dessins, j’aime pas la photo, beaucoup de dessins de copains.

Qu’il y a-t-il sous votre lit ?
Rien, le matelas est posé à même le sol.

Quelque chose que vous avez toujours avec vous et qui ne vous a jamais quitté ?
Une sculpture qu’a fait mon père à ma naissance.

Votre devise ?
«On ne sait jamais ce qui va arriver », « Une nuit d’amour vaut tous les idéaux du monde»

Votre expression préférée ?
La grosse marrade.

Qu’est-ce qui vous rend triste?
Quand j’aime quelqu’un qui ne m’aime pas.

Comment aimeriez-vous mourir ?
Mourir quand j’ai réglé tous mes démons, donc vieux !

Où écrivez-vous ?
Chez moi ou au bord de la rivière.

Aimez-vous votre vie ?
Oui ! elle n’est pas facile mais elle est assez rigolote, rock’n roll, pas ennuyeuse, même les périodes difficiles, j’aime bien ma vie.

Une chose à changer ?
Me calmer, être apaisé. Aujourd’hui je suis toujours en bouillonnement et c’est un peu fatiguant.

Un prénom que vous aimez beaucoup ?
Benjamin et Marie

Aimez-vous les listes ?
Oui

Alors il faudrait écrire des livres plus drôles…

Chaud le frigo est plus rigolo mais je trouve qu’il commence à devenir moraliste. Ce que j’aime bien dans mes autres livres c’est qu’ils ne le sont pas du tout. On peut aborder des problèmes aussi de façon rigolote et décontractée. Des livres à thème je n’aime pas du tout ça.

Un constat : les jeux, les vidéos ont plus de succès, alors que le livre apparaît pour certain comme une contrainte, qu’en pensez-vous ?

J’y crois pas … Je suis issue d’une famille d’ouvrier. Il y avait des livres partout dans la maison, mes parents ne m’ont jamais dit qu’il fallait lire. Je préférais regarder la télé mais de temps en temps, je prenais un livre. J’aimais bien sans être un gros lecteur, je lis assez facilement. Je crois en fait qu’il ne faut pas dire « Il faut lire » ou « lire c’est mieux qu’autre chose ». Souvent, aux gamins, je leur dis que l’être vivant est plus important que les livres. Aller voir un copain c’est aussi bien voir plus important que de finir un bouquin. Il faut décomplexer l’enfant qui ne lit pas, le laisser choisir. L’adulte transmet, il ne doit pas imposer un livre comme bon ou pas, comme tout le débat sur les Titeuf par exemple. Comme disait Elzbieta, « l’enfant n’est pas forcément un être incomplet qui doit être éduqué et rempli ». Il faut le laisser faire son choix sans le culpabiliser.

Le monde de l’édition : trop de livres pour enfants, trop d’éditeurs de Jeunesse ?

Oui pour les deux, mais de toute façon la sélection va se faire. Vont dégager tous ceux qui sont arrivés dans le livre enfant parce que c’est un créneau porteur et vendeur, ceux qui écrivent pour les enfants en croyant que c’est plus facile, ceux qui sont moralistes ou thérapeutiques. Il va rester les bons écrivains.
Comme cela est arrivé à la BD. Pareil pour les éditeurs : après une bonne crise, il va rester les bons éditeurs qui travaillent vraiment le livre et qui se spécialisent. J’ai l’impression que certains éditeurs coupent la branche sur laquelle ils sont assis en publiant un peu tout ce qui leur tombe dans la main. Il restera les bons et pas forcément des plus vieux, les plus gros. Il faut réussir à percer grâce à la création.

Les adolescents lisent des livres très gros maintenant suite à Harry Potter, les plus jeunes par contre ont une préférence pour les livres plus courts…

Et c’est bien parce que la collection Zig Zag, c’est des petits livres !
L’idéal pour moi, c’est que les enfants lisent mes livres sans même s’en apercevoir qu’ils ont lu un livre. J’ai remarqué que mes lecteurs ne sont pas de «gros lecteurs», au contraire. Souvent certains me disent que c’est le premier livre qu’ils arrivent à lire tout seul. J’aime qu’ils lisent comme moi j’écris sans forcément m’en rendre compte.

Comment envisagez-vous l’avenir de vos livres ?

Les prix, les salons, les bibliothécaires aident beaucoup les écrivains en général. La chauffeuse de bus s’est bien vendu, presque 10 000 exemplaires. Il a même été traduit en allemand et en japonais notamment. Sans doute Tu parles, Charles ! fera mieux…

Et l’illustration dans tout ça ?

Les illustrateurs ont pris des risques. Ils ont trouvé un style, une place. Maintenant on reconnaît du Boutavant, du Claveloux… C’est plus difficile pour les auteurs. Le style pour enfants n’est pas forcément terminé. Au contraire, il faut encore rechercher de nouveaux styles. Ce ne sont pas les thèmes qu’il faut changer mais le style doit varier. Un peu comme Le petit chaperon rouge, battu et rebattu par l’illustration toutes les années à Montreuil. L’écrivain doit faire pareil.

Votre style a évolué depuis Kilomètre zéro, votre premier livre jeunesse publié.

J’ai trouvé un style, et j’aime qu’on le reconnaisse. Aujourd’hui, il est moins démonstratif que dans Marre des cauchemars ! par exemple. Dans mon prochain livre qui sort à la rentrée, La nuit de mes neufs ans, c’est exactement ce que je veux faire, un style moins agressif, moins démonstratif. J’ai réussi aussi à écrire une histoire d’amour pour enfants, une vraie histoire d’amour sans clichés, sans romanesque. L’histoire : Benjamin, et oui encore lui, fête son anniversaire. La petite fille des amis de ses parents, en larmes, frappe à la porte. Ses parents se sont disputés alors elle dort chez Benjamin, dans la même chambre. Benjamin aime beaucoup cette petite fille. Il décrit ses sentiments, sa tendresse pour elle.

Pour Tu parles, Charles ! vous avez reçu le Prix Tam-tam à Montreuil en 2004. Quel effet?

Ca rassure, ça stabilise un peu, ça jalonne le parcours. Je perçois un tout petit peu de reconnaissance en plus dans le milieu professionnel. Mon nom est connu aujourd’hui. J’écris depuis mes 17 ans et j’en vis seulement depuis deux ans.

Le premier livre publié ?

C’était à la suite d’un prix du jeune auteur, il s’appelait La troisième vie, un roman un peu fougueux, plus pour adultes.
Sinon, c’est Kilomètre zéro. J’ai envoyé le manuscrit par La Poste à dix maisons d’édition que j’avais sélectionnées. C’est rare maintenant les éditions qui acceptent de publier à partir d’un manuscrit. Pour moi, ça a été un long travail de réécriture avec l’éditrice.

Un album parmi vos sept romans ?

Oui, Ma vie de chien c’était un délire… On aime, on n’aime pas. C’était un essai avec l’illustratrice Candice Hayat qui avait déjà travaillé sur La chauffeuse de bus. C’était rigolo, pas le même travail d’écriture. Je vais faire des albums plus classiques maintenant.

Vous connaissez vos illustrateurs lors de l’écriture du texte ?

Pas forcément, il n’y a pas de rencontre avant le plus souvent. Maintenant j’essaie de demander à travailler avec certains illustrateurs. Par exemple, Charles Dutertre.
Pour moi, il doit y avoir une collaboration entre auteur et illustrateur. L’illustrateur pour moi c’est un co-auteur. Ses dessins doivent enrichir le texte. L’illustrateur doit s’approprier le texte, venir avec sa personnalité. Je suis très content de mes livres globalement. Je les trouve très beaux grâce aux dessins.

Un dernier petit mot : votre héros s’appelle toujours Benjamin, pourquoi ?

C’est un choix, j’aime beaucoup ce prénom et puis Benjamin c’est un peu moi …

Je vous remercie Vincent et vous souhaite Bonne route…

 

Propos recueillis par L. Fontanella
(mai 2005)


Laura Fontanella est bibliothécaire pour enfants. Elle s’intéresse avec passion à la littérature jeunesse. Elle s’amuse avec les mots, les livres, les illustrations afin de les mettre à la portée de tous les enfants. Mais elle aime aussi écouter les autres raconter les histoires et parfois les conter elle-même.

 

lire aussi
La nuit de mes neuf ans
illustrations de Charlotte Légaut
Le Rouergue, Zig Zag, 2005

La première fois que je suis née
Vincent Cuvellier et Charles Dutertre
Gallimard jeunesse (Giboulées), 2006

 

Les ouvrages

par L. Fontanella (juin 2005)

 

PRIX GAILLARD D'OR 2004
PRIX CHAPITRE NATURE 2003

 

 

 

 

du même auteur

Chaud le frigo !
Magnard, collection Tipik fantastique, mars 2005

Marre des cauchemars ! Editions du Batsberg, 1998

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


PRIX TAM-TAM 2004
PRIX DU TOUQUET 2004

 

 

 

 

Kilomètre Zéro,
Rouergue, collection DoaDo, 2002

Suivre les pas de son père… ce n’est pas forcément une expression. C’est ce qui arrive à Benjamin pendant un mois d’été à travers la France sur un chemin de Grande Randonnée. Une épreuve physique certes pour un petit bout d’homme de dix ans tout au plus, mais une épreuve morale aussi. Ce père que Benjamin connaît à peine, si peu présent pendant tant d’années, veut renouer les liens avec son fils. Ce qui n’enchante guère le rejeton au début de la randonnée. Peu à peu, ils vont s’apprivoiser, s’accepter autant dans l’épreuve de la marche si exigeante que dans leurs personnalités si différentes. Kilomètre après kilomètre, père et fils se rapprochent, se félicitent, sont solidaires l’un de l’autre. De découvertes en vérités, ils vivent de très forts moments de bonheurs et d’amour. Et ce kilomètre zéro est le début d’une randonnée, mais surtout le commencement d’une nouvelle vie à deux, d’un lien solide et sincère.
Ce roman se passe de commentaires et se vit pleinement. Ce carnet de route ressemble davantage à un déploiement de sentiments qu’à un déroulement de paysages. On ressent au plus profond le lien qui se tisse entre les deux personnages auquel on s’attache énormément. On grandit au même rythme que ces deux hommes qui ont tout à partager. Et on a envie de les suivre encore longtemps…
Vincent Cuvellier possède une grande maîtrise de la balade verbale des sentiments. Entre les deux personnages, se créent des liens vrais et directs. Mais pour y arriver, l’auteur décrit for bien toutes les étapes, depuis le repli sur soi, la solidarité, la curiosité et jusqu’à l’ouverture à l’autre. De plus, à travers des anecdotes plus plaisantes et cocasses les unes que les autres, le lecteur est en terrain connu. Le cheminement des deux personnages nous fait traverser la France, aller à la rencontre de Français que l’on semble connaître et de paysages familiers. Un grand auteur des sentiments vrais et sincères se profile déjà. Un très beau roman à glisser dans toutes les mains, si ce n’est dans le sac à dos…

 


La Chauffeuse de bus
Illustrations de Candice Hayat
Rouergue, collection Zig Zag, 2002

Lire l'article de Blandine Longre

PRIX VERSELE 2004,
PRIX LIVREFRANCHE 2004
PRIX ÖSTERREICHISCHER KINDER 2004 (Autriche)

 


Mon père Noël
Illustrations de Célestin
Rouergue, collection Zig Zag, 2003

Benjamin est très content : son père lui a promis qu’ils allaient passer le réveillon de Noël tous les deux ! Malheureusement, son père, comédien, doit travailler le jour de Noël ! Passe encore que Benjamin doive le faire répéter ses pièces à la maison, c’est plutôt drôle. Mais là, Benjamin a du mal à accepter ce père continuellement absent. Alors il erre tout seul dans le centre commercial, déambule entre les gens, trouve un Père Noël qui lui donne des chocolats avec une drôle de grimace sous sa barbe… Ils se connaissent ? A partir de cette rencontre, Benjamin va aller de surprise en surprise, découvrir un papa différent et une nouvelle famille, et passer un réveillon comme il n’en avait jamais vécu !
Mon père Noël est empreint d’une douceur remarquable. Tout en finesse et avec une touche d’humour, Vincent Cuvellier aborde des sujets difficiles de la vie : famille monoparentale, abandon à soi même, sentiments amoureux… Avec très peu d’éléments, il emmène aussi le lecteur dans le monde féerique de Noël. La réflexion sous-jacente sur la famille ne dissipe en rien l’enchantement de cette lecture tant elle est subtile. Un roman qui traite un sujet complexe avec beaucoup de légèreté et d’humour.


Tu parles, Charles !

Illustrations de Charles Dutertre
Rouergue, collection Zig Zag, mars 2004

Charles n’est pas un garçon comme les autres. En plus de son prénom de vieux, « il a une tête de vieux, des habits de vieux » et des parents qui paraissent vieux… Il pourrait ne pas exister, ce serait pareil, pense Benjamin. Quand Charles se casse la jambe dans l’escalier et est immobilisé chez lui pendant plusieurs semaines, Benjamin est désigné d’office pour lui apporter régulièrement ses devoirs. Peu à peu, une amitié sincère va se construire entre les deux garçons que tout semblait opposer.
Un roman du quotidien qui sort de l’ordinaire ! Vincent Cuvellier nous livre une très belle histoire d’amitié traitée avec beaucoup de finesse psychologique et de réalisme. Drôles et tendres, texte et illustrations se mêlent à ravir. Vincent Cuvellier et Charles Dutertre nous livrent un roman rythmé et plein d’humour. Leur collaboration est une réussite et on en redemande.

 


Ma vie de chien
Illustrations de Candice Hayat
Rouergue 2004

« Marre, Marre, Marre, je ne veux plus être une pupuce !! ». La vie de puce n’a rien d’une vie de chien. Pourtant la puce veut changer, elle en a marre : toujours gratter, sauter, piquer… Où la puce fait tout comme le chien (pipi en levant la patte, dodo sous la niche, promenade en laisse…) et où elle s’en pique le nez, euh… s’en mord les doigts !

Une vie de chien vécue par une puce… cela donne un album humoristique comme on s’en doute, mais un album dynamique et très expressif. Auteur et illustratrice ont réussi un mélange de texte rythmé et de dessins simples, le tout avec un humour décapant. On reste souriant à la fin de la lecture, sans se gratter partout pour autant…


 

 

Editions du Rouergue
http://www.lerouergue.com/

Vincent Cuvellier
http://vincentcuvellier.free.fr/

http://www.20six.fr/vincentcuvellier